journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
MAI 2019
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
Visiteurs, habitants, soyons smart !
par Stéphane

C’est l’accroche trouvée par ONLYLYON - outil de propagande de la classe bourgeoise pour vendre Lyon au plus offrant - pour célébrer son tout frais statut de capitale européenne du « smart tourism ». Devant une telle reconnaissance, il faut que tout le monde s’y mette ! Alors soyons smart. Mais au fait c’est quoi le tourisme intelligent ?

Avant d’y répondre, éludons la place des habitants dans la propagande d’OnlyLyon qui s’en contrefiche. Elle pourrait être précisée en une phrase : Soyez indulgents avec ceux qui dépensent plus de pognon que vous. Circulez, cela fait longtemps qu’à Lyon on ne demande plus l’avis des habitants au sujet de la chose publique. Et si l’on veut faire sérieux, on pourrait ajouter que les coûts indirects occasionnés à tous les habitants leur permettent de voir à quel point attirer le riche touriste et les classes créatives altèrent leur cadre et leurs moyens de vie avec la hausse des prix et la destruction de leur environnement.
Dans la Tribune de Lyon de cette semaine, la petite phrase, anodine ?, du Président d’OnlyLyon qui explique que le « smart tourism » se veut être à l’opposé du « tourisme de masse » laisse songeur.
Ah si le prolo lyonnais pouvait la fermer face à la privatisation de sa ville… Ah si le prolo étranger n’avait pas les moyens de venir en vacances à Lyon…Myrelingues, oui mais avec un pouvoir d’achat suffisant.


Passons maintenant à cette magnifique reconnaissance.

Pour avoir l’insigne honneur de disséminer partout sur le territoire un formidable logo célébrant la gloire de notre nouveau statut, il fallait répondre à un appel à projet européen où le talent du « customer success professionnal », un commercial en clair, n’a d’égal que la crétinerie de ses concours internationaux qui font florès depuis une quinzaine d’années.
Il fallait donc répondre à des critères, généralement créés par ceux qui y répondent, pour prétendre à cette fumeuse récompense.

Tout d’abord, il faut forcément être une ville connectée. Si tu n’es pas une « smart city », tu ne peux pas faire du « smart tourism ». Heureusement, à Lyon nous avons, par exemple, l’application mobile « murs peints de Lyon ». Elle est intégrée au « CRM de destination unique en Europe, OnlyLyon Expérience », afin que chaque client (visiteur pardon) bénéficie de conseils personnalisés sur son smartphone avant, pendant et après son séjour à Lyon.


C’est beau hein ? Au fait, ça veut dire quoi CRM ? : Customer Relationship Management. En bon français, « gestion de la relation client ». Certes, ça fait moins « smart », mais je donne quand même la définition pour bien comprendre comment Lyon invente un nouveau tourisme responsable et éthique : « Le CRM regroupe l'ensemble des dispositifs ou opérations de marketing ou de support ayant pour but d'optimiser la qualité de la relation client, de fidéliser et de maximiser le chiffre d'affaires ou la marge par client ». Pas besoin de plus de commentaires.
Pouvons-nous encore parler de liberté quand l’industrie touristique et sa publicité afférente nous imposent là où nous devons aller ? La cathédrale St Jean est coupée de ses racines pour devenir un objet de consommation qu’OnlyLyon marchande sur les réseaux sociaux en fonction d’opportunités ou de la menace concurrentielle. Lyon en parc à thèmes.
Y’a t’il encore quelque chose qui relève du romanesque dans un voyage organisé (ce mot prend tout son sens) qui laisse croire au touriste qu’il sort de son ennui quotidien alors qu’il reste ailleurs ce qu’il doit être chez lui : un consommateur et un spectateur de biens et de services ?

On met une petite peinture verte dessus avec un label, un autre, « Lyon, ville équitable et durable », et hop ! les pros du marketing territorial maîtrisant le globish n’ont plus qu’à se prosterner devant google pour que l’occurrence de leur baratin devienne virale.

L’autre critère est ainsi forcément celui de « la ville actrice d’un développement responsable ».


Le site d’OnlyLyon, où je suis allé pécher toutes ces véridiques infos, vend sa ville écoresponsable en assénant que « la consommation de la Fête des Lumières serait comparable à celle d’un ménage (eau, électricité, chauffage) habitant un appartement de 120 m² ». Ne pouffons pas.
Sans doute la définition des externalités en économie a dû échapper à ces bonimenteurs. Et bien évidemment, la Confluence est présentée comme le nouveau quartier éco-responsable. A ce niveau-là, ce n’est plus de l’aveuglement.
En même temps, la CCI soutient par tous ses moyens, le développement, forcément éco-responsable, de l’aéroport Saint Exupéry appartenant à la bien évidemment éco-responsable multinationale Vinci. La mobilité est devenue la condition des êtres embarqués, comme les marchandises, dans les flux du capitalisme mondialisé.
N’oublions pas que l’avion n’est utilisé que par une infime minorité de nos concitoyens et que « les oubliés des vacances », pour reprendre une expression du regretté Julien Lauprêtre, reste un marqueur suffisamment fort de nos sociétés inégalitaires pour éviter de s’émerveiller devant un vol low-cost. Le besoin de partir pour s’éloigner des affres du quotidien est une nécessité bien légitime. Les adorateurs du Veau d’Or l’ont bien compris.

OnlyLyon se pâme devant les bons résultats touristiques « offrant le visage d’une destination résolument attractive et dynamique » :
5 millions de nuits hôtelières (malgré comme nous le rappelle opportunément le site, les méchants grévistes de la SNCF qui luttaient pour notre service public et ces méchants gilets jaunes qui ont tellement fait peur aux touristes étrangers).
11 millions de passagers à l’Aéroport Lyon-Saint-Exupéry qui continue sa croissance avec 26 nouvelles lignes au total et 12 nouvelles destinations connectées.
Faut-il ici rappeler la totale incompatibilité du développement du secteur aérien avec toute activité touristique qui se définirait comme responsable ?


A cette (ir)responsabilité écologique, s’associe évidemment une responsabilité sociale. Par exemple, le recrutement de « city helpers » qui vise à valoriser l’offre touristique de loisirs de la métropole et à améliorer l’accueil des visiteurs.
Dans la vraie vie, ces « city helpers » sont en fait des services civiques payés moins de 600€ par mois pour un an au maximum. Petit détail, avec ce mirifique pourboire, il est bien évident qu’une personne concluant un contrat de service civique ne peut plus percevoir d'allocations chômage et solidarité.
« City helpers », ça fait quand même moins exploitation de l’homme par l’homme et ça nous permet d’oublier leur précarité. Mais rassurons-nous, le CEO (chief executive officer), le patron dans l’ancien monde, a le teint du gars qui se démène aux quatre coins de la planète pour vendre notre tablier de sapeur !

Il n’est finalement pas surprenant de voir que les critères de ces villes au tourisme smart sont ceux de l’homme mobile : restauration certifiée, circulation connectée, hébergement adapté et loisirs marchands standardisés. Tout cela mâtiné d’un anglais mondialisé et de logotypes uniformisés.
Plus d’aspérités, plus d’émotions imprévues, plus de lieux interlopes : Les racines singulières des lieux ont laissé place à une histoire prémachée de « sites à voir ou incontournables » qui doivent nécessairement se terminer dans un bar bien noté et un restaurant forcément romantique. L’industrie du tourisme se désintéresse des gens et des lieux ordinaires.
Google Earth et OnlyLyon vous font tout connaître de votre destination et vous imposent quoi voir avant même de monter dans l’avion, alors que l’attraction du mystère devrait présider au voyage. Le touriste à la mode OnlyLyon déambule et consomme. Comme dans un centre commercial. L’art de la séduction publicitaire interagit de la même manière.

Mais au fait, ça rapport quoi ce titre ?

Je cite in extenso ONLYLYON, car toute analyse est superflue :
« Lyon est récompensée notamment par des vidéos promotionnelles, par une mise en avant lors de la Journée européenne du tourisme et par des sculptures géantes installées dans des lieux emblématiques des villes lauréates (pour Lyon, devant le Musée des Confluences). Des représentants de la ville de Lyon parcourront également le globe en 2019 pour partager les atouts de Lyon en matière de Smart Tourism : conférences professionnelles, salons… ». La dissémination de lieux standardisés peut donc continuer pour le seul profit du capitalisme.
Je ne sais pas si « le city helper » et l’habitant devenu smart auront la chance de parcourir le globe, mais toute cette clique au pouvoir pourra continuer à faire bombance, honteusement dissimulés derrière ce logo, dans des hôtels luxueux payés par des habitants qui doivent vraiment être « smart » pour rester silencieux devant de telles stupidités.
Et si cette caste aveuglée par ces logos, nouvelles bimbeloteries du 21ème siècle, leur donnant bonne conscience, sera incapable de prendre la mesure des dégâts sociaux, énergétiques et environnementaux causés par cette industrie du tourisme, continuons à soutenir tous les habitants qui, eux, non vraiment pas envie d’être « smart ».

Stéphane Bienvenue


1 commentaire

De françoise fontaneau - Envoyé le 22/05/2019 16:25:01
MERCI !!! je suis une lyonnaise (née à Lyon en plus ) non smart et qui n'a surtout pas envie de le devenir. Alors merci pour cet article car je me sens moins seule à penser ce que je pense. Et finalement , si l'on doit trouver un seul truc positif dans cette "main-basse sur la ville" des castes touristo-smart-profito-niveleuses est de nous laisser les lieux non labellisés smart où on pourra boire des bières peinard-e-s et des coins de quartiers tranquillement non smartisés où se ballader ? allez on les vaincra ! ;o)


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