journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JUIN 2015
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
Le projet Part-Dieu : la tête à l'envers !
par Stéphane

Crée en décembre 2014, le Collectif Part-Dieu réunit habitants, associations, militants syndicalistes ou politiques. Son objectif : permettre aux habitants, salariés et usagers de la Part-Dieu de participer concrètement au projet de développement du quartier de la Part-Dieu et créer un rapport de force avec les élus, promoteurs et investisseurs jusque-là sourds et aveugles devant les interrogations et demandes des habitants. Le « Grain de Sel » a rencontré 5 de ses membres (1) .

UN PROJET URBAIN AVEC LES CODES DU 20ème SIÈCLE

Lire les propos dithyrambiques du Président du Grand Lyon sur le projet de la Part-Dieu nous ramène à ceux de Pradel louant l’arrivée de l’autoroute en plein cœur des villes : Marketing territorial et rayonnement international, villes intelligentes et hyperconnectées, les très énergivores tours de grande hauteur, les « starchitectes » qui se font un « petit » plaisir à 7000€ le m², l’explication simpliste de la lutte contre l’étalement urbain pour justifier la densification à outrance et la gentrification, autant de postures que les crises sociales et environnementales devraient balayer d’un revers de main.

Le panneau de propagande autour de l’immeuble de bureaux Silex est une ode à cette vacuité à lui tout seul : Ultra-connecté, business premium, smart design et bien évidemment, l'intelligence environnementale ! Tous les mots pour cacher l’absence de vision urbaine sont présents.



Monsieur le Président êtes-vous juste conscient que ce projet est déjà dépassé, déjà du passé ? Faire référence au quartier de la Défense en est d’ailleurs la meilleure illustration tellement il représente la non-ville par excellence.

Le Collectif de la Part-Dieu n’est pas tombé dans ce panneau « bling bling ». Il a ainsi multiplié les remarques et les alternatives en souhaitant, par exemple, « un vrai débat sur les tours de grande hauteur, la densification » et tous ces sujets essentiels que nos barons locaux refusent de mettre sur la place publique : « Vous ne pouvez pas comprendre, la densification c’est bon pour l’environnement, la technologie va vous faire faire des économies…voici les réponses que les experts et les élus nous donnaient lors de leurs présentations idylliques du projet ».

Quand est-ce que la propagande des promoteurs dont le seul intérêt est de remplir un maximum de surface de plancher arrêtera d’être relayée bêtement par celle des collectivités locales ? Quand est-ce que l’avis des usagers sera prioritaire par rapport à celui des banquiers et des spéculateurs ?

LA CONCERTATION À L'IMAGE DU PROJET : LE RAMAGE NE SE RAPPORTE PAS AU PLUMAGE

C’est d’ailleurs sans ambages que le Commissaire Enquêteur en charge de donner un avis sur le Plan Local d'Urbanisme s’est positionné : « Sans même aller au-delà du champ de l’information pour aborder un début de réelle concertation, pourquoi ne pas y avoir élargi le périmètre des personnes et territoires concernés au reste de l’arrondissement ? A Villeurbanne et aux arrondissements rive gauche ? A toute la ville de Lyon ? A l’ensemble de la métropole ? ». Difficile de faire plus clair.

Le collectif de citoyens alerte et critique cette parodie de concertation : « Une présentation du projet durant 2 heures avec des smartphones pour nous amadouer, un verbiage d’expert pour nous prouver qu’on ne peut pas comprendre, un mépris devant nos remarques, une défiance et un fossé entre eux et nous alors que les élus sont à notre service. ».

La compétence d’usagers des habitants et salariés est totalement méprisée, comme nous le rappellent avec force les membres du collectif : « c’est d’abord un projet pour les investisseurs et le rayonnement économique international (2) , on nous vend des emplois créés alors que c’est juste une relocalisation d’activités existantes, comment vivra le quartier aux heures de fermeture des bureaux ? Les salariés vont arriver dans des open-space alors qu’il est aujourd’hui démontré que ce sont de mauvaises conditions de travail, mais qui a écouté leurs représentants sur ce sujet ? ».

Avec un certain cynisme, le Commissaire Enquêteur va d’ailleurs dans le sens du collectif : « Bien évidemment, la Métropole de Lyon, à grand renfort de discours bien rôdés et disposant d’importants moyens publicitaires sur papier glacé, démontre l’importance des moyens et initiatives prises en matière d’information d’accompagnement au management du grand projet… ». Et le collectif de nous rappeler que « le délai de recours n'est même pas terminé que Bouygues commercialise son programme rue Desaix, l’argent n’attends pas pour Bouygues ».

Mais puisque la logorrhée des experts assermentés vous dit que c’est moderne et écologique, que cet urbanisme allie les objectifs de solidarité et de compétitivité mondiale ! Ben voyons !

UN PROJET QUI INTERROGE LA VISION DU DÉVELOPPEMENT DE L'ENSEMBLE DU TERRITOIRE MÉTROPOLITAIN

Les choix urbains de ce projet sont largement plus complexes que les positions manichéennes de la Métropole et des promoteurs. Justifier la densification sans parler de congestion, de villes multipolaires, de solidarité entre les te
rritoires ou de transports en commun est une mystification totale.

Là encore, le Commissaire enquêteur emboîte le pas du collectif : « S’il s’agit de constituer « une offre immobilière de niveau international se distinguant par sa haute qualité architecturale et fonctionnelle » qui aura pour effet irrémédiable de modifier le profil, l’horizon et l’image de Lyon comme de son agglomération – patrimoine commun le mieux partagé -, pourquoi avoir ciblé les actions passées d’information
en direction des seuls habitants et associations du quartier ?

Les membres du collectif estiment que « ce projet aura des conséquences qui dépasseront largement son périmètre tant en termes de déplacement qu’en termes d’aménagement du territoire ».


Messieurs les élus, ne soyez pas sourds devant la maturité du discours des habitants, convaincus de l’impératif de développer une métropole équilibrée !

« Pourquoi ne pas développer d’autres gares et des activités économiques sur d’autres territoires et ainsi empêcher la congestion qui se profile, c’est aussi dans le SCOT ? Comment imaginer que le train et les transports en commun vont être à la hauteur de la demande des nouveaux usagers, alors que l’Etat est en train de réduire violemment ses investissements ? Comment ne pas penser que cette hyperconcentration de l’activité économique ne va pas assécher les territoires périphériques qui auraien
t largement plus besoin d’attractivité économique ? ».

Toutes ces interrogations du collectif méritent-elles d’être traitées avec un tel mépris ?

Le collectif en se satisfaisant de l’impérative amélioration de la gare de la Part-Dieu pour les besoins actuels rappelle avec force : « on nous annonce que d’ici 2030, l’augmentation du flux de voyageurs pourrait être de 80 % par rapport à la réalité d’aujourd’hui de 120.000 usagers/jour de la gare. Cela est beaucoup trop important et nous demandons une meilleure répartition sur l’ensemble des gares de l’agglomération ».

Eh oui, les habitants ne sont pas uniquement soucieux de savoir où ils vont pouvoir garer leur bagnole ! Eh oui, les habitants sont en capacité de regarder un peu plus loin que le coin de leur rue dans lequel nos élus les enferment !

CE QUE NOUS DIT LE PROJET PART-DIEU


Qui a dit que le projet Part-Dieu des années 60 était « une occasion perdue, simple juxtaposition d’opérations sans liens les unes avec les autres, une sorte de chaos urbain dans lequel il ne saurait voir aucun signe de satisfaction » ? Le regretté Charles Delfante , l’urbaniste-conseil. Quelles leçons avons-nous retenues pour la nouvelle Part-Dieu ? Comme le pense le collectif, ce projet « n’est pas un projet urbain mais une négociation entre promoteurs immobiliers et élus locaux ».

C’est bien évidemment à l’échelle de la région urbaine que la réflexion de l’attractivité économique et la ville multipolaire doit se poser concrètement au-delà d’un Schéma de Cohérence Territoriale qui dit tout et son contraire.

Pas de vision prospective, pas de pensée iconoclaste. Juste un catéchisme de la ville business repeinte en vert. Alors que la plupart des problématiques urbaines pour les habitants touchent à la cohésion et la souffrance sociales, le prix du foncier et la ghettoïsation, la désaffection démocratique, la vie culturelle (dont la ville de Lyon va d'ailleurs drastiquement réduire les subventions), le maintien des commerces dans les quartiers, on nous vend des « villes pour le business ».

Calvo, dans son livre « la société du bien-être », écrivait que « sens commun et critère d'utilité ne servent pas au dessein des baronnies et du capital ; c'est pour cela qu'ils servent aux gens du commun qui restent vivants ». Sachons rester vivants et ne pas nous laisser aveugler par ce bling-bling d'une oligarchie qui se fiche de nous. Seule la mobilisation et les luttes citoyennes peuvent contrebalancer ce pouvoir qui ne veut rien partager.

Pour nos villes, il s’agit de redonner du poids à l’intérêt général, de réinventer l’inspiration citoyenne, de transformer les imaginaires, de redonner de l’utopie dans la vision de nos villes et pour reprendre Shaw : « L’humanité serait depuis longtemps heureuse si les hommes mettaient tout leur génie non à réparer leurs bêtises, mais à ne pas les commettre ».


L’art d’habiter ensemble n’est pas négociable et soutenir le Collectif Part-Dieu mobilisé pour remplacer les injonctions de profit d’une petite oligarchie par les désirs de convivialité d’une large partie de la population est une absolue nécessité.

La prochaine réunion du collectif est prévue le 15 juin prochain et des groupes de travail se mettent en place afin de faire participer le maximum d’habitants à la concertation et proposer des alternatives concrètes.
Enfin, conscients que ce projet dépasse largement le 3ème arrondissement, le collectif écrira aux élus de la Métropole et de la Région Rhône-Alpes afin de les alerter sur toutes les conséquences du projet s’il devait sortir en l’état.

Au « Grain de Sel », on soutient !

Pour plus d’informations, rejoignez-les sur leur page Facebook.

(1) : Patrick Beau, CIL Voltaire-Part-Dieu
       Gwenola Bellange, Association des habitants de la Part-Dieu
       Jean-Jacques Lacroix, membre du Front de Gauche et urbaniste à la retraite
       Fanny Lucius, membre du Front de Gauche (Parti Communiste Français)
       Sylvain Michel, CGT Lugdunum-Part-Dieu

(2) : LYON CAPITALE – « 2 milliards pour la nouvelle Part-Dieu » - Juin 2015 – n°745


2 commentaires

De nicole - Envoyé le 12/08/2015 10:25:19
Je viens de passer 3 semaines à Marseille (comme tous les ans) ma ville de coeur bien que née à Lyon ! exactement le même constat ! c'est magnifique mais on appelle ça des coquilles vides ! mis à part le MUCEM qui est une réussite ! Cdlt
De bernard genin - Envoyé le 10/07/2015 15:39:32
sur l'article sur projet part-dieu : Je partage la position exprimée,comme d'ailleurs sur bien d'autres projets, l'ambition de ses promoteurs : construire la ville, non pas pour et avec ses habitants, mais pour les grands groupes immobiliers et industriels. Avec la confiscation du débat nécessaire et de la parole des habitants. La "technocratie" et la comm plutôt que la réflexion sur le droit à la ville, et à quelle ville.../...
Nécessaire donc de débattre et d'agir.../...


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