journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
SEPTEMBRE 2015
travail de mémoire
Le poète René Leynaud
par Maurice

Le 27 octobre 1944, Albert Camus écrit dans le journal Combat "Il nous a été difficile de parler hier de René Leynaud. Ceux qui auront lu dans un coin de journal l’annonce qu’un journaliste résistant, répondant à ce nom, avait été fusillé par les Allemands n’auront accordé qu’une attention distraite à ce qui était pour nous une terrible, une atroce nouvelle. Et pourtant, il faut que nous parlions de lui. Il faut que nous en parlions pour que la mémoire de la résistance se garde, non dans une nation qui risque d’être oublieuse, mais du moins dans quelques cœurs attentifs à la qualité humaine".

Mais qui connaît encore aujourd’hui Leynaud ? Bien sûr, il existe aux pieds de la Croix Rousse une rue qui porte ce nom, mais que savons-nous de ce poète ? Qui peut déclamer un de ses poèmes ? Quel professeur d’école fait connaître à nos enfants quelques vers de Leynaud ?

Il est un des premiers à Lyon, à entrer dans le Résistance, tout en assurant son travail de journaliste au Progrès. Il s’appelait Clair pour ses camarades de guerre et seuls quelques uns le savait aussi poète. Il avait pour ami Albert Camus qui habitait chez lui quand il était de passage à Lyon.

Paul Gravillon, dans son livre « Le poète fusillé » écrit « Le jeune poète n’avait rien publié : son premier recueil sortirait en 1947 chez Gallimard mais René Leynaud serait mort depuis trois ans, fusillé à la lisère d’un petit bois de l’Ain près de la Saône. « C’est fini » avait-il murmuré à l’oreille de son compagnon de chaîne, Thoinet, un garçon de dix-neuf ans, comme s’il avait prévu que ce jeune camarade, par un incroyable concours de circonstances, pourrait, miraculeux rescapé, rapporter cette ultime confidence à d’autres, et d’abord à la femme du jeune mort. Cependant ces simples mots : « C’est fini » avaient une autre portée que celle d’un pur constat ou d’une monstrueuse évidence. Il signifiaient, dans la bouche d’un poète, que cette fin c’est lui qui la disait : elle lui appartenait et non l’inverse, il refusait de laisser à des mitrailleuses bégayantes le dernier mot. »

Camus révèlerait un poète qui, pour lui, était toujours vivant : c’est d’ailleurs à lui que le futur prix Nobel dédiera ses « Lettres à un ami allemand », étrange prémonition quand on sait que, cinquante ans après la mort du poète, c’est un intellectuel allemand, Bernhard Beutler, qui, à Lyon, rééditerait le mince opuscule que Gallimard avait oublié dans ses soutes. Un allemand et un recueil franco-allemand pour donner raison à Leynaud qui pensait que la poésie était plus forte que toutes les guerres, lui qui ne se contentait pas de répandre son encre, il répandait aussi son sang.

Photo : Stéphane

                                      

Pour vous donner envie de lire Leynaud, voici « Chanson » poème écrit en 1939

Parti pour la guerre
Quand venait matin
– Paissez la bruyère
Et le romarin –
Il chantait la guerre

Naguère et demain
Ah ! que le vent passe
Vides sont les mains
Que la guerre espace
Et coupe à la fin

La guerre mutile
Les poignets dressés
À la brise une île
De doux doigts tressés
Vire et puis dérive

(Vent fraîchi qui fuit
Sur les mirabelles
Une rosée luit
C'est au travers d'elle
Qu'un sang se brunit)

Bientôt ? Sont-elles mûres
Les mains à cueillir ?
L'arbre au ciel s'assure
De branches où fleurir
Ongle et lune pure

Parti pour la guerre
– Viens le vent revient –
Je te prie ma mère
Que tes simples mains
Abrègent la guerre
Brève à nos destins.


1 commentaire

De Ythier LE SAPIANT - Envoyé le 11/10/2015 21:56:48
Beau travail, merci camarades !

Et justement la rue, au pied de la Croix-Rousse, donne sur une de ces traboules où nos jeunes FTP des "bataillons de la jeunesse" ont su échapper aux filatures conjointes de la milice et des Sipo.


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