journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
NOVEMBRE 2015
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
Sortir du capitalisme par l'écologie sociale
par Stéphane

Face à la crise systémique que nous subissons, notre offre politique, pour la dépasser, doit être aussi systémique. Les compétences des nouvelles régions doivent permettre d'interroger globalement nos politiques publiques. La question de l'écologie sociale doit traverser tous les champs d'un projet de territoire. Et seule une vision anticapitaliste permettra de passer d'une concurrence qui tue les Hommes et leur environnement à une coopération solidaire et un développement équilibré de notre territoire.

Pour exprimer cette approche globale, deux postulats sous forme de citations :

« La destruction de l'environnement découle de causes sociales, issues de la société humaine. Il en ressort qu'une société écologique demande au préalable une société véritablement humaine, qui respecte ses membres et cherche leur émancipation et non leur exploitation ». Voilà ce qu’écrivait Murray Bookchin, père de l’écologie sociale.
«Et tout progrès de l’agriculture capitaliste est non seulement un progrès dans l’art de piller le travailleur, mais aussi dans l’art de piller le sol ; tout progrès dans l’accroissement de sa fertilité pour un laps de temps donné est en même temps un progrès de la ruine des sources durables de cette fertilité…Si bien que la production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production social qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur ». Voilà ce qu’écrivait Karl Marx dans « le Capital ».

Alors que l’immédiateté médiatique nous ressort bêtement la théorie de la pastèque ou de l’incompatibilité indépassable entre le communisme forcément productiviste et l’écologie invariablement environnementaliste, des visions un peu moins binaires ont depuis longtemps été développées par des penseurs d’une autre trempe que les vendeurs de lessive bio qui squattent la petite lucarne en cette année de la COP21.

Et que nous disent ces deux citations face à l’inanité des discours télévisuels ?


Aucune société conviviale ne pourra émerger tant que « des producteurs associés ne règleront pas rationnellement leur échange de matière avec la nature ». Marx encore. La sortie du capitalisme est donc un impératif vital, celle du productivisme le corollaire et celle du sans-limite notre acmé post-capitaliste.



A quelques semaines des shows politiques et médiatiques des élections régionales et de la COP21, comment se réapproprier ces héritages idéologiques et les mettre en œuvre dans la Cité ?


Tout d’abord la conversion écologique de l’économie, et donc sa subordination. Hans Jonas le résume parfaitement : « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre ». Avec le capitalisme et le productivisme, nous vivons plutôt dans un abattoir, les finalités de l’économie doivent donc être réappropriées par les citoyens et répondre à leurs besoins et à la pérennité de leur environnement. Pas une économie à la seule fin de permettre au capital de s’accroître.

Combien de temps faudra t’il encore rabâcher que 1% d’augmentation du PIB signifie mécaniquement 0,7% d’augmentation des gaz à effet des serre ?

La sobriété énergétique, la relocalisation et l’économie circulaire intégrale doivent ainsi être au cœur d’une politique régionale qui, rappelons-le, aura toutes les compétences en matière de développement économique. Ces trois piliers sont indissociables et demandent de prendre en compte deux autres axes d’une politique régionale globale qui œuvre pour la sortie du capitalisme et du productivisme : Des territoires équilibrés et solidaires et des entreprises ancrées et en harmonie avec ces territoires, deux autres compétences majeures des futures grandes régions.

Tout d’abord, la réappropriation citoyenne de nos territoires comme biens communs. Dépasser les phénomènes de métropolisation qui imposent la compétition, hiérarchisent et appauvrissent les territoires.  C’est donc mettre en œuvre les paroles de Jaurès et « passer de l’état de concurrence brutale à l’état de coopération ».
Imposer a minima que tout bien commun (un équipement public, un espace public, l’eau…) que nos administrateurs de biens (nos élus ne sont seulement que cela et il serait bien parfois de leur rappeler) souhaitent vendre passe par l’accord des propriétaires, c'est-à-dire : le peuple. Voilà la vraie démocratie, pas celle de pacotille où l’on fait dans le budget participatif ou la concertation sur l’essence des arbres et la couleur des jeux dans les parcs.

Ensuite la place de l’entreprise et du salarié, comme élément majeur des projets de territoires soutenables. En effet, comme l’exprimait parfaitement Sangnier « on ne peut avoir la République dans la société tant qu’on a la Monarchie dans l’entreprise ».

La place du salarié, la défense du travail de qualité, les mouvements coopératifs, la propriété sociale de l’entreprise sont aussi des valeurs que l’écologie sociale doit porter car l’écologie, ce n'est surtout pas que la protection de l’environnement naturel…

De l’agroécologie au pacte ville/campagne, de la fin de l’artificialisation des sols à la sortie des « égoquartiers », des SCOP au développement de filières locales, du libre accès des transports publics à la relance du ferroutage et des gares de proximité, de la sortie des énergies fossiles aux objectifs d’autolimitation… autant de sujets majeurs pour participer à un projet politique global que seule une vision post-capitaliste peut mettre en œuvre car la transformation de la société nécessite la possession et la gestion collective de notre espace de vie par l’intervention de tous les citoyens.


2 commentaires

De CHAPUIS - Envoyé le 09/11/2015 11:27:09
cet article est très intéressant,j'en partage le contenu.La gauche
se doit de mettre en avant la seule chose qui compte sur le long terme,c'est à dire la préservation d'un écosystème compatible avec la vie humaine.
Dans ce contexte particulier de notre histoire, il faut sortir de la lutte des places pour aller vers le rassemblement le plus large possible qui permette aux générations futures de vivre sur notre terre.
Le reste ,à savoir qui est le plus rouge ou le plus vert ce n'est pas important.Ce qui est important c'est de réunir les êtres humains qui veulent s'engager dans ce combat
De Gil PERNOT - Envoyé le 09/11/2015 01:39:01
Article extrêmement intéressant...
Qu'on appelle les choses "écologie sociale" ou bien "écosocialisme"...

Par contre quid du nucléaire ?


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