journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
OCTOBRE 2016
regards sur la Croix-Rousse
Papy@rt, ouvrier bâtisseur d’utopies
par Delphine et Philippe

Papy est né à Lyon en 1956, déclaré à l’état civil sous un patronyme tenu secret... Il accompagne depuis plus de quarante ans par ses créations le mouvement libertaire de la Croix-Rousse.

Par la sérigraphie bien évidemment, mais également en participant aux luttes et aux divers journaux militants du quartier. Sérigraphie qui est son outil militant de prédilection : une technique relancée selon Papy@rt par les militants américains contre la guerre du Vietnam.
Il consacrera toute sa vie militante à la visibilité des luttes « Ça me parait concret de produire une affiche » plutôt qu’à la réunionite bavarde de l’entre soi (parfois courante dans le milieu anar).

 
- Quelques repères dans la vie de cet oeuvrier (merci à Bernard Lubat pour l’invention du mot) :

Papy est Issu d’une famille ouvrière, il a 12 ans en mai 1968 et il découvre « le désordre des affiches sur les murs ».
Lors des « événements » (le terme employé à l’époque pour évoquer mai 68) les étudiants de l’école des Beaux-Arts de Lyon, en plein cœur des pentes de la Croix-Rousse, passionnés de sérigraphie, s’initient à la technique. L’occupation des bâtiments est votée, une anecdote raconte que le directeur ne voulant pas quitter son bureau, il fut porté sur sa chaise par les grévistes jusqu’à la rue Neyret. Les militants seront très actifs et productifs en affiches jusqu’à l’essoufflement du mouvement fin juin.
Ils formeront Papy (quelques années plus tard), détenteur de son CAP de typo offset, à sa sortie du lycée où il participait déjà à la mouvance libertaire.
 

Pourquoi la sérigraphie ? « Parce que l’on trouvait très facilement des produits bon marché à Lyon (Quai St Vincent). Pourquoi l’affichage ? Parce que cela permet de sortir du cadre, de s’exprimer sur les murs (dazibaos) sans suivre une ligne, d’exprimer des messages spontanés. Nous étions très réactifs dans l’action.
Il n’y avait pas à l’époque les règles d’hygiène et de sécurité concernant les produits comme maintenant, les locaux n’avaient pas de système d’aération, avec les solvants, le Toluène notamment, on en a bouffé des saloperies, avant l’invention des encres à l’eau ».
La sérigraphie aura même, sous l’impulsion de jeunes maoïstes, son école à Pérouges, bien avant sa transformation en musée pour touristes. Le village se mourait, on s’y installait pour trois fois rien.



« A l’époque, dans l’agglomération lyonnaise, le mouvement anarchiste est uniquement représenté par quelques vieux militants Espagnols résidant à Villeurbanne ou des vieux anars gardiens du temple et peu ouverts.» Selon Papy@rt, c’est en 1973, à la suite d’un fort mouvement lycéen contre la loi Debré qu’une dynamique libertaire se crée à Lyon. Pour cette nouvelle génération de militants, il s’agit de sortir le mouvement des « caves », notamment en écrivant et en collant des journaux muraux grand format, « on détonnait » dit-il. Les lois répressives sur l’affichage sauvage n’existaient pas encore, les militants de toutes obédiences tenaient les murs.
Un local ouvre au public sur les pentes, au 13 rue Pierre Blanc, où sera imprimée la revue Informations et Réflexions Libertaires (IRL), plus ou moins mensuelle, diffusée et financée par les militants par des cotisations et des fêtes de soutien. Pour l’anecdote : une des couvertures sera réalisée par le chanteur Mano Solo, alors serveur au restaurant « Les tables rabattues » au début des années 80.

 
Papy, qui travaille comme ouvrier imprimeur offset, commence à créer des affiches dans l’atelier de sérigraphie du local.
En 1974 1975, se crée le Comité Populaire de la Croix-Rousse, en réaction aux démolitions et aux projets de la municipalité concernant la Grande Côte. Son local se trouve aux 22 rues des Pierres Plantées ou une pièce sera dédiée à la sérigraphie. C’est une période très riche, le comité comptera jusqu’à 300 adhérents, André Gachet, à l’époque objecteur de conscience à la CIMADE, crée l’ALPIL. Là aussi se trouve un atelier de sérigraphie, d’où sortiront les journaux muraux du comité, placardés dans la ville. Selon Papy, les différentes composantes politiques de gauche de l’époque cohabitent au sein de la structure (Maos, PSU, Libertaires, Trotskistes, PCF, citoyens).

 
C’est une époque où le collectif organise des manifestations sans déclaration à la préfecture, ce qui se termine la plupart du temps par l’intervention musclée des forces de l’ordre. « Ils arrivaient place de la Croix-Rousse, ils descendaient des fourgons et sans sommation matraquaient tout le monde et nous embarquaient ».
Les immeubles de la Grande Côte, insalubres pour la plupart, aux mains des marchands de sommeil, seront détruits en 1975.
La friche de la montée de la Grande Côte restera en l’état jusqu’en 1997, quand, à l’initiative du maire RPR Michel Noir, seront créés les jardins actuels, plantés de mûriers en hommage à l’activité de fabrication de la soie.

« Nous avons créé la braderie des pentes en 1977, une fête qui perdurera jusqu’en 1989, c’est l’ancêtre du vide-grenier actuel de la Grande Côte. »
A cette époque Lyon à la « fièvre », de grandes constructions émergent dans la ville. Papy évoque un autre projet, moins connu, « l’ilôt SEMICLE », une espèce de grand centre commercial de type « Part-Dieu » qui aurait pu pousser entre l’actuelle rue Victor Fort, le Monoprix de la rue de Cuire, jusqu’à la rue Calas.
Les adhérents du Comité Populaire (école d’éducation populaire), formés à la politique, vont aux réunions de la mairie, une forte mobilisation des habitants se met en place et la lutte paie : le projet est annulé.

 
Le monde militant vit des hauts et des bas. Selon Papy l’échec de la gauche aux législatives de 1978 se solde par un reflux de l’action militante.En 1978, c’est la fin du Comité, il ne reste que trois adhérents. Il paie le dernier loyer du local, et rends les clefs.
Mais l’esprit des pentes n’a pas dit son dernier mot : Papy descend le matériel de sérigraphie au 44 rue Burdeau ou est créé le CUL (sic), Collectif Unitaire Lyonnais, regroupant une coopérative d’achat d’aliments bio (déjà), une laverie collective et un atelier de sérigraphie, d’où sortiront des affiches dont les messages dépassent le cadre local pour soutenir des luttes nationales. Le lieu est aujourd’hui le local de la CNT et sert d’atelier à Papy (entre autres).
L’année 1978 verra également la création de « la Gryffe », une librairie libertaire toujours en activité à ce jour dans le 7ème arrondissement.
D’autres groupes libertaires se créent à la Croix-Rousse dans les années 80, mais les relations entre militants anarchistes restent distantes : « On se croisait dans les actions militantes, mais on ne se mélangeait pas ».

 
En 1985, Papy@rt utilise pour la première fois un atelier de sérigraphie mobile, pour le concert des Bérurier Noir au centre Pierre Valdo lors des premières journées libertaires.
Il est un fervent partisan des réunions publiques et de la mise en mouvement des habitants et partie prenante des premiers repas de quartier en 1985 qu’organise le CUL (on ne s’en lasse pas).
Des liens se nouent à la fin des années 80 entre le CUL, le PC et les verts, des réunions communes s’organisent, et un journal est créé : « l’Echo des pentes » (clin d’œil à « l’Echo de la fabrique » des canuts). C’est un gratuit, distribué dans les boîtes aux lettres et financé par les cotisants.
Papy est alors à son compte, c’est lui qui imprime l’Echo, chez « Impression Sociale Alternative ».
Une aventure qui se termine au début des années 90, mais qui aura permis aux militants de gauche de se rassembler et dont la dynamique permettra la victoire de la liste dirigée par le vert Gilles Buna en 1995 sur le 1er arrondissement.

 
Les actions du CUL généreront la première crèche parentale du quartier, l’association « Pignon sur rue » (réparation de vélos), une boulangerie bio…
Papy travaille toujours. Il y a beaucoup d’imprimeurs à la Croix-Rousse, le boulot ne manque pas. Jusqu’aux années 90, quand ils seront décimés par l’arrivée du numérique. Papy sera ensuite, entre autres, ouvrier imprimeur sur textile à Décines.
En 1994, Papy arrête son activité et retrouve le salariat. Il cède son imprimerie au mouvement des squatteurs ; certains continueront l’activité. Aujourd’hui, c’est le siège des éditions « Atelier de Créations Libertaires ».
 
L’atelier mobile va rendre la sérigraphie visible dans la cité. Papy va développer une activité plus artistique (mais pas forcément moins militante), sur les concerts, en donnant des cours au musée de l’imprimerie de Lyon, en travaillant avec les auteurs de BD, les jeunes de Rillieux-La-Pape.
En 2000 2002, les sérigraphes travaillent contre la loi sur l’affichage public. C’est la campagne d’affiches « Murs Blancs – Peuple Muet ». Le milieu de l’underground contacte Papy et rejoint celui des sérigraphes. Ils seront présents sur des lieux comme le Pez Ner, Ground Zéro.
A l’initiative de Papy, la sérigraphie s’organise. Le collectif « Raclette party » est créé, dont l’ambition est de « Promouvoir la sérigraphie sous toutes ses formes et sur tous supports et créer des événements autour du thème de la sérigraphie, de sa pratique et de son histoire ».
« Je suis pour une sérigraphie revendicative, c’est important pour moi que les gens viennent pour créer, c’est bien sûr un loisir créatif mais nous sommes également un groupe militant ».

 
Le collectif organise. Depuis 2011 a lieu "la rue de la sérigraphie", devenue le « Vide grenier de la sérigraphie », un évènement d’une journée qui permet aux petits créateurs de vendre et montrer leur travail, en toute indépendance : « on finance tout nous-mêmes, on ne doit rien à la mairie centrale ».
La transmission des luttes, de l’histoire ouvrière et de son lien très particulier avec le quartier est au cœur des visites guidées des "sites militants historiques des pentes de la Croix-Rousse" que Papy@rt organise depuis quelques années.

Il est aussi présent depuis peu, la plupart des samedis, devant la mairie du 4e arrondissement avec les bouquinistes. Il vend des affiches et des livres du mouvement libertaire, mais aussi les deux sérigraphies créées spécialement pour le Grain De Sel !

 
Credit photo de Papy@rt : Delphine Dargent

Des projets :
- 12 novembre 2016 : Soirée de commémoration de la guerre d’Espagne à la salle des Ovalistes (Lyon 1er) : affiches, film, chansons catalanes, buffet
- Novembre 2016 : diffusion et vente du calendrier du collectif Raclette Party, créé par 14 sérigraphes pour financer l’évènement du 29 avril :
- 30 avril 2017 : « Sérigraphie entre les deux tours »
Des sérigraphes :
- Boutique Laspid aux Terreaux (tee-shirts)
- Panama sérigraphie (atelier qui va ouvrir prochainement rue Burdeau)
- Atelier à la « Guille » - 3 rue Chalopin (Lyon 7)

L’histoire du mouvement libertaire à la Croix-Rousse est riche et variée (et même parfois controversée), pour s’y retrouver, une liste de livres et de sites :

- Rebellyon.info : Site collaboratif d'infos alternatives
- Les éditions Atelier de création libertaire : 1979-2016 : 37 ans de culture libertaire
- Ma Croix-Rousse (alternative) : le blog de Mimmo Pucciarelli
- Le blog de Papy@rt
- La librairie La Gryffe


1 commentaire

De no soucy - Envoyé le 17/10/2016 10:09:09
je kiff grave papy art


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