journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
MARS 2015
débats d'idée - champs libre
Par négligence, la république produit des monstres
par Olivier

Ainsi des jeunes livrés à eux-mêmes sont devenus des monstres au lieu d'être citoyens à part entière. Peut-être sont ils simplement devenu le bras armé de la bêtise et de l'ignominie parce que la République les a ignoré. Même si elle ne résout pas tout, l'éducation populaire est une formidable clef d'accès à cette citoyenneté. Ce relais de l'école et des institutions de la République souffre aujourd'hui du manque de moyen et surtout du manque de volonté politique. Il est encore temps de réagir.

Les jours précédents cette formidable réaction populaire du dimanche 11 janvier 2015, la France s'est pétrifiée d'horreur, lors des deux derniers attentats de Charlie Hebdo et de l'épicerie cacher de la porte de Vincennes, comme dans l'affaire Merah. Si nous prenons un peu de recul, il paraît clair que les auteurs de ces tueries étaient devenus les monstres d'une société qui laisse de côté toute une partie de sa population, que ce soit dans les quartiers difficiles ou non, dans le milieu rural ou plus simplement dans la chambre d'un adolescent qui s'isole peu à peu... Souvent, le commentateur ou le politique pointe la responsabilité du système scolaire, oubliant ou feignant d'oublier que, l'école à elle seule ne peut pas tout. Elle ne peut pas éduquer à la place des parents. Elle ne peut pas créer le lien social indispensable pour éviter l'isolement.

 Mais que faire alors ? Peut-être commencer par faire l'autocritique du fonctionnement de notre République dans son ensemble. C'est à dire, tout ce qui constitue les bases fondatrices et le fonctionnement de cette République. Partis politiques, syndicats, milieu associatif, collectivités territoriales et bien sûr Etat.

Depuis le milieu des années 1980, par choix politiques, l'éducation populaire fait défaut à ce pays. Par manque de moyens d'abord, parce que l'Etat et les collectivités territoriales ont tellement réduit les subventions aux associations que ces dernières n'ont pas pu survivre à cet abandon. Or, le premier réseau d'éducation populaire qui permettait une éducation réelle à la citoyenneté se construisait dans les quartiers des grandes agglomérations ou dans certaines communes progressistes, souvent de gauche... Les centres aérés, les centres de loisirs,  les centres sociaux, les maisons de jeunes et de la culture (MJC) ou encore les colonies de vacances étaient autant de lieux dans lesquels une certaine forme d'éducation prenait la relève le temps du loisir et des congés scolaires. Il en existe encore et ce sont des lieux ou la tolérance, la solidarité, la citoyenneté, la diversité culturelle, sociale et le sens du collectif sont favorisés. Mais, de moins en moins subventionnés, de plus en plus abandonnés, ces lieux indispensables à la cohésion sociale ont été obligés d'augmenter les conditions d'accès par des tarifs devenus inabordables. Les notions de rentabilité ont été introduites. L'équilibre financier est devenu l'obligation. Ils se sont transformés pour certains en organismes privilégiés d'une classe sociale aisée et consommatrice de services de loisirs. C'est à dire l'inverse de ce pourquoi ils ont été créés.

 De la même manière, la formation des animateurs de centres de vacances ou de centres de loisirs est devenue un produit de luxe pour les candidats au BAFA (brevet d'aptitude aux fonctions d'animateurs) alors qu'il devrait être là aussi un formidable élément d'émancipation, d'apprentissage de la citoyenneté dans le sens du collectif. La dernière réforme des rythmes scolaires est un bel exemple de cette crise d'éducation populaire. Ce bricolage fait à la-va-vite ne produit que déception et colère. Il n'y a aucune égalité de moyens entre les territoires. Dans de trop  nombreuses communes "le service" est prohibitif, lorsqu'il devrait être gratuit. La tendance à la précarisation du personnel souvent non formé est devenu une norme. Il est ainsi normal de payer des jeunes gens à moins de 10 euros de l'heure pour "s'occuper" des enfants dont on ne sait plus quoi faire après l'école. Résultat ce qui aurait pu être une réforme intéressante est devenu un motif de plus d'abandon de la classe sociale la plus défavorisée. N'oublions pas que les enfants livrés à eux-mêmes deviendront des adolescents, puis de jeunes adultes toujours livrés à eux-mêmes. Aujourd'hui, beaucoup d'entres eux choisissent de faire une forme particulière de "service militaire" en Irak ou en Syrie et dans les conditions que nous connaissons. L'abandon de milliers de jeunes et parfois de moins jeunes produit à terme une armée de fascistes fanatisés et nous n'avons aucun moyen de contrer ce phénomène.

 Aussi, il est urgent de réagir politiquement en commençant par créer un label d'éducation populaire qui pourrait être le relais concret des institutions. Des milliers d'associations sportives ou culturelles ne demandent que cela et sont prêtes à développer des idées généreuses un peu partout sur le territoire, pour peu qu'elles soient soutenues efficacement par l'Etat et les collectivités territoriales. Dans ce pays de plus en plus déstructuré nous n'avons pas de ministère de la cohésion nationale. Les fonctions sont atomisées entre le ministère de l'intérieur, celui de la ville, jeunesse et sport, la culture et l'Education Nationale. Certes l'éducation populaire ne peut pas tout régler, elle n'empêchera pas à certains de devenir des monstres, mais elle est un moyen d'améliorer les choses et surtout de guider des milliers de jeunes vers une conscience au travers de la culture ou du sport. Elle est un élément structurant du vivre ensemble dans l'esprit républicain et sur le territoire. La suite de ce formidable élan populaire du 11 janvier sera assurément politique. Nous verrons alors quels choix seront déterminés. Il est urgent de faire des propositions avant d'être mis devant le fait accompli, car les citoyens ne resteront pas spectateurs passifs et les élections qui viennent risquent d'en être la démonstration. Nous avons tout à craindre du manque de courage politique dans un esprit généreux et progressiste. Car c'est de ce vide que se nourrit l'obscurantisme.



0 commentaire



Ajouter un commentaire
Votre commentaire sera validé apres vérification.

Les champs en gras seront visibles sur mon site
Prénom ou Pseudo (*) 
Email (*) 
Message  (*) 
Adresse IP : 3.84.182.112
 
(*) champs obligatoires