journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JUILLET 2019
travail de mémoire
SELMA (E.-U., A. DuVernay – 2014)
par Michel S

Quoi qu’il en soit, la victoire des manifestants – noirs et blancs cette fois-là – sera le prélude à la signature en août 1965 du « Voting Rights Act », étape décisive dans le combat pour l’égalité des citoyens américains, qui permit, plus d’une quarantaine d’années plus tard, l’élection de Barack Obama. Le film insère par ailleurs de bouleversantes images d’archives en noir et blanc, dans lesquelles nous reconnaissons de nombreuses personnalités du monde du spectacle. À voir absolument.

Première femme afro-américaine à recevoir le Prix du meilleur réalisateur au Festival du cinéma indépendant de Sundance, dans l’Utah, Ava DuVernay est, sans doute, inconnue du public français. On rappellera aux profanes que ledit festival porte ce nom en raison de la paternité qu’exerce sur elle l’acteur californien Robert Redford, alias le « Sundance Kid » à l’écran. En second lieu, Ava DuVernay fut récompensée en 2012 pour « Middle of Nowhere », son deuxième film. Elle avait alors 40 ans. Il semble que ce film n’ait jamais fait l’objet d’une moindre distribution commerciale dans l’hexagone. Il avait pour sujet le cas d’une de ces nombreuses femmes, en l’occurrence une infirmière de Compton, dans le comté de Los Angeles, affectées par l’incarcération d’un conjoint. Native de Long Beach, situé dans le même comté, Ava DuVernay confiait à Allison Samuels du « Daily Beast » : « C’est une histoire que je connais très bien. Vous assistez à la lutte de ces femmes pour ne rien perdre même lorsqu’un être cher se trouve en prison. Leur combat est fascinant. Pourtant, c’est comme si elles vivaient dans un monde à part, et que personne ne voit. » De fait, nous souhaiterions, pour notre part, abréger notre méconnaissance.


Pour l’heure, Arte diffusait ce dimanche 28/07, « Selma », sorti en France le 11 mars 2015. Le titre du film est le rappel de la première marche pour l’application effective des droits civiques qui conduisit, sous l’autorité du pasteur Martin Luther King, des militants afro-américains de la ville de Selma à celle de Montgomery, en Alabama. On comprendra d’emblée l’objectif d’Ava DuVernay : il s’agit, avant tout, de relater des événements précis, de les situer dans un contexte historique et de leur conférer une valeur hautement significative, c’est-à-dire susceptible d’instruire et de mobiliser encore. La réalisatrice ne s’attache donc pas à approfondir ses personnages, qui, pour l’essentiel, sont des personnages célèbres, à commencer par le révérend Luther King (David Oyelowo), protagoniste central de notre récit. C’est, à notre sens, plutôt salutaire : on évitera ainsi les pièges de l’anecdotique et le côté « presse à scandale ». Sur un autre plan, les acteurs font preuve de sobriété : Tom Wilkinson (Lyndon B. Johnson), Tim Roth (le gouverneur Wallace), Carmen Ejogo (Coretta, l’épouse de King) etc. L’émotion n’est jamais factice, même si le film ne recherche pas d’arrière-plan psychologique plus saisissant. La mise en scène et la narration demeurent classiques sans être néanmoins conventionnelle. « Selma » mérite donc le détour, ne serait-ce que par ce que le film capte un passage incontournable de l’histoire des États-Unis et des luttes de la minorité afro-américaine pour l’égalité.


Nous rappellerons donc ici que nous nous situons en 1965. Auparavant, Ava DuVernay filme l’explosion d’une église noire dans laquelle quatre fillettes avaient trouvé la mort, attentat fomenté par le KKK. Nous sommes en Alabama, État fortement raciste gouverné par le gouverneur ségrégationniste George Wallace, quatre fois candidat à la Présidence de la République. Nous soulignerons aussi que cet homme politique ultra réactionnaire fut, de son temps, un des hommes les plus admirés par la majorité blanche américaine. Ceci afin de tempérer d’éventuelles surprises à l’endroit du triomphe de M. Trump.
« Selma » montre d’ailleurs en quelle estime sont tenus régulièrement les afro-américains par la plupart des citoyens blancs de l’ancien Sud esclavagiste, quand ils ne sont pas tués ou massacrés comme de vulgaires lapins – et encore, j’ai le sentiment profond que les lapins sont mieux traités et considérés puisqu’aucune haine ne préside à leur abattage ! Alors, on se doute très vite que leur tentative de s’inscrire comme électeur (ou électrice), conformément à la Bill of Rights (le 15e amendement de 1870), sera parfaitement vaine. Du reste, le pasteur King a parfaitement raison lorsqu’il déclare que c’est aussi « la conscience des blancs » qu’il faut réveiller. Elle se réveillera néanmoins et, dans une proportion moindre mais salutaire, puisque la troisième marche – jusque-là rendue impossible par la répression féroce déployée par le shérif Jim Clark – sera enfin autorisée par un juge de district. L’occasion pour Martin Luther King de prononcer un discours inoubliable devant 25 000 participants (21/03/1965), face au capitole de Montgomery, au grand dépit de George Wallace. Faut-il répéter que c’est, dans cette ville, que la couturière noire Rosa Parks refusa, en décembre 1955, de céder sa place d’autobus à un Blanc ? Et que ledit scandale provoqua, sous l’égide de Martin Luther King, le boycott par la minorité noire des bus de la cité ?
Quoi qu’il en soit, la victoire des manifestants – noirs et blancs cette fois-là – sera le prélude à la signature en août 1965 du « Voting Rights Act », étape décisive dans le combat pour l’égalité des citoyens américains, qui permit, plus d’une quarantaine d’années plus tard, l’élection de Barack Obama. Le film insère par ailleurs de bouleversantes images d’archives en noir et blanc, dans lesquelles nous reconnaissons de nombreuses personnalités du monde du spectacle. À voir absolument.

Michel Sportisse

https://www.arte.tv/fr/videos/086881-000-A/selma/




0 commentaire



Ajouter un commentaire
Votre commentaire sera validé apres vérification.

Les champs en gras seront visibles sur mon site
Prénom ou Pseudo (*) 
Email (*) 
Message  (*) 
Adresse IP : 35.175.191.168
 
(*) champs obligatoires