journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
NOVEMBRE 2015
débats d'idée - champs libre
Les parasites dorés
par Michel T

Un premier ministre, devant les débris du car, les dépouilles mutilées, qui vient déclarer avec un sanglot contenu dans la voix que c’est un « coup terrible pour la France » est un escroc émotif. Rappelons par exemple que ni lui, ni aucun membre du gouvernement, n’a eu un mot pour les deux ouvriers d’Arcelor-Mittal tombés dans une cuve de fonte en fusion à 1400°. Pas de déplacements officiels, pas de caméras, pas de sanglot retenu. Il est vrai que là, c’est un patron qui est en cause et il faut bien lui laisser le temps de tenter d’étouffer l’enquête du CHSCT.

Ils n’ont rien à foutre nos ministres et autres zommes politiques ?

Qu’est-ce qui les fait se précipiter en masse au bord d’une départementale de Gironde ?

Un terrible accident, les services compétents entrent en action : Pompiers, SAMU, Protection civile, préfets, policiers et gendarmes. Les hôpitaux sont sur les dents, les « cellules médico-psychologique » pullulent auprès des familles. Bon, il faut aider les familles des victimes, soigner les survivants, comprendre l’origine de l’accident et tous les services publics concernés y travaillent dur.

Jusque là, tout est normal et nos services sont plutôt bons.

Et puis il y a les charognards de la presse, les renifleurs de sang, les photographes de larmes, les hyènes microphonées qui tentent d’extraire des voisins, des familles, l’assurance de leur désolation. « Et comment vous sentez-vous ? », « et qu’est-ce que ça vous fait que votre famille soit décimée ? » exigent-ils, la bouche en cul de poule, ils mettent en demeure de « témoigner » tous ceux qui sont dans les parages.

Les survivants, les familles des victimes, ont besoin de calme, nous dit-on, pour commencer leur « travail de deuil » et pour les y aider, caméras et appareils photo se bousculent autour d’eux en un vol funèbre d’Érynnies médiatiques, un sinistre ballet de croque-morts. Ils frétillent de la plume comme les vautours de Lucky Luke.

Mais il y a pire. Les parasites dorés, les zommes politiques, ceux qui arrivent en hélicoptère spécial à 3 000 € l’heure de vol, eux-mêmes entourés d’une nuée de parasites du second ordre : les assistants au téléphone greffé sur l’oreille, les gardes du corps, avec oreillette vissée dans le tympan et les lunettes noires de « Men in black », l’air fuyant, le regard tourbillonnant sans jamais se poser, l’air concerné, eux aussi, l’irrésistible rictus de ceux qui vivent dans les hautes sphères avec un compas planté dans le cul. Et puis il y a les adjoints, les sous-ministres, ceux qui espèrent en haletant qu’une place va se libérer plus près du pouvoir, ceux-là frétillent en chœur, se poussent pour être un peu dans le champ des caméras.

Sans compter les innombrables flics qui accompagnent chaque sortie d’un ministre, déployés en cercles concentriques, symboles de la lâcheté des responsables élus qui ont une trouille noire de leur supposés électeurs. Il faut être sûr qu’aucun membre du « peuple » ne les approchera à moins de 20 mètres.

Tous ces parasites grouillent, se mettent dans les jambes de ceux qui font un travail utile, et bavent dans leurs micros, l’air pénétré et le sourire crispé de ceux qui craignent qu’on manque de compas.

Ils ne viennent pas manifester de la compassion, ce dont, d’ailleurs, on n’aurait que foutre, ils ne viennent pas faire un travail utile, ceux qui en sont chargés sont à la tâche, et font bien ce macabre travail. Ils viennent juste se dandiner devant les caméras, la larme à l’œil et la mâchoire serrée, faire croire qu’ils « coordonnent », gêner ceux qui bossent dans la gadoue, qui ramassent les débris de corps sanglants, enquêtent sérieusement. Nos zommes politiques sont des tripoteurs de la sensiblerie publique, les balayeurs de la maison des morts.

Un premier ministre, devant les débris du car, les dépouilles mutilées, qui vient déclarer avec un sanglot contenu dans la voix que c’est un « coup terrible pour la France » est un escroc émotif. Rappelons par exemple que ni lui, ni aucun membre du gouvernement, n’a eu un mot pour les deux ouvriers d’Arcelor-Mittal tombés dans une cuve de fonte en fusion à 1 400°. Pas de déplacements officiels, pas de caméras, pas de sanglot retenu. Il est vrai que là, c’est un patron qui est en cause et il faut bien lui laisser le temps de tenter d’étouffer l’enquête du CHSCT.

En France, les services de secours sont globalement compétents et plutôt bien organisés, même si les coupes budgétaires actuelles, les mettent en danger.

Et les autres, tous les autres, les politiques et leur (basse) cour, les soi-disant journalistes, les gardes du corps, et les flics qui gardent les gardes, sont ici aussi utiles que des morpions sur un poil de cul.

Ils n’ont pas des dossiers qui les attendent ? Des décisions à prendre ? Des « experts » à consulter ? Des articles à écrire ? Bref ils n’ont pas de travail, ils n’ont rien d’autre à foutre que de se précipiter devant chaque caméra qui frémit tous ceux-là ? En jouant les vautours émotifs, ils ne font que prouver leur incompétence et leur inutilité fondamentale.

A partir de combien de morts par accident est-ce « un coup terrible pour la France » ? Faut-il attendre un communiqué du Pape ? De ma concierge ? Cette précipitation morbide, cette bousculade indécente, me font vomir.

 Michel Thion

 P.S. Tiens, je réalise à l’instant qu’on n’a ni vu ni entendu Macron sur ce coup-là… Mais bon, je dis ça, je dis rien…

A propos de cette photo : " Chaque jour en France - sinistre comptabilité -, il y avait treize accidents mortels du travail. J'ai décidé de rendre visible le décompte de cette hécatombe." Ernest Pignon-Ernest - Accident du travail - 1972



1 commentaire

De Pablo Cueco - Envoyé le 02/11/2015 00:00:31
Merci à nouveau Michel. Tes mises au points et tes indignations sont toujours justes et roborative. Et c'est aussi un plaisir de revoir ces images d'Ernest Pignon-Ernest...
La lutte continue
Amicalement
Pablo Cueco


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