journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
DÉCEMBRE 2015
débats d'idée - champs libre
Merde !
par Olivier

La catastrophe était inévitable et nous avons sauté dedans à pieds joints. Maintenant est venue l’heure de la lamentation, du pleurnichage et du tripatouillage. Cette bien douloureuse leçon servira-t-elle ? Hélas, pas si sûr !

A force de jouer avec la démocratie. A force d’empiler sur ses fragiles épaules toutes les absurdités d’une société qui se désunit progressivement, en oubliant ce qui a permis qu’elle se construise. A force de mépriser le peuple, ce dernier rappelle aux puissants qu’il garde la maîtrise de ses choix électoraux.

Et nous oserions l’en blâmer ?

Depuis le formidable espoir de 1981 la gauche n’a cessé de s’amender de ses propres indignations. A peine des lois sociales ou environnementales ont elles été votées qu’elles ont commencé à être rognées, amputées, amoindries. Une fois élu, ce qu’on appelle désormais le « personnel politique » n’a qu’une obsession, être réélu ! De là, les petits arrangements et les grandes renonciations. Faut-il des élu(e)s pour assurer la santé financière d’un parti, ou pour peser réellement sur des choix politiques ?

La corruption ne cesse de croître avec toujours plus d’ingéniosité. Dans les esprits d’abord. En renonçant à des positions fermes et en favorisant le clientélisme. Ensuite dans le comportement quotidien. C’est une corruption qui prend les formes les plus diverses. S’introduit par des voies sinueuses. Pas forcément de l’enrichissement personnel, mais souvent l’assurance d’un train de vie délicieux, goûté le temps d’un mandat. Des notes de restaurant, des voyages en première classe, des remboursements de frais multipliés par deux, ou payés par deux structures pour le même événement. Des petites choses, des petites entorses, chaque jour, qui au fil du temps apparaissent aux yeux des citoyens comme des avantages intolérables. Autant de choses qui fragilisent le mandat électif, dans les exécutifs locaux, comme dans les syndicats, les entreprises ou les associations. Autant de choses qui construisent jour après jour la rancœur, la jalousie, ou pire le sentiment d’injustice sur lequel peut se construire toute la sémantique d’extrême droite.

Jouer avec la démocratie à tous les étages de notre société, du premier cercle du pouvoir jusque dans les instances paritaires, fait le lit de la haine, de la revanche des petits trop souvent méprisés, et pour finir de ceux qui savent profiter de toutes les frustrations populaires.

« L’homme méchant a pour collaborateur fatal, l’homme malheureux ! » Dénonçait Victor Hugo. La responsabilité d’une politique de gauche doit être de se préoccuper de cet homme malheureux, sans oublier que c’est souvent, trop souvent une femme…

La réponse du deuxième tour électoral de ces régionales doit encore faire face aux sempiternelles questions d’une gueule de bois de lendemains qui déchantent. Quel est l’objectif qui est proposé ? Voter pour faire barrage, encore une fois, au FN et donc renoncer à ses convictions de citoyen ? Se résoudre à ce vote obligatoire, dans une culpabilité bien orchestrée pour continuer la même politique avec les effets dévastateurs qu’elle génère ? Accorder à nouveau la confiance à des élu(e)s qui une fois encore mépriseront les besoins du peuple et les promesses qu’ils leur ont faites ?

La Gauche unifiée derrière le PS se compromet sans cesse, pour repousser son inexorable fuite en avant et à chaque élection reproduit les mêmes erreurs qui amplifient encore le processus du vote d’extrême droite. Elle ne respecte pas le contrat démocratique passé avec l’électeur. Oui c’est terrible de voir que l’extrême droite va gagner cette élection. Oui, les méchants vont diriger des exécutifs, même si le FN ne gagne pas en Paca ou en Nord-pas-de-Calais-Picardie. Car la droite qui se dit républicaine a franchi les lignes depuis bien longtemps. Oui ça fait mal, mais comment avons-nous cherché à l'éviter ?

Les socialistes font monter l’extrême droite un peu plus à chaque fois en exigeant le vote utile. Pire ! Devant l’émotivité des circonstances, cette gauche guimauve qui nous colle aux godasses depuis trente ans se compromet sans cesse, mais elle est toujours au pouvoir malgré les abstentions record. Désormais elle tente le recours sécuritaire. Comme sa sœur ennemie la droite nauséabonde et corrompue, elle applique les méthodes fascisantes de l’extrême droite triomphante. Contrôles des chômeurs. Etat d’urgence ! Lois liberticides, lois d’exceptions. Invective des intellectuels et cynisme écœurant. Ces atteintes aux libertés donnent à voir une classe politique lamentable que les citoyens rejettent. L’Assemblée Nationale n’est plus un contre-pouvoir et même les députés Front de Gauche accompagnent le mouvement du vote sur l'émotion. En politique la crédibilité se gagne, et au plan national comme au plan local cette crédibilité face au peuple est totalement perdue.

Comment être crédibles lorsque les représentants d’un parti se présentent sur une liste d’union contre l’avis de leurs propres militants ? Comment être crédibles lorsque la politique menée est à ce point contraire aux promesses électorales ? Comment être crédibles quand l’appareil politique ne montre au travers de ses responsables, qu’un comportement opportuniste et avide. Sans autocritique sur lui-même, le Front de Gauche et tous les partis qui le composent se transforme en groupuscules inexistants et pire, inintéressants. Bouffis d’orgueil et de certitudes les uns rejettent la faute sur les autres et l’avilissement fait le reste de cet attentat. Le manque de confiance entre les structures d’un Front de Gauche atomisé est flagrant et focalise tous les débats en ignorant la réalité vécue par les citoyens les plus durement touchés. C’est un peuple qui ne se reconnaît pas dans les candidats qui se présentent aux suffrages.

Les propositions politiques n’émergent pas, la jeunesse a perdu son élan de contestation. La gauche humaniste devrait être force de conquête pour de nouveaux droits, de nouvelles avancées sociales, elle devrait être éducatrice au lieu de penser à se partager les postes ou à équilibrer financièrement ses appareils. Il n’y a plus de confiance et ce n’est pas en se focalisant sur le vote des citoyens qui se trompent qu’elle sera restaurée. Il faudrait peut-être penser à reconstruire de la pensée, de la culture politique pour lutter plus efficacement sur ce qui favorise ce vote d’extrême droite. Savoir d’où nous venons pour élaborer ce dont nos enfants ont besoin. Ce mouvement du déni et du tripatouillage est le véritable terrorisme qui ronge notre société. Un terrorisme sournois qui s’applique à détruire tout ce qui a fait la richesse de cette Nation, son socle humaniste, généreux et tolérant. Et pendant que chacun se regarde le nombril, pleurniche sur sa petite situation, s’imagine résistant en occupant les terrasses de cafés, ou en allumant des bougies, le temps d’une émotivité organisée, mais partagée ; pendant ce temps-là, le Peuple inconscient préfère le suicide dans un grand élan collectif. Merde !

10 décembre 2015 - Olivier Perriraz
Photo - Olivier Perriraz


1 commentaire

De michel - Envoyé le 15/12/2015 19:49:31
Penser à reconstruire de la pensée, de la culture politique (de classe) seul le PCF peut le faire en sortant des tripatouillages fdg/sociaux démocrates/écolos débattre au delà des calculs politiciens qui pourrissent sa vie interne pour retrouver sa fraterniité de classe auprès du prolétariat, des 5 millions de pauvres, et se décider à affronter les llibéraux du P.S au FN


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