journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
SEPTEMBRE 2015
Croix-Rousse :
luttes et services publics
Pompier et syndicaliste à la Croix-Rousse : parlons franchement !
par Philippe

Le Grain De Sel a rencontré trois sapeurs-pompiers professionnels syndicalistes à la CGT du SDMIS* : Claude et Sammy responsables départementaux dans le Rhône et Jean-Pierre du centre de secours de la Croix-Rousse. Avec eux, nous aborderons l’action syndicale, la dégradation de leurs conditions de travail liée aux politiques budgétaires, mais également leur quotidien avec leur lot d’incivilités, de violences, et la détresse des plus faibles. Et comme ils n’ont pas l’habitude de mettre « la poussière sous le tapis », ce sera sans langue de bois.

Le sapeur pompier, par la mission de protection des personnes et des biens en péril, dispose d’une image sociale positive auprès de la population, néanmoins comme tout travailleur il a besoin de signes de reconnaissance interne, ce qui n’est pas à l’ordre du jour selon les syndicalistes.

Le dénigrement du service public entamé sous la droite au pouvoir dans la population (fainéant, trop payé, trop de moyens …) continue avec la poursuite de la casse des droits sociaux, comme par exemple la loi Macron passée en force et dans un déni de démocratie par le gouvernement avec le recours à la procédure dite du 49-3.

Comme dans tous les services publics, les sapeurs-pompiers professionnels sont soumis à la règle de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite. Préserver un service public de qualité devient de plus en plus compliqué avec une baisse d’effectif constant depuis 15 ans. L’emploi public disparait peu à peu, remplacé par des pompiers volontaires (SPV) et les engagés du service civique.

« On n’est pas contre le volontariat dans les zones reculées, cela se justifie qu’il y ait une mixité de professionnels et de volontaires quand il y a moins d’interventions, ce qui n’est pas le cas en ville ». « L’embauche de volontaires, c’est tout bénéfice pour le SDIS, pas de charges patronales, pas de contrat de travail, pas de code du travail ; ils peuvent être appelés la veille pour le lendemain».

L’avancement est plus long chez les professionnels, c’est un facteur de tension entre les « pros et les volontaires ». Est-ce un moyen d’inciter au recrutement de volontaires ou une stratégie délibérée afin de créer des divisions au sein des personnels ?

Les pompiers en première ligne sur le front de la misère sociale : « On est le dernier service public gratuit ouvert 24h sur 24, on mesure également lors de nos interventions le degré de solitude des gens, des personnes âgées qui ne te lâchent plus la main … »

« On prend en pleine face la décomposition de la société, les violences dont nous sommes victimes lors d’intervention sont intolérables. Se faire caillasser, insulter, alors que nous venons sauver des vies est insupportable, cela pose aussi la question de la préparation de certaines de nos interventions. Un matin nous sommes partis pour une intervention à la Duchère et nous nous sommes fait accueillir à coup de pierres, alors que l’équipe précédente était présente pendant toute cette nuit de violence. Là tu as juste un peu les boules, si l’information avait été correctement relayée en interne nous aurions pu nous préparer psychologiquement. De plus il n’y a jamais eu de débriefing sur ces émeutes urbaines, nous aurions eu besoin d’échanger et de faire des propositions pour préparer les collègues à ce type d’intervention, on n’est pas des robots. On rentre à la maison avec tout cela. Une intervention ne s’arrête pas lors de la signature du formulaire qui la clôt ; quand on ramasse des bouts de corps après un accident de la circulation la scène perdure dans la tête bien après la fin de l’intervention».

Quand le Lean Management** arrive dans les fonctions publiques

« Quand tu interviens chez une personne âgée, qui ne voit plus personne et qui ne te lâche plus la main au moment de partir, c’est particulièrement éprouvant, mais tu prends le temps de rester un moment avec elle et d’échanger. Avec les nouvelles méthodes d’organisation du travail qui se mettent en place, les « managers » venus du privé et la conception de Lean Management, c’est toute cette part de notre travail qui est jugée improductive et qu’ils veulent faire disparaitre. On sent bien que le modèle anglo-saxon des services publics fait son chemin. Et reconnaissons-le, la riposte syndicale n’est pas à la hauteur des attaques que nous subissons, on vit aujourd’hui sur les acquis des luttes des anciens, mais tout cela est en train d’être laminé et chacun devient de plus en plus individualiste d’année en année. Notre corporation n’est pas non plus immunisée contre le poison de la xénophobie, elle s’insinue dans les conversations de plus en plus banalement et parfois dans les comportements. La CGT s’est de tout temps battue contre toutes les formes de racisme*** et d’antisémitisme, c’est dans nos gènes syndicaux. Nous avons alerté la direction qui fait la sourde oreille. Pour nous c’est très clair ces propos n’ont rien à faire dans un contexte de travail au sein du service public. »

Des conflits très durs ont eu lieu ces dernières années dans toute la France, les gouvernements successifs ont employé tous les moyens pour casser la résistance syndicale

A Grenoble en décembre 2013 un pompier a perdu un œil lors d’affrontements avec les forces de l’ordre (le conflit portait sur l'augmentation du temps de travail imposée par le Conseil Général sans augmentation de salaire).
« Même si cela n’est pas facile tous les jours d’être syndicaliste CGT, on ne lâche pas le morceau et l’histoire nous prouve que ce n’est que dans l’unité et dans l’action que les agents remportent des victoires et se font respecter dans leur travail »

Respecter les syndicats et leurs représentants chez les pompiers professionnels, c’est d’abord mieux reconnaître le choix d’un statut, d’une profession et d’une communauté, mais aussi d’un engagement qui déborde sur la vie privée ; c’est ensuite, prendre en compte le vécu des sapeurs-pompiers professionnels dont certains disent aller au travail « à reculons » et être de moins en moins considérés en interne.


*Avant le 1er janvier 2015 le SDIS (service d’incendie et de secours du département du Rhône) 69 était financé à 80% par le département et 20 % par le Grand Lyon ; aujourd’hui c’est l’inverse, la métropole lyonnaise finance à 80% et le département à 20%. Le SDIS 69 est ainsi devenu « service d’incendie et de secours du département du Rhône et de la métropole de Lyon, dit service départemental-métropolitain d’incendie et de secours » (SDMIS).
En France, chaque département dispose d’un SDIS (service départemental d’incendie et de secours). Il s'agit d'un établissement public chargé de la prévention, de la protection et de la lutte contre les incendies. Le SDIS concourt également, avec les autres services et professionnels concernés (SAMU, Police, Gendarmerie...), à la protection et à la lutte contre les autres accidents, sinistres et catastrophes, à l’évaluation et à la prévention des risques technologiques ou naturels ainsi qu’aux secours d’urgence.
La loi MAPTAM n° 2014-58 du 27 janvier 2014 de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles, entrée en vigueur le 1er janvier 2015, crée deux nouvelles collectivités territoriales : le département du Rhône et la métropole de Lyon.
Selon son article L.1424-69, « le service départemental-métropolitain d’incendie et de secours exerce ses missions sur le territoire du département du Rhône et sur celui de la métropole de Lyon ».
Le « service départemental d’incendie et de secours du Rhône » (SDIS 69) est ainsi devenu « service d’incendie et de secours du département du Rhône et de la métropole de Lyon, dit service départemental-métropolitain d’incendie et de secours » (SDMIS).
Comprenant un corps de sapeurs-pompiers ainsi qu'un service de santé et de secours médical, le SDMIS regroupe 116 casernes et 4 sites états-majors. Il emploie près de 1 230 sapeurs-pompiers professionnels et 361 personnels administratifs, techniques et spécialisés (PATS). On trouve également 4 500 sapeurs-pompiers volontaires. Ce service public assure près de 100 000 opérations de secours par an.

Photo : Olivier

**L’exemple du Lean Management dans la fonction Publique hospitalière :
http://www.franceinter.fr/emission-lenquete-de-la-redaction-lean-management-a-lhopital-des-soins-a-la-chaine

***http://www.cgt.fr/+-Racisme-+.html


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