journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JANVIER 2017
débats d'idée - champs libre
2000 disettes : La caste au pouvoir toujours aveugle face à la pauvreté !
par Stéphane

A la veille des agapes de la St Sylvestre, un homme est mort au cœur de l’une des places les plus huppées de France. Ce n’est pas le froid qui l’a tué, mais la rue, l’indifférence, le cynisme. Ils sont 2000 à Lyon, tous répertoriés sous la nomenclature de sans domicile fixe. Le passage à une nouvelle année n’a rien changé à cette brutalité ; l’édile lyonnais, qui se dit encore socialiste, a même refusé d’ouvrir un deuxième gymnase.*

Au-delà de la nausée, cette violence sociale et idéologique intervient au moment où la caste locale envoie les vœux les plus sirupeux possible à l’électeur, au moment où Fillon rend visite à Emmaüs tout en désignant le pauvre et la protection sociale comme des pustules empêchant la France de retrouver son rang. Et cette oligarchie conservatrice, qu’elle soit locale ou nationale n’a qu’un seul dessein : préserver et reproduire sa classe. Et cette oligarchie conservatrice, tellement aveuglée par sa suffisance et un cerveau bloqué au 20ème siècle accuse l’autre de faire le jeu du Front National alors que sa posture méprisante est la cause majeure de la montée des périls.

9 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants, vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté et ce chiffre augmente inlassablement depuis 10 ans. Les gouvernements Fillon et Valls ont la même responsabilité. Ces deux-là aujourd’hui aspirent à enfoncer le clou en postulant à la fonction suprême.
Pendant ce temps, il a suffit des trois premiers jours de 2017 pour que les patrons des 100 plus grandes entreprises françaises gagnent plus que le salaire annuel moyen. Les gouvernements Fillon et Valls portent aussi la responsabilité de cette indécence avec des cadeaux fiscaux et autres sucreries financières à leur caste qui en demande toujours plus. Et si les deux se présentent à la Présidentielle, c’est bien pour les satisfaire.

Le « Grain de Sel » avait déjà expliqué combien le publireportage commandé par Collomb pour prouver que la Métropole était solidaire car elle redistribuait ses richesses produites par ses territoires périphériques était un mensonge ou tout au moins une déformation de la vérité digne des plus grands contorsionnistes.
En ce début d’année, la situation des plus précaires au cœur même de Lyon démontre, s’il en était besoin, l’aveuglement volontaire de notre oligarchie locale. Pire, le rapport de la Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion (MRIE) enfonce le clou et vient renforcer, malheureusement les enquêtes désastreuses de la fondation Abbé Pierre ou du Secours Catholique sur le développement de la pauvreté et de la précarité dans l’un des pays les plus riches du monde. Mais aussi celle de l’INSEE qui démontre la gentrification volontaire de certains quartiers de Lyon qui, il y a 30 ans à peine, accueillaient encore ouvriers et prolétaires.
Et oui les riches sont de plus en riches, les pauvres de plus en plus pauvres. Les territoires riches et les territoires pauvres itou. Hériter rend plus riche que travailler et les grandes écoles continuent à n’accueillir que ceux qui ont les codes sociaux et les héritages familiaux adéquats.
Tout ceci est une volonté politique et idéologique tout à fait consciente de la part de la classe bourgeoise au pouvoir, qu’elle soit locale avec Collomb et Wauquiez ou nationale avec Valls et Fillon. Le Pen vous en sera éternellement reconnaissante.


Que dit donc l’enquête de la MRIE ?

Près de 1 million d’habitants de la région Rhône-Alpes sont en situation de pauvreté financière, c’est à dire qu’ils disposent de moins de 60% de 1000 euros. A ce chiffre brut, il faut ajouter un parc de logements accessibles bien en-deçà des besoins et rappeler que derrière le baratin de la propagande locale, la ville de Lyon ne construit pas assez de logements réellement sociaux (le PLAI) et adaptés à la demande des familles les plus précaires, préférant le bling-bling de Jean Nouvel à la Confluence ou la novlangue de l’immobilier spéculatif à la Part-Dieu.

A ce chiffre brut, il faut ajouter les centaines de milliers de chômeurs dans l’une des région les plus riches d’Europe qui n’ont souvent comme seul horizon que du travail précarisé. Comme le note la MRIE, en 2015, ce sont près de 145 000 foyers allocataires CAF qui sont en situation de pauvreté au travail, soit 20,4 % des foyers allocataires ou au moins un adulte travaille. Et si nous ne pouvons que nous satisfaire de l’expérimentation « Territoires Zéro Chômeur » initiée par ATD Quart Monde (n’imaginons pas que c’est la classe bourgeoise au pouvoir qui aurait eu une telle idée !) et, heureusement, soutenue par quelques mairies qui savent encore ce que « socialisme » veut dire comme à Villeurbanne, la situation structurelle de la pauvreté ne pourra être contrée que par une politique volontariste qui ne sera jamais dans le logiciel de la caste au pouvoir.
Enfin, et pour clore ce dramatique panorama, et en miroir à des statistiques dramatiquement éloquentes, l’alerte des acteurs de terrain est tout aussi terrifiante.
En effet, les bénévoles et les professionnels de la solidarité font remonter la dramatique explosion de demandes d’aide, le Secours Populaire parlant même de « raz-de-marée de la misère », tandis que les CCAS, comme le rappelle le rapport de la MRIE, s’inquiètent de sollicitations qui explosent pour les besoins de première nécessité, un élargissement des populations touchées et une insécurité alimentaire croissante.

En cette période de vœux dans les 9 arrondissements de Lyon, je mets au défi quiconque de me rapporter que Collomb ait pu faire une allusion au rapport de la MRIE. En cette année où l’Hôtel Dieu va être transformé en hôtel et commerces de luxe, où le prix du logement ancien continue d’augmenter et où la rue de la République est privatisée par des fonds de pension, on ne va quand même pas gâcher le plaisir de ceux qui ont sont parfaitement intégrés à notre ville mondialisée vendue aux capitalistes qui se fichent comme d’une guigne des travailleurs pauvres qui dorment dans leur voiture.

En 1729, Jonathan Swift exhortait les pauvres à tuer leurs enfants pour les vendre sous forme de « nourrissons de boucherie » et ainsi échapper à la misère plutôt que de se saigner pour les élever avec un résultat fort incertain.
Cette illustration abominable me sert surtout à conclure sans tomber dans l’unique indignation stérile, piège que Fillon nous a vendu lors de sa visite touristique d’Emmaüs et que l’on verra régulièrement durant ces 6 prochains mois avant de retomber dans un oubli parfaitement voulu. Car pour cette classe bourgeoise au pouvoir, ne pas aider les pauvres, c’est leur rendre service au risque sinon qu’ils se complaisent dans leur pauvreté. « L’armée de réserve du capital », pour reprendre Marx, permet aux patrons de continuer à tirer les salaires vers le bas et les ennemis de la classe bourgeoise sont plus que jamais les systèmes qui protègent les salariés.
Au-delà donc de notre solidarité et notre fraternité collectives pour les plus pauvres d’entre nous, c’est bien un combat politique et idéologique qu’il faut mener contre cette caste mortifère prête à tout pour préserver ses acquis.


Hollande, s’il avait un minimum de fibre socialiste pourrait clore son catastrophique mandat avec un panache certain : Le 11 octobre 1945, le Conseil National de la Résistance, émettait une ordonnance quant à la réquisition des logements, puis reprise dans le Code de la construction et de l'habitation (art L641-1). Selon le texte, le représentant de l'Etat dans le département, sur proposition du service municipal du logement et après avis du maire peut procéder, par voie de réquisition, pour une durée maximum d'un an, renouvelable, à la prise de possession partielle ou totale des locaux à usage d'habitation vacants, inoccupés ou insuffisamment occupés pour les attribuer à des mal-logés.

Collomb aussi pourrait le faire, mais au « Grain de Sel », on essaie d’être un minimum sérieux dans nos écrits.

2000 disettes doit se transformer en 2000 risettes en redonnant de la dignité aux plus fragiles d’entre nous. Au risque sinon que le mois de mai ne débute par un cataclysme politique.


* A -5C°, le maire de Lyon s’oppose à la mise à l’abri des personnes à la rue de sa ville - Rebellyon est un media alter­na­tif à Lyon géré par un col­lec­tif auto­nome.


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