journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JUIN 2019
débats d'idée - champs libre
فرنسا والجزائر: تحيا الحراك! FRANCE ET ALGERIE : VIVE LE HIRAK !
par Michel S et Djamel-Eddine

L’ « Humanité » du 21/23 juin consacre un article à l’état de l’économie algérienne. « L’Algérie prise au piège du pétrole et de l’économie libérale », tel en est le titre. Ainsi, s’explique, en grande partie, le mécontentement populaire. Du reste, le peuple algérien, dans toutes ses composantes, réclame un changement radical et profond, que ce soit au strict plan politique, ou au plan social et économique. Car, si l’Algérie est « prise au piège », c’est aussi parce que ceux qui la dirigent ont tout fait pour qu’il en soit ainsi. En bien des aspects, l’Algérie vit des situations que le peuple français saurait comprendre. Même si les comparaisons entre la France et l’Algérie sont forcément impossibles. Cependant, les tendances demeurent identiques : « Liquidons tout ce qui ressemble au socialisme, de près ou de loin », tel est le credo de ceux qui dirigent le monde. On constate, par ailleurs, les « trahisons » idéologiques des uns et des autres sur l’autel du néolibéralisme.

L’ « Humanité » du 21/23 juin consacre un article à l’état de l’économie algérienne. « L’Algérie prise au piège du pétrole et de l’économie libérale », tel en est le titre. On y expose ce que l’on connaît depuis quelque temps : le pays court au désastre. Ainsi, s’explique, en grande partie, le mécontentement populaire. Du reste, le peuple algérien, dans toutes ses composantes, réclame un changement radical et profond, que ce soit au strict plan politique, ou au plan social et économique. Car, si l’Algérie est « prise au piège », c’est aussi parce que ceux qui la dirigent ont tout fait pour qu’il en soit ainsi. « L’ère Bouteflika fut celle de l’accélération des processus de libéralisation initiés dans les années 1980, avec le démantèlement du secteur public, la remise en cause de la régulation étatique de l’économie, l’ouverture anarchique au commerce extérieur », juge Hocine Bellaloufi, auteur d’un ouvrage intitulé « La Démocratie en Algérie. Réforme ou révolution ? »

En bien des aspects, l’Algérie vit des situations que le peuple français saurait comprendre. Même si les comparaisons entre la France et l’Algérie sont forcément impossibles. Cependant, les tendances demeurent identiques : « Liquidons tout ce qui ressemble au socialisme, de près ou de loin », tel est le credo de ceux qui dirigent le monde. On constate, par ailleurs, les « trahisons » idéologiques des uns et des autres sur l’autel du néolibéralisme. Que ce soient les prétendument farouches défenseurs de la souveraineté algérienne ou les « socialistes » français, tous feront désormais figures de loyaux exécutants des recommandations d’organismes internationaux au service des intérêts du capitalisme.


Évidemment, l’Algérie fut jadis un pays colonisé. À ce titre, elle n’a pu (ou su) surmonter sa dépendance. À l’heure présente, son économie largement rentière demeure tributaire des fluctuations de l’économie mondiale (« Le pays du Maghreb, ultra-dépendant des hydrocarbures ne s’est jamais remis du choc baissier de 2014 », note le quotidien fondé par Jaurès). Mais, il n’empêche : que ce soit en Algérie comme en France, la jeunesse et les travailleurs paient la facture des orientations néolibérales. Touchée par une lame de fond sociale sans précédent (la fameuse « crise des gilets jaunes »), la France populaire doit affronter un gouvernement qui, après avoir envoyé le plan-banlieues de M. Borloo à la poubelle, vient de définir une « réforme » de l’assurance-chômage qui, sous prétexte d’endiguer le flot des sans emploi, accroîtra leur « disponibilité » et leur précarité. Ces choix n’ont rien de surprenant : ils traversaient, de part en part, les déterminations des gouvernements précédents, de droite (Chirac, Sarkozy) comme de gauche (Hollande). Parce que derrière ces résolutions, se dressent, en réalité, les exigences du monde de la finance et de la grande économie capitaliste.

Si, l’Algérie souffre, à son tour, de maux plus accusés c’est qu’ils sont, eux aussi, la conséquence de telles directives. À dire vrai, l’Algérie serait doublement dépendante. De sa situation de nation dominée d’une part, et de la domination du capitalisme international sur le monde entier. On doit y ajouter, à cela, une troisième dépendance : la dépendance idéologique. L’Algérie, comme tous les pays neufs facticement libérés du colonialisme (ou de l’impérialisme), est encore dans les rails de la pensée dominante, celle de la bourgeoisie occidentale, celle de l’ancien colonisateur français. Le colonel Boumediene, ancien président de la République algérienne, n’affirmait-il pas approximativement ceci : « Nous sommes obligés de fonctionner dans un système économique que nous n’avons pas inventé » ?


L’ « Humanité » retient comme témoignage du marasme que vit l’Algérie, celui de l’étudiant Mohammed Dahmani, enfant du quartier populaire de Belcourt (Alger), obligé de déménager dans une cité « aux allures de prison à ciel ouvert ». « Nous nous sommes révoltés parce qu’on nous traitait comme des Indigènes », dit-il. L’oligarchie algérienne aurait donc, à son tour, été contaminée par l’esprit colonialiste. Ce même esprit qui, bien enraciné dans l’hexagone, vaut à Akim Oualhaci, auteur d’une thèse de doctorat sur les pratiques de boxe et de musculation dans les milieux populaires, un refus de titularisation en tant que chercheur au CNRS. Pourquoi ? Pas seulement parce que M. Oualhaci est issu de ces quartiers que M. Emmanuel Macron dédaigne, mais parce que ses travaux participent de cette recherche dont nous avons terriblement besoin pour nous défaire de bien des préjugés. Certainement aussi parce que l’heure n’est pas survenue où l’Algérie et la France pourraient se regarder en face, puis se prendre par la main pour avancer vers un avenir radieux, celui d’un socialisme à visage humain.

Je précise, d’emblée, qu’il n’est plus question ici d’imposer à un peuple une conception du monde. Mais, encore faut-il que ceux qui en défendent l’idée puisse l’exprimer, à part normale, dans les médias et la sphère publique. Ce qui n’est guère le cas. En Algérie, bien sûr, mais aussi en France, où l’information est plus savamment domestiquée. En second lieu, le hirak algérien n’a pas pour objectif politique de renouer avec certaines idées qui furent inscrites dans la Charte de Tripoli… et sur lesquelles, au demeurant, ceux qui prétendaient s’en inspirer ont prestement refermé le couvercle, au point que nous aurions pu croire qu’elles avaient été rédigées par des voix d’outre-tombe ! Lisez-en cet extrait, je vous en conjure, et vous en rirez forcément… si cela n’était pas tragique, bien sûr : « La révolution populaire démocratique […] doit être guidée par « par la paysannerie, les travailleurs et les intellectuels révolutionnaires » aux dépens de la « féodalité et de la bourgeoisie algériennes dont l'idéologie ferait le lit du néocolonialisme » (sic). Les citoyens algériens apprécieront. Quoi qu’il en soit, les temps ont changé. À présent, nous militons en Algérie pour l’établissement d’une société réellement démocratique qui puisse permettre aux Algériens d’accéder enfin à un statut de citoyen(ne)s traité(e)s en adultes responsables. Ce qui nécessite de favoriser leur indépendance d’esprit et leur capacité créatrice. Le hirak c’est l’Algérie des forces productives, intellectuelles, artistiques et entreprenantes. L’opposé du système actuel rentier, pilleur, corrupteur, conservateur et oppressif. Le contraire d’un système privilégiant la mise en sommeil des facultés d’intelligence, d’initiative et de courage.


L’idéal socialiste, louable en soi-même, passe donc par l’édification d’une société de liberté. Voilà pourquoi j’évoque ici une idée ancienne, « le socialisme à visage humain ». Car, si l’idée de socialisme a échoué, c’est parce qu’elle a été, en majeure partie, imposée, théorisée et non vécue. Les dirigeants algériens, d’Ahmed Ben Bella à Abdelaziz Bouteflika, en passant par Houari Boumediene et Chadli Bendjedid, n’ont conservé du modèle soviétique que ses aspects les plus répréhensibles : un monopartisme étroit et corseté, un bureaucratisme omnipotent et absurde, un militarisme ostentatoire et terrorisant, un appareil de surveillance mesquin et viscéral des citoyens, une subornation quasi permanente des fonctionnaires. De ce point de vue, les dirigeants algériens ont bien appris la leçon. En revanche, l’idéologie communiste proprement dite est toujours demeurée au-dessus de leurs moyens et de leur compréhension. Ils en ont une haine tenace : comment ne pas nourrir une aversion à l’égard de personnes voulant organiser et éduquer ouvriers et fellahs pauvres ? Ouvriers et fellahs qui viendraient ensuite réclamer salaires, conditions de vie et de travail « exorbitants » ? Pour tout dire, les dirigeants indépendantistes sont rapidement devenus la caricature du modèle soviétique ; lequel, sous Staline, s’était déjà métamorphosé en une involution de l’idéologie marxiste. En outre, et là réside le véritable « haut fait » (si l’on peut dire !), cette caste militaro-agraro-compradore-bureaucratique – on ne saurait d’ailleurs comment la définir, tellement sa difficulté à se revendiquer comme classe sociale constitue sa singularité essentielle ! – n’a cessé d’invoquer la tradition musulmane pour tenter de cimenter une unité nationale mensongère. De celle qui font que celui qu’on exploite et qu’on resquille mange à la même table que celui qui l’exploite et le resquille ! Même le colon n’était pas parvenu à réaliser un semblable tour de passe-passe ! Voilà, de même, ce qui constitue ce bêtifiant unanimisme de façade qui condamnait l’Algérien à être FLN s’il ne voulait pas être traité de « harki », comme le Soviétique devait être « camarade » s’il ne voulait pas être soupçonné d’être un « agent de l’impérialisme mondial » ou l’Italien être automatiquement fasciste, à l’ère du Duce, s’il ne voulait pas être soupçonné d’être un affidé bolchévik.

*

Fort heureusement, les subterfuges ne durent qu’un temps. Le hirak révèle, aux yeux du monde, l’évidente maturité d’un peuple, malgré les limites qui lui ont été imposées. Car, on ne peut reprocher aux forces multiples et diverses qui participent au hirak de ne pas avoir de porte-parole et de plate-forme claire alors qu’on empêche les forces vives de la nation algérienne de penser, de se réunir et de s’exprimer concrètement. Tout cela montre à quel point les représentants de l’actuel système représentent la sénescence et la mort, tandis qu’émergent au sein du hirak les ferments de l’avenir. Toutefois, il ne faut point nourrir d’illusions : ce système ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Il conviendra d’être patient et persévérant. Pour l’heure, rien ne prédit une sortie décisive. Il nous faudra des éléments plus substantiels. Mais, même lorsque ceux-ci adviendront, les miasmes du système (« Système dégage ! », s’exclame l’Algérien de la rue) continueront d’agir. Ce système, celui qui s’est mis en place dès le lendemain de l’Indépendance, dévorant le tissu le plus authentique de la Révolution algérienne, a insidieusement et progressivement corrompu l’esprit des administrateurs, des militaires, des services de sécurité voire de l’ensemble des Algériens eux-mêmes. Selon nous, le système n’aura été vaincu que lorsque l’éthologie qui lui est associée apparaîtra sous un aspect incident. Alors émergera, au milieu des autres nations, une Algérie transformée. Vive donc le Hirak !

Le24/06/2019.
MiSha

Photo : Djamel-Eddine Oulmane

* Traduction de la pancarte : Ensemble pour la démocratie. Notre avenir dépend de notre lutte.


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