journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
MARS 2015
Croix-Rousse :
luttes et services publics
L'internat Favre ne doit pas fermer !
par Stéphane

"L’internat Favre, c’est un bout d’histoire de notre ville, de la Croix-Rousse, des valeurs humanistes que Lyon se vante d’avoir dans ses gènes."
Entretien avec Katia Philippe, éducatrice à l’internat Favre


Quelle est l’histoire et le rôle de l’internat Favre ?

Depuis 1925, c’est un internat municipal et éducatif avec un personnel pluridisciplinaire pour accompagner des enfants en difficulté sociale, familiale et scolaire. On travaille avec les familles contre le décrochage scolaire d’une soixantaine de jeunes chaque année. Les enfants vont dans les écoles du quartier avec un accompagnement et une proximité avec les enseignants. 

Ce fonctionnement permet d’éviter la ghettoïsation de ces enfants qui seraient assignés à résidence dans des quartiers difficiles. Il promeut ainsi la mixité sociale en favorisant dans les écoles du quartier des rencontres qui n’auraient jamais eu lieu sans la présence de l’internat. 

Nous travaillons aussi sur la parentalité et l’éducation populaire car nous sommes convaincus que la réussite éducative passe par un bien-être global des enfants et donc une meilleure relation avec leurs parents et au monde.

L’internat Favre, c’est un bout d’histoire de notre ville, de la Croix-Rousse, des valeurs humanistes que Lyon se vante d’avoir dans ses gènes. C’est aussi le fil de cette histoire qui risque de se rompre.
Entendre notre Ministre de l’Education asséner que cet internat était récent, qu’il touchait peu d’enfants et n’était pas rentable nous a révulsés. Mais notre volonté de s’opposer à sa fermeture en a été décuplée !


Comment s’est prise la décision de fermeture ?


C’est un véritable déni de démocratie. Alors que le projet d’établissement avait été voté jusqu’en 2017 par la ville de Lyon, les élus ne nous ont pas reçus et ce sont les syndicats qui nous ont annoncé la fermeture ! Comme pour la création de la Métropole, nous aurions pu l’apprendre dans la presse.

Pire, les familles ont simplement reçu un courrier de la ville en février leur annonçant la fermeture. Une maman a pu obtenir un rendez-vous avec Mme Brugnera, adjointe à l’éducation, mais est repartie dépitée et sans alternative, son fils ne pouvant pas retourner dans l’école de son quartier. D’autres parents  sont en attente d'un rendez vous pour faire part de leur grande détresse, mais Mme Brugnera ne se presse pas pour les recevoir. On peut imaginer, alors que l’internat est un lieu qui les rassure, combien cette annonce peut les inquiéter et les déstabiliser !

Le désengagement de l’Etat à hauteur de 200 000€ a été la justification de la fermeture par M. Collomb. Alors que le budget « petits fours » de la Métropole a augmenté de 600 000€, M. Collomb n’a jamais voulu rencontrer les parents et les enfants qui auraient pu témoigner de la réussite et de la force de notre action.
On a essayé de donner des pistes de réflexion et organiser un tour de table pour voir les possibilités de préserver et développer l’internat Favre. Mais pour M. Collomb, dès le début, il n’y avait rien à discuter. La seule discussion que nous avons avec la Mairie, c’est notre reclassement. Ni l’avenir des enfants, ni celui de l’internat qui, pour M. Collomb, est déjà fermé et promis à un promoteur, n’ont été l’objet d’une quelconque discussion.

C’est pire que du mépris, nous sommes invisibles à leurs yeux, mais nous continuerons à nous battre et à leur montrer que nous existons !


Démocratie locale, services publics, accompagnement des personnes les plus fragiles, la lutte pour ne pas fermer cet internat symbolise t’elle aussi les choix de société ?

Tout à fait ! Nous vivons une période de crise sociale, économique et écologique violentes, particulièrement pour les populations les plus fragiles, et nous sommes face à des choix extrêmement importants pour nos sociétés. La volonté politique et idéologique de fermer petit-à-petit des services publics de proximité à la Croix-Rousse, de donner des critères de rentabilité pour justifier ces fermetures, de bâillonner la parole citoyenne, de vendre la ville à des spéculateurs immobiliers sont autant de signes d’une métropole qui marche sur la tête dans sa course au rayonnement international.

Les valeurs de la République, du vivre-ensemble et de l’éducation populaire que porte notre internat sont gravement fragilisées de nos jours. Une mairie et un gouvernement qui se disent socialistes ne peuvent pas, pour des raisons de rentabilité, fermer le dernier internat de notre ville. Il faut rappeler que le coût de l’internat représenterait 0,32% du budget de Lyon (autant du budget de l’action sociale de la Métropole). Ce choix politique est juste incompréhensible ! C’est insupportable de lâcher l’Humain pour le profit de quelques-uns ou une scandaleuse recherche de rentabilité sur le dos de l’action sociale et des familles fragiles.

Les Lyonnais doivent avoir leur mot à dire sur les décisions budgétaires qui sont prises avec leur argent ! Et si nous demandions aux Lyonnais de choisir entre les 200 000€ pour continuer à pérenniser l’internat ou les 400 000€ pour financer le centre de formation de l’OL ?

Créer la métropole sans démocratisation est une façon de renforcer les petites baronnies locales. Ce qu’il nous faut c’est plus de démocratie réelle, celle des citoyens et des usagers. Une démocratie locale qui se donne les moyens d’entendre ce que dit le peuple, une démocratie qui parte du quotidien, de l’ordinaire, des besoins des habitants.

Ceux qui ont décidé de fermer l’internat n’ont aucune idée du travail réalisé, n’ont aucune idée de la réalité quotidienne. Ils sont dans une bulle oligarchique, préférant pavaner au MIPIM pour vendre des m² de notre patrimoine à des spéculateurs qui se fichent totalement des habitants et de leurs difficultés.
C’est aussi parce que c’est une certaine idée de notre société qui est derrière le combat pour que l’internat vive que nous ne lâcherons pas !


Nous sentons l’équipe professionnelle et le collectif plus que jamais mobilisés. Quelles sont les prochaines mobilisations ?

M. Collomb ignore tout de ce que nous faisons. Il ignore tout de la situation de ces familles. Pire, cela ne l’intéresse pas. Le mépris avec lequel il a géré ce dossier démontre que seuls la promotion immobilière et le rayonnement international l’intéressent.
Et bien nous irons sur son propre terrain, là où il se sent le plus à l’aise : devant les médias lorsqu’il veut glorifier sa ville. Nous interviendrons à chaque inauguration ou événement attractif, nous continuerons à intervenir avant et pendant les conseils municipaux et métropolitains !

Nous avons réussi à fédérer des élus de tout bords politiques car ils sont convaincus de la justesse de notre combat et de l’injustice de cette décision prise sans discussion.

Nous avons aussi pu fédérer un collectif d’habitants qui va développer des actions d’alerte tandis que l’intersyndicale et les forces partisanes sensibilisées à notre action vont mener des campagnes d’information au plus près des habitants.

Enfin, un vœu sera déposé au prochain conseil métropolitain par l’ensemble des partis qui nous soutiennent, au-delà des clivages politiques. Preuve s’il en est de notre bon droit !
C’est une lutte difficile car nous souhaitons toujours être présents auprès des enfants et des familles et cela nous demande donc énormément d’énergie,  mais on y croit !

Photo : Katia



1 commentaire

De Mélinée COTTET - Envoyé le 29/04/2015 23:23:57
force.


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