journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
MAI 2016
débats d'idée - champs libre
Le pari de la sobriété et de la mesure doit trouver toute sa place dans un projet communiste
par Stéphane

Oui, il est impossible d’imaginer pouvoir réduire notre empreinte écologique sans esclavagiser les peuples si nous ne sortons pas de ce logiciel capitaliste et productiviste. Tout sera possible si nous nous tournons radicalement vers une société sobre où l’économie trouvera sa place, c’est à dire subordonnée à l’écologie sociale. La lutte des classes est plus que jamais au cœur de notre combat. Elle ne peut se satisfaire d’une opposition de forme du capitalisme, de l’extractivisme et du productivisme. Elle ne peut se baser sur des postures idéologiques de la deuxième moitié du 20ème siècle.

Est-il surprenant de lire dans les contributions au congrès du PCF que certains camarades « croient à la science et au progrès » ? Que vient donc faire la croyance au pays du marxisme ? Est-il surprenant de lire une réaction d’apparatchik, confit dans des certitudes issues du socialisme de l’ingénieur, repoussant avec mépris la possibilité d’interroger la sortie d’une énergie nucléaire dont la fin devient une évidence autant économique que philosophique ?
Au-delà de l'impérative nécessité de décoloniser nos imaginaires, entendre les regards différents des militants de terrain est une condition majeure pour éviter des orientations hors-sol.

La richesse de réflexion de nos militants est une force tandis que la raison abandonne le camp de ceux qui pensaient en être les tenants, remplacée par une pensée magique où les gardiens d’un progressisme d’un autre âge godillent entre une influence de lobbies conservateurs et une foi en un Saint Progrès qui réparerait par de nouvelles techniques les erreurs de certaines techniques précédentes.

Cet incessant mouvement pousse à un immobilisme totalement inadapté aux enjeux auxquels nous devons faire face. Dans le « JDD » du 30 avril, Nicolas Sarkozy affirmait qu’il n’y avait « aucune alternative au nucléaire ». Une semaine avant, « Libération » ouvrait ses pages à un jeune délégué de la CGT qui affirmait avec la même verve « Ma CGT idéale ? Elle serait plus tournée vers les questions d’écologie et de décroissance, deux enjeux majeurs qui ne sont pas assez présents, même si ça commence à entrer dans les mœurs ».
Je pose alors la question qui fâche : les oligarques de mon cher parti, ils se situent où entre ces deux regards ? Je crains de connaître la réponse ou tout au moins, je crains que des interrogations hétérodoxes soient balayées d'un revers de main. Je suis hélas convaincu que les gardiens de l’orthodoxie « technoscientiste » ne comprennent pas les multiples dimensions de l’humain en réduisant notre rapport au monde au principe de Carnot. Pire, prétendre défendre les salariés de la filière nucléaire en la soutenant aveuglément est une erreur historique que ces salariés paieront tous chèrement.

 
L’histoire industrielle récente nous a trop souvent démontré que notre incapacité à anticiper suffisamment tôt les évolutions fondamentales de la société et les contraintes indépassables de notre planète est une faute politique qui retombe d’abord et avant tout sur ceux que nous sommes censés défendre.

Penser qu’il suffit que les centrales nucléaires soient gérées par le service public pour leur retirer leur caractère apocalyptique est une ineptie. Penser que le progrès technique va régler les « petits » défauts de ce TINA nucléaire est une fuite en avant mortifère.

Mais pourquoi diable se focaliser avec acharnement sur le nucléaire ? N’y a-t-il pas d’autres enjeux largement plus importants ? Mais, justement, ce n’est pas le nucléaire que j’interroge mais ce qu’il nous dit du monde dans lequel nous vivons.

Nous pensons maîtriser notre développement, nos outils de plus en plus complexes. Nos ingénieurs nous rassurent même que, non, définitivement non, « cela » ne peut pas arriver.
Cette disqualification du sensible au profit d’une science divinisée et d’une immédiateté médiatique aliénantes est un mal bien plus profond que de savoir si on calcule en négaTep ou en négaWatt.
Non, nous ne maîtrisons pas notre développement. Nous ne maîtrisons plus rien. Oui, nous devons stopper cette course morbide à la puissance technicienne. L’émancipation des peuples passe par le mieux, certainement pas par le plus.

Voilà ce que me dit le nucléaire et nous dépassons largement le cadre du « pour ou contre » ou des postures scientifiques tellement insignifiantes par rapport aux enjeux.
Nous entrons dans une dimension que mon parti ne prend pas suffisamment en compte. Pourtant, du métabolisme de Marx à la sobriété de Berlinguer, en passant par l’autonomie de Castoriadis, la société de consommation vue par Pasolini ou la liberté de Polanyi, nous ne manquons pas de phares pour éclairer notre pensée embuée par la courbe de la croissance et la dernière trouvaille technologique au risque de nous amener à croire aux chimères d’une fausse modernité (Fablab, économie 2.0, découplage, voiture électrique…) qu’il suffirait de socialiser pour en dévoiler toutes les vertus.


Voilà donc mon grand regret dans ce processus d’avant congrès : que les textes présentés ne nous aient pas parlé de notre humanité qui n’a jamais été autant réduite, mécanisée, simplifiée, chosifiée, uniformisée, globalisée. La lutte des classes c’est d’abord celle-ci : retrouver notre dignité, maîtriser nos outils techniques, revenir à la proximité et la simplicité.

Oui, il est impossible d’imaginer pouvoir réduire notre empreinte écologique sans esclavagiser les peuples si nous ne sortons pas de ce logiciel capitaliste et productiviste. Tout sera possible si nous nous tournons radicalement vers une société sobre où l’économie trouvera sa place, c’est à dire subordonnée à l’écologie sociale. La lutte des classes est plus que jamais au cœur de notre combat. Elle ne peut se satisfaire d’une opposition de forme du capitalisme, de l’extractivisme et du productivisme. Elle ne peut se baser sur des postures idéologiques de la deuxième moitié du 20ème siècle. Et je suis convaincu que seuls le PCF et les anticapitalistes sincères peuvent porter ce combat.

En 1972, Lewis Mumford écrivait ceci dans « l’héritage de l’Homme » : « ce qu’ont accompli nos techniques conduites par la science est de rendre non seulement crédibles mais probables des rêves de contrôle absolu encore plus effarants ; et elles ont par là-même amplifié leur irrationalité, c'est-à-dire leur divorce d’avec les conditions écologiques et les traditions humaines qui avaient de fait permis l’épanouissement de la vie sous toutes ses formes, et par-dessus tout celui de la vie humaine consciente ».

Voilà où, à mes yeux nous en sommes.
Ainsi réhabiliter chez Marx tout ce qui relève de l’eschatologie et du dépassement de l’aliénation de l’Homme dans ce monde est la condition de notre salut politique et humaniste.

Et nous ne le trouverons pas dans un réacteur pressurisé. Ni d’ailleurs dans le jus de carottes bio ou en tapissant le Sahara d’usines photovoltaïques.


1 commentaire

De manuquetal - Envoyé le 12/05/2016 16:30:04
Kamarade, il serait temps de trouver l'origine de la "Faute". Ou plutôt l'erreur statégique qui amena le mon du travail à sa perte. Vive la société des loisirs et du travail partagé.
www.liberation.fr/societe/2011/11/28/le-droit-a-la-paresse-a-relire-d-urgence


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