journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
DÉCEMBRE 2016
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
La métropole mondialisée asphyxie le peuple,dégageons ceux qui reproduisent ce système criminel !
par Stéphane

« Le Grain de Sel » ne cessera de répéter que la ville globale est le lieu où s’affrontent violemment la lutte des classes et l’accumulation par dépossession imposée à une très large majorité des citadins. La Métropole Lyonnaise nous l’impose quotidiennement en colonisant toujours plus d’espaces pour la jouissance des plus riches au détriment aussi des périphériques qu’elles soient urbaines ou rurales. La pollution, la « crise » du logement ou la privatisation des espaces publics n’en sont que les conséquences. Avec un ras-le-bol comme corollaire qui provoque deux réactions antagoniques : la montée du Front National mais aussi des expériences locales formidables hors ce système nécrosé. Derrière ce nouvel épisode de pollution atmosphérique, c’est bien une vraie crise systémique que nous rencontrons. A nous de nous mobiliser pour que la solidarité et la coopération prennent le pas sur la haine de l’autre et le « tous contre tous ».

Leur conservatisme asphyxie nos poumons

Encore un épisode de pollution à Lyon, encore une totale inertie de notre baronnie locale qui se réfugie derrière un « plan oxygène » aussi clinquant et artificiel que la propagande d’Eiffage sur les palissades de l’Hôtel-Dieu. Une capitale des Gaules pas aussi « clean, smart and connected » que celle vendue par « OnlyLyon » est absolument insupportable pour notre « Phare de la modernité » local. Alors on attend que cela passe, on met un tuyau d’air moins sale pour faire croire que l’on assainit celui de l’école élémentaire Michel Servet et on fait intervenir un élu médecin pour rassurer le bon peuple (voir ici).
L’espérance de vie baisse, nos gamins toussent, nos poumons sont encrassés. Pendant ce temps, le doigt de notre bâtisseur nous montre un hôpital public transformé en hôtel et commerces de luxe.
En marche ! Mais sous les ordres de Vinci et Eiffage ! Et surtout aucun pas de côté n’est autorisé !


Comme le rappelle le dernier rapport de l’INSEE (février 2015) sur la précarité dans la Métropole lyonnaise, les écarts ne cessent de grandir entre les territoires aisés - qui profitent de la spéculation et des délires de reconnaissance mondiale d’une toute petite clique aux manettes – et les territoires qui ne cessent de se précariser. Vénissieux, St Fons, Givors ou encore Rillieux-la-Pape sont, selon l’INSEE, plus en difficulté qu’il y a cinq ans. Sans parler des disparités régionales qui s’accentuent du fait de la boulimie métropolitaine, de son désir toujours inassouvi de capter richesses et reconnaissances internationales. Au risque de l’indigestion et de l’asphyxie de nos poumons.

Voilà donc le rêve de notre caste locale bloquée au XXème siècle : que cette force centrifuge ultralibérale éjecte loin de leurs yeux les inutiles, les marginaux, les réfractaires à ce capitalisme triomphant. Les personnages bien propres, bien riches et bien blancs des outils de propagande de ceux qui possèdent notre ville doivent devenir les seuls électeurs d’une Myrelingues qui ne veut plus entendre que la langue du « big business » entre ses deux fleuves. En même temps que son humanité, Lyon perd son humanisme au profit d’une clique de spéculateurs qui se gave de la médiocrité de notre autocratie locale.

Nous ne répéterons pas ici l’inanité du projet dit « urbain » de la Part-Dieu, ni du risible, s’il n’était criminel, plan oxygène concocté par une caste qui ne respire pas l’air vicié des 40% de Lyonnais. Car au-delà d’habitants privés du simple droit de regard sur leur ville, cette idolâtrie du gigantisme et de l’accroissement de la puissance, pacifiée par la communication bisounours de la politique publique, force supplétive des grands groupes du BTP et de l’immobilier, c’est bien notre cohésion territoriale et sociale qui est menacée.
Quand Eiffage donne un coup de tractopelle à l’Hôtel-Dieu, c’est un service public qui ferme dans le Cantal et un potentiel électeur du Front National en plus. Par cet « effet papillon » certes un peu grossier, je veux simplement signifier que l’hyperconcentration des richesses (culturelles, économiques…) ici provoque la désertification et la relégation là-bas.
Et ce n’est pas un publireportage survendu qui claironne que la Métropole redistribue une partie de ses richesses (voir ici) qui rassurera la très large majorité des habitants exclus par le capitalisme triomphant et des politiques publiques restées coincées dans les années 90 et la fumeuse théorie du ruissellement.

 

Un urbanisme par et pour la classe dominante

Voilà donc le rêve de notre caste locale aveuglée par la ville mondialisée : que de cette grande lessiveuse inhumaine ne restent sur nos rues privatisées et nos magasins hors de prix que ceux qui se sont adaptés à cette nouvelle ère géologique qui n’est pas l’anthropocène (mettre au même niveau de responsabilité le trader de la City et le paysan péruvien est tout bonnement obscène) mais bien le capitalocène.
Nous assistons ainsi à un effet ciseau terrible pour les classes populaires : une volonté farouche de la bourgeoisie urbaine de préserver ses intérêts de classe d’un côté, le verrouillage de ses modes de pensées de l’autre. L’inertie de notre oligarchie locale s’explique en effet aussi par la théorie du « lock-in », lorsqu’un système dominant tend naturellement à verrouiller l’émergence d’alternatives.

Comment imaginer une seconde que notre classe bourgeoise locale pourrait privilégier de laisser une friche urbaine à une association plutôt que de la vendre à un promoteur ? Comment croire que l’agroécologie urbaine pourrait passer d’un passe-temps folklorique aux yeux de cette caste locale à une vraie politique alimentaire, sociale et environnementale au détriment de la grande distribution ?
L’esprit de ceux qui tiennent les manettes lyonnaises est verrouillé, encastré dans une représentation du monde basée uniquement sur la préservation et la reproduction de leur classe.

La métropole lyonnaise est l’antithèse de la ville. Nous devons combattre ceux qui mettent en danger notre santé, notre environnement et la coopération entre les territoires. Le trouble de l’élection est une conséquence de ce mépris et notre bourgeoisie locale, toute surprise des scores du Front National, rejette alors la faute sur ceux qui aurait refusé de suivre aveuglément le train de leur « modernité » qui nous mène droit dans le mur.
Il est facile en effet pour les gardiens du temple capitaliste de traiter de réactionnaire, populiste ou gauchiste tout pensée hétérodoxe qui remettrait en cause en vrac : les « smart cities », « le découplage », « les tours de grandes hauteurs », les « smart grids » et autres fadaises technocapitalistes. Essayez et vous verrez combien le point Godwin peut être rapidement atteint.


Un esprit de caste bloqué au XXème siècle

Peut-on demander à des Hommes qui vivent de la politique de lire Georg Simmel alors qu’ils ont les yeux rivés sur la mortifère croissance du PIB ? Arriveraient-ils à comprendre le sens et la beauté du regard qu’il portait sur Florence : « Une unité mystérieuse, que l'on peut voir par les yeux et saisir par les mains, relie le paysage, l'odeur de son sol et la vie de ses lignes avec l'esprit qui est leur fruit, avec l'histoire de l'homme qui a pris forme ici où l'art est comme un produit du sol. (...) Ici la nature est devenue esprit sans renoncer à elle-même » ?
Nos administrateurs de bien, à force d’être aveuglés par le veau d’or, ne rêvent plus. Comment pourraient-ils alors transmettre un désir, une envie, une utopie ? Juste un trouble de l’élection.

Voilà pourquoi, même si notre caste locale nous écoute, elle ne nous entend pas, elle ne nous comprend pas : son cerveau est verrouillé, incapable d’imaginer d’autres horizons, de décoloniser son imaginaire et voit dans la propagande virtuelle des promoteurs, un futur indépassable tant pour préserver son pouvoir que pour assouvir des délires mégalomaniaques suicidaires.
Voilà pourquoi, les 99% n’ont rien à attendre, et encore moins à espérer, de cette clique de vautours qui rongera jusqu’à ses propres os pour continuer à préserver ses intérêts de classe.


Le hic, et c’est terrible pour la classe dominante, c’est que le peuple s’aperçoit que ce qu’elle lui vend depuis 40 ans est une daube destructrice. Pire, les classes populaires se rendent compte que nos oligarchies locales et mondiales se foutent ouvertement de leur gueule car la mondialisation heureuse les a laissées sur le carreau, leur théorie du ruissellement est une vaste fumisterie et le progrès infini, un leurre du monde marchandisé. Et alors quoi ? Le trouble de l’élection : Trump, le brexit, les nationalismes au risque du fascisme. Pourquoi la France, avec une caste aussi médiocre, échapperait-elle à cette vindicte populaire ? Le dégoût est là.

Quelles issues pour déverrouiller un système volontairement sclérosé ? Quelles dynamiques pour redonner de l’envie et de l’attrait à une politique privatisée par une caste qui en vit ?
Certainement pas « en marche ! » ou en arrière, la « macronite » et la « fillonite » étant les deux faces d’une même pièce capitaliste qui détruit les hommes et leur environnement depuis plus de 30 ans. Mais plutôt le pas de côté.


De nouveaux imaginaires qui s’affranchissent d’une oligarchie politique nécrosée

Notre caste sait-elle seulement que notre Université de Lyon recèle une pépite que bien évidemment elle ne mettra jamais en valeur ?
Sous l’impulsion de professeurs et chercheurs de l’institut d’urbanisme de Lyon et de l’université Lyon 2, a été créé le réseau des territorialistes qui, à la suite d’Alberto Magnaghi, interroge radicalement nos territoires, nos métropoles (voir ici).

Il y a plus de 10 ans, Magnaghi écrivait « le projet local », puis plus récemment « la biorégion urbaine » et militait avec des exemples extrêmement concrets pour un impératif réancrage territorial par l’intermédiaire d’un pacte territorial biorégional fondé sur la reconnaissance de la diversité des héritages culturels, des qualités environnementales et paysagères, des savoir faire, des modes d'habiter et de la production des ressources des territoires locaux.


Localement, sans le savoir, de nombreux habitants, associations, élus de terrains, chefs d’entreprises, agriculteurs ont déjà pris le chemin de ce changement de paradigme qui ne reste pour nos notables bloqués au XXème siècle qu’un petit folklore sympathique tant qu’il ne remet pas en cause le « big business » dont ils sont les supplétifs. Cette mobilisation locale est une espérance qui doit être confortée politiquement.
Je n’ai aucune illusion, notre baronnie locale ne portera aucune attention à ces universitaires ni à ces expériences hétérodoxes « hors des réalités de la compétition mondiale, prônant le retour à la lampe à huile et au repli sur soi, donc populiste, donc vote Le Pen, donc…. ».
Que toutes les seigneuries continuent donc à nier leur immense responsabilité dans la montée de tous les périls. Le trouble de l’élection viendra violemment les percuter. Hélas, leur aveuglement risque de nous emporter aussi.

A nous donc de conforter ces milliers de nouveaux horizons car nos territoires ne sont pas irrémédiablement voués à être des supports inertes de productions marchandes servant la Mégamachine productiviste, pollués et vendus au plus offrant.
Appelons ces mobilisations citoyennes à investir le champ politique, seul à même de faire douter ces rentiers de la politique confits dans l’endogamie et le mépris de classe. Car cet ordre ancien qui marginalise les faibles est à combattre et n’imaginons pas un seul instant qu’un peu de redistribution de richesses réglera le problème. C’est la règle du jeu qu’il faut changer. Et pour la changer il faut mettre hors d’état de nuire ceux qui monopolisent le jeu pour leur seul profit depuis 40 ans.
Voilà un programme politique désirable.



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