journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JUIN 2015
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
Lyon, un pur produit du néolibéralisme
par Stéphane

Le dossier « Lyon est-elle une capitale européenne ? » du « Lyon Capitale »(1) de ce mois illustre parfaitement la phrase de Marx : « Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants. Autrement dit, ce sont les idées de sa domination ». Détenu par Fiducial Medias, et avec trois pages de pub payées par un promoteur immobilier, « Lyon Capitale » n’a évidemment pas évité le moindre poncif sur la ville capitaliste qui s’autoproclame moderne pour mieux asseoir sa domination.

LYON, VILLE INTERNATIONALE : LE TOUJOURS PLUS COMME SEUL CRITERE

Classer, ordonner, montrer avec emphase celui qui est le premier et vilipender le dernier. Voilà comment nos villes sont scrutées puis "Excelisées". Certes non pas pour répondre aux besoins de leurs habitants, mais pour permettre aux investisseurs de calculer la pertinence de "délocaliser un site de production ou un centre de recherche et de développement". La guerre économique du "tous contre tous" comme seule ligne d’horizon.

Le premier classement explique que "Lyon est dans le top 20 des métropoles européennes les plus riches". Et bien évidemment, le PIB est utilisé pour mesurer cette richesse. Tout économiste n’étant pas aveuglé par la doxa ultralibérale vous expliquera l’inanité de ce seul critère qui ne prend pas en compte les externalités négatives (catastrophes, pollutions…), mais seulement des flux monétaires. Plus ces flux croissent, plus le PIB augmente, plus Lyon monte dans le classement. Même si cela se fait au détriment de la qualité de vie qu’elle soit sociale ou environnementale.
Le plus pathétique est que l’investisseur privé - vrai contempteur de la politique publique qui freine la libre concurrence - intègre dans ses critères "les aides financières dont il peut bénéficier". Et la méchante fiscalité française fait que "à ce jeu-là, la note de Lyon risque de ne pas être très élevée".

Si ajouter d’autres critères, comme l’indice de développement humain, devrait permettre de limiter cette seule vision prométhéenne, c’est surtout notre capacité de sortir de cette culture du chiffre et du classement qui doit devenir un objectif politique majeur pour ainsi passer d’une logique de compétition économique à celle de coopération écologique. 

Cette « déséconomisation » de notre esprit passe aussi par se moquer du ridicule de la novlangue ânonnée ad nauseam : "Lyon sera vraiment une ville internationale quand elle aura des offres qui répondent aux critères internationaux comme des rooftops. Et à Lyon, des rooftops, il n’y en a pas […]. En fait, à chaque fois qu’on a un immeuble, il faudrait accepter de mettre en place un rooftop avec un bar". Un toit-terrasse avec du champagne et une vue au-dessus de la plèbe, voilà un critère pour la ville qui compte.

Non, finalement, il ne faut pas uniquement les moquer, il faut combattre ce genre d’imbécillités.

LYON, VILLE NEOLIBERALE : LA DOMINATION CACHEE SOUS LE VERNIS DE LA MODERNITE

Bien évidemment, le publireportage de "Lyon Capitale" n’a à aucun moment, inclus et analysé les réalités sociales de notre ville. Cette capacité à désincarner la compétition économique internationale des territoires, devenus de simples lieux de productions, est tout simplement terrifiante. Mais, promis, juré, un prochain numéro du mensuel traitera de la dimension sociale sans jamais expliquer que la compétition que livre Lyon impacte violemment la vie quotidienne de tous ceux, et ils sont nombreux, qui en sont exclus car pas rentables.

Comment écrire que "Lyon fait partie du top 10 des plus grandes villes européennes par le nombre d’étudiants", sans intégrer dans les critères les conditions de travail des enseignants et des étudiants ou les coupes drastiques des finances publiques ?
Comment se vanter d’être "champion du monde de la santé" si les soins de proximité accessibles à tous sont chaque jour remis en cause ? Bizarrement, "Lyon Capitale" a "oublié" un critère des villes capitalistes où Lyon est fort bien classé : celui des villes les plus polluées.

La "qualité de la vie" rapportée dans ce dossier est une marchandise réservée aux plus riches, dans une ville où l’investissement d’Abu Dhabi, le tourisme international, les clusters ou les industries de la connaissance et des loisirs sont devenus les critères prioritaires de l’économie politique urbaine. 
Interroger ce rapport de domination devrait être le travail a minima de notre presse locale.

LYON, VILLE PLEINE D’URBANITE ? SORTIR DE SA PRIVATISATION

En effet, ne nous méprenons pas : Si les outils de propagande tentent de nous faire saliver avec la ville intelligente, créative, artistique, culturelle…ce sont bien les rapports sociaux de production qui modèlent nos métropoles. Et ils sont aux mains de la classe dominante. L’économie politique urbaine reste donc plus que jamais tributaire des modalités de l’accumulation capitaliste, et donc des intérêts des classes dirigeantes mondialisées.
Et nos élus locaux se plient, sans trop rechigner, à ce diktat du chiffre ou de l’inéluctabilité du fait métropolitain comme outil de l’accumulation du capital. 

"A qui appartient la ville ?" était une question posée lors du Sommet de Johannesburg de 2002 (vous vous rappelez : "notre maison brûle et nous regardons ailleurs" ?). Pour Lyon, c’est au MIPIM de Cannes et à Abu Dhabi que se scelle son destin. Loin de ses habitants et de ses "petits" soucis du quotidien. 

Alors que l’INSEE nous rappelle que 15% des Lyonnais vivent en-dessous du seuil de pauvreté et que, au nom de choix idéologiques, Lyon ferme l’internat Favre ou ne subventionne plus les créations artistiques dans les écoles maternelles des quartiers populaires, ce dossier de "Lyon Capitale" exprime sans ambages la vision de notre métropole par l’oligarchie locale. Que cette vision impacte le développement de l’inégalité des conditions sociales des Lyonnais n’est finalement qu’une simple statistique négative au milieu "des eaux glacées du calcul égoïste"


Ces inégalités sociales imposées par cette ambition névrotique d’être en haut des classements de la compétition mondiale aliènent toute autonomie citoyenne et excluent tous ceux qui ne sont pas rentables dans cette course infinie et mortifère du toujours plus.

C’est donc bien la réappropriation citoyenne de notre ville qui est l’enjeu majeur pour lequel nous devons unir nos forces. Cette réinvention de la démocratie n’est pas celle suscitée et contrôlée par l’oligarchie où le citoyen n’est qu’un simple "spect’acteur", mais bien celle inscrite dans une perspective de transformation radicale de la société.

C’est à Henri Lefevbre qu’il convient encore aujourd’hui de se référer pour ne pas tomber dans le piège de budgets participatifs sur des projets minimalistes imposés :
"Une transformation de la société suppose la possession et la gestion collective de l’espace par l’intervention permanente de tous les intéressés avec leurs intérêts multiples et même contradictoires. Donc la confrontation". A nous de nous confronter, de résister. 

Alors que "Lyon Capitale" conclue que Lyon est juste en concurrence avec Lille, suprême ignominie pour nos barons locaux, le "Grain de Sel" formule un voeu qui va leur faire plaisir : 
Que Lyon devienne Barcelone. Podemos !

(1) LYON CAPITALE – JUIN 2015 – N°745



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