journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JUIN 2015
débats d'idée - champs libre
La rue de la république devient une marque !
par Stéphane

Si « Le Progrès » (1) du 29 mai rapporte que des investisseurs privés possèdent 50% de la rue de la République, c’est surtout l’article de « Lyon Capitale » (2) du jour précédent qui présente encore plus gravement, sans aucune critique, ce que nos villes deviennent : des marques.

ABU DHABI INVESTMENT AUTHORITY DESSINE LE FUTUR DE NOTRE CENTRE-VILLE. 

Cet investisseur confirme la privatisation et la financiarisation du coeur de notre ville et le caractère très marketing de cette mainmise sur notre espace public, illustration ce que sont nos métropoles pour les spéculateurs soutenus par les « élites » politiques et économiques : un investissement qui doit rapporter toujours plus. 

Le verbiage commercial de l’« asset manager » (ça fait moins vautour que « gestionnaire d’actifs » en français) dans « Lyon Capitale » est tellement caricatural que le décoder nous éclaire sur les réels desseins de ce monde de la finance : 

« Capitaliser sur la beauté et la qualité » : Faire du pognon haut de gamme, 

« Développer des enseignes trendy et plus premium » : Virer les commerces indépendants et pas assez rentables et installer à leur place de grandes marques internationales aseptisées qui amènent une clientèle argentée, 

« La rue de la République est la 14ème rue commerçante d’Europe et notre ambition est d’arriver dans les premières places » : être les meilleurs, les plus forts, les mieux classés. 

Ce publireportage, véritable catéchisme de la ville ultralibérale, démontre que les métropoles ne voient leur développement qu’à travers leur image de marque basée sur le divertissement, pardon leur «city branding» basé sur «l’entertainment». 

Ce « capitalisme festif » imposé transforme nos rues en galeries marchandes à ciel ouvert où les usages quotidiens et banals sont marginalisés. Je ne parle évidemment pas des usages « déviants » tels ceux des pauvres qui utilisent les bancs publics, les indigents qui font la manche ou les saltimbanques qui animent gratuitement et librement la rue. 

La représentante du fonds d’investissement explique enfin que sa société « améliorera le confort de la visite, la sécurité de la rue ». Les services publics deviennent les supplétifs d’opérations privées et l’habitant un visiteur qui doit bien se tenir et dépenser. Le promeneur n’est alors plus qu’un consommateur et sa rue, une grande vitrine sécurisée, pasteurisée, remplie d’objets obligatoirement beaux et chers avec de la musique moderne et des lumières flashy. 



LA RUE DE LA RÉPUBLIQUE VENDUE COMME UNE MARQUE DE LESSIVE 

La marchandisation de nos espaces publics est bien la boussole de la standardisation de l’urbanisme. Les singularités des usages des citadins, la généalogie des lieux, tout cela disparaît sous les coups de tractopelle de la ville capitaliste mondialisée. La ville-monde de Braudel, la Myrelingues de Rabelais… De la littérature tout cela. Mais rassurez-vous, une plaque ou un signal architectural rappelleront ces riches heures. 

Notre rue de la République c’est aussi des gens et leurs histoires, et en plus d’honorer ceux qui me permettent d’écrire librement, elle puise ses racines dans la « res publica », la chose publique, le bien commun. Notre bien commun. Les requins « d’Abu Dhabi Investment » se fichent comme d’une guigne du patrimoine commun ; le seul qui les intéresse, c’est le leur et il est aux îles Caïmans. Ne les faisons pas passer pour des partenaires de notre ville. 

Ce bien commun est vendu, réorganisé et formaté pour le profit de quelques-uns sans qu’à aucun moment notre avis ne soit sollicité. Et pour nous faire croire qu’ils participent à la qualité de notre espace de vie, les vrais propriétaires de notre ville vont alors nous inventer des moments festifs totalement artificiels où nous devrons aller adorer le veau d'or de la consommation avec des animations bling-bling. 


LE PROBLÈME, CE N’EST PAS LE PEUPLE MAIS L’OLIGARCHIE CONFITE DE CERTITUDES, AVIDE DE POUVOIRS

Ce sont nos barons locaux qui accuseront alors de populiste toute voix politique qui affirmerait que le peuple demande d'abord des crèches, des services publics ou des écoles plutôt qu’« Only Lyon », « les villes intelligentes » et autre imbécillité cachée sous le vernis d’une pseudo modernité. Pire, tous ceux qui émettraient des doutes sur cette vision de la ville ne pourraient être que de dangereux réactionnaires aux yeux de nos « élites » méprisantes.

Alors ne nous méprenons pas : Ce n’est pas un retour en arrière ou un repli sur soi que nous interrogeons, mais bien l’exigence d’une réelle démocratie que l’oligarchie qui privatise notre cité nous refuse.
Cette exigence passe par la transparence de la stratégie patrimoniale portée par les élus de notre ville, trop facilement attirés par les sirènes du Dieu Argent. Avec près de 6 millions de m² de patrimoine public (bâti et non bâti), les habitants doivent pouvoir donner leur avis sur l’usage et le devenir de ce bien commun. Pour des raisons financières de courte vue, les exemples où les élus ont bradé notre patrimoine au privé sont légions.

Par exemple, la privatisation du quartier Grolée - vendu à un fond de pension pour 87 millions d'euros dont les seuls pas-de-porte, quasiment tous fermés aujourd’hui, furent revendus 100 millions d'euros un an plus tard - est juste sidérante et inacceptable.
La vente du collège Serin à la Croix-Rousse suit la même logique : vendu 130 euros le m², je n’ose imaginer la plus-value du promoteur immobilier. Vendu sans s’intéresser à l’avis des vrais propriétaires de ce lieu, les habitants, qui auraient pu proposer un autre avenir à ce bâtiment, patrimoine de l’histoire croix-roussienne.

Alors à certains élus qui oublient qu’ils sont à notre service et aux fonds d’investissement qui ne pensent qu’à se servir, un cri de colère en conclusion : la rue de la République ne vous appartient pas, cette ville n'est pas votre objet. Lyon appartient à ses habitants.

Et comme vous ne le comprendrez jamais, un jour nous la reprendrons.

1. http://www.leprogres.fr/economie/2015/05/29/detenant-50-de-cette-artere-adia-cree-la-marque-rue-de-la-republique
 
2. http://www.lyoncapitale.fr/Journal/Lyon/Actualite/Immobilier/Lyon-la-rue-de-la-Republique-devient-une-marque



1 commentaire

De M Thé - Envoyé le 01/11/2015 21:49:43
Entièrement d'accord avec vous mais je n'aurais mis de majuscule ni à dieu ni à argent.


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