journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
MAI 2019
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
Contre cette métropole de Lyon : Engageons une critique radicale !
par Stéphane

Les lecteurs du « Grain de Sel » le savent : La Métropole, et son impact sur l’aménagement et les solidarités territoriales, joue un rôle extrêmement offensif dans le capitalisme total qui broie les peuples et leur environnement depuis des décennies. Alors que va s’ouvrir le folklorique épisode des élections locales, il est temps de rappeler l’inanité démocratique de notre Métropole de Lyon et de commencer à interroger d’autres champs du possible.



En effet, au-delà du fait que la Métropole participe activement à la reproduction de la force de travail, les marchés fonciers et immobiliers et toutes les infrastructures imposées par la ville mondialisée, renforcent tant l’accumulation du capital que la lutte des classes.

La Métropole de Lyon en est l’une des illustrations les plus abouties : spéculation foncière, casse des services publiques, coût du logement et des transports en commun, industrie culturelle, « villes intelligentes », espaces publics privatisés, rues devenues des centres commerciaux à ciel ouvert, projets immobiliers qui ne sont plus urbains, ségrégations sociales, violences policières contre toute opposition et ceux qui ne s’agenouillent pas devant cette mondialisation heureuse…
La liste est encore longue même si, ici ou là, on pourra toujours trouver le contre-exemple rassérénant le bourgeois et renvoyant le grincheux à son populisme, nouveau point Godwin de ceux qui détiennent un pouvoir qu’ils ne veulent transmettre qu’à leur propre caste.


Alors que les élections municipales approchent, la bien-pensance politique et médiatique nous fait le coup de la « guerre des mondes » et comme elles commencent déjà à nous en donner, elle se rapproche plutôt de la « guerre des boutons ».
Jamais en effet le terme de guerre picrocholine entre Docteur C et Mister K n’aura été aussi proche de son origine rabelaisienne : pour quelques galettes de froment, les petits meurtres entre amis sont légion.
Seule la presse, friande de ces chicaneries, et ceux qui ont misé sur l’une des deux gamelles tendent une oreille pour déceler petite phrase et chausse-trappe. Pour les citoyens, forcés de devenir de simples consommateurs et producteurs de leur ville, cela ne changera rien, hormis sur de superficielles marges, car cela fait longtemps qu’on leur interdit d’être citoyens.
Les oligarques, qu’ils se revendiquent sociaux, libéraux ou les deux, ont décidé, de propulser Lyon vers les hauteurs des classements de la compétitivité mondiale qu’ils sont les seuls à désirer.

Usages populaires ou marque à vendre au plus offrant, habitants ou oligarques, démocratie de proximité ou économie de l’accumulation mondialisée. La caste au pouvoir a choisi son camp depuis longtemps, tentant de rassurer leur vieille conscience de gauche à travers le mythe d’un ruissellement qui ne fonctionne pas mieux aux échelles locales malgré des études qui, sous couvert d’une neutralité scientifique, relèvent du publireportage nous demandant de croire aux vertus d’une Métropole solidaire avec son aire d’influence et ceux qui y habitent.
Ce mythe est ancré dans les esprits formatés des héritiers de Pradel et Barre. Que leur cœur penche à gauche ou à droite, leur cerveau, lui, reste résolument colonisé par un modèle urbain au seul service du capitalisme totalitaire et de la consommation infinie.

Les urgences sociales et environnementales ne peuvent plus se complaire dans une alternance politique dont les acteurs côtoient les mêmes cercles de pouvoir, biberonnés à la même bouillie ordolibérale qui assèche la démocratie, rêvant de transformer les conseils municipaux en conseils d’administration. La ville comme seule réceptacle d’activités économiques rentables où l’on tente d’attirer ces fameuses classes créatives au détriment de tout ce qui ferait tâche, populo compris. Stop !


Ainsi, « la chose publique » doit de nouveau être concrètement gérée par des habitants (re)devenus citoyens.

Faut-il être bon public pour rire du SYTRAL lorsqu’il se vante de demander notre avis pour sélectionner les bâtiments emblématiques de la ville de Lyon (dans une liste de surcroît limitée et imposée) qui habilleront les futurs tramways !
Faut-il avoir le militantisme chevillé au corps pour participer aux réunions de concertation sur le quartier d’affaires (comme si le mot quartier allait avec celui d’affaires) de la Part-Dieu alors que les décisions se prennent dans le bureau du Président de la Métropole de Lyon, entre banquiers, promoteurs et ceux qui les servent !
C’est une culture politique, et pas uniquement une mobilisation politique, qui est à réinventer. Dans une Métropole technicisé phagocytant territoires et compétences, elle ne peut éclore. Le premier impératif est donc de redonner de l’autonomie au niveau le plus proche des habitants, celui des communes, des arrondissements et des quartiers. La Loi MAPTAM nous a vendus les conférences territoriales des maires comme l’échelle de décision et de concertation entre la Métropole et la commune. Ce leurre démocratique doit être dénoncé : c’est d’une redistribution des compétences et une réaffirmation de la primauté locale dont la démocratie a besoin, pas d’un simulacre où les élus du peuple se retrouvent coincés entre une technocrature toute puissante et une autonomie politique réduite à la portion congrue.

Oui, une société peut être gouvernée par une base locale, la commune comme pilier de cette démocratie de proximité permettant l’autonomie est un sujet éminemment moderne, n’en déplaise aux thuriféraires de la Métropole mondialisée.
Alors oui nous voulons ressembler à Barcelone, mais pas pour les mêmes raisons que nos adorateurs du technocapitalisme.
Les mobilisations populaires du Barrio Chino et de Raval dans la capitale catalane puisent leurs racines dans les luttes prolétaires contre des processus d’urbanisation capitalistes (lire à ce sujet le bouquin de Chris Ealham, « Barcelone contre ses habitants ») et continuent aujourd’hui contre ce que certains géographes nomment « la disneylandisation » des villes.


Car la mondialisation imposée par le capitalisme touche aussi les valeurs, les cultures et leurs particularités historique et géographique, les poussant violemment dans une sphère marchande uniformisée. L’industrie des loisirs, addictive et séductrice, étant un très efficace bras armé. Lyon comme Barcelone n’échappent pas à ce mortifère phénomène.
A nous à Lyon, comme à Barcelone, de permettre l’éclosion d’une culture politique populaire qui permettra de lutter contre la captation de notre cadre de vie par les requins de la phynance.

Il n’est plus acceptable que la ploutocratie qui contrôle notre Métropole soit à la fois juge puisqu’elle tient les manettes du pouvoir et partie puisqu’elle fait fructifier ses affaires.
Le Sénat vient de remettre son rapport sur « les conséquences financières et fiscales de la création de la Métropole de Lyon », quel est le mot absent tout au long de ses 56 pages ? Démocratie.
Quels sont les seuls élus de la Métropole de Lyon qui ont été auditionnés ? Ceux des villes de l’hypercentre (Lyon et Villeurbanne).
Quelle est la seule association représentant la société dite civile auditionnée ? La CANOL dont le dogmatisme austéritaire et ordolibéral fait le bonheur des contempteurs de la dette publique.
Circulez, y’a rien à voir !

Ainsi la métropole capitaliste a rompu de façon irréparable « l’interaction métabolique entre les êtres humains et la terre » et que ce problème exige « la restauration systématique ».

L’expansion illimitée des Métropoles, même si le PLUH nous assène son « faire la ville sur la ville » pour le plus grand bonheur des spéculateurs, est une catastrophe écologique et sociale et fait de Lyon une ville « parasitaire » car elle se développe en pompant la richesse des autres territoires. Le jour où les réseaux énergivores qui la nourrissent (énergie, nourriture) se tarissent, elle meurt. Notre Métropole, à l’instar de nos sociétés sous l’emprise du totalitarisme capitaliste, s’autodétruit un peu plus à chaque nouvelle inauguration de tours d’affaires à la Part-Dieu.
Aucun développement soutenable basé sur la sobriété énergétique et la justice sociale ne pourra se faire dans ce fonctionnement métropolitain.
L’enracinement anthropologique, naturel et historique de nos lieux de vie est horriblement ringard aux yeux de ceux qui nous imposent une compétition du tous contre tous dans des métropoles désincarnées qui s’affranchissent de toute contrainte relative aux lieux et aux existences humaines par des prothèses techniques « clés en main » et un urbanisme standardisé et uniformisé.



Ainsi, « les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes », ou pour paraphraser Picabia : « C’est une lâcheté que d’applaudir à toutes les idioties que l’on nous montre sous prétexte de modernité ».

Non, ni les tours de grande hauteur ni les « smart city » et encore moins les fermes urbaines ne sont écologiques. Non baisser la part de logements sociaux ne permet pas mécaniquement de renforcer la mixité sociale. Non ce qui est décidé par la caste au pouvoir n’est pas évidemment nécessaire. Non nous n’avons pas nécessairement besoin d’un centre de congrès ni d’une quatrième piste d’aéroport. Non faire pousser des légumes sur un toit ou des arbres sur du béton ne fait pas revenir la nature en ville.
Orwell et sa novlangue semblent s’être introduits dans le cerveau de nos élites déjà biberonnées au marketing territorial : le gris ne sera jamais vert, un datacenter ne sera jamais immatériel, un projet immobilier jamais un projet urbain, un promoteur jamais un philanthrope.

Nous assistons ainsi à un effet ciseau terrible pour les classes populaires : une volonté farouche de la bourgeoisie urbaine de préserver ses intérêts de classe d’un côté, le verrouillage de ses modes de pensées de l’autre. L’incapacité de notre oligarchie locale de bouger une seule ligne s’explique en effet aussi par la théorie du « verrouillage », lorsqu’un système dominant tend naturellement à verrouiller l’émergence d’alternatives qui seraient en capacité de le supplanter. Mais encore faudrait-il que les élites en place souhaitent interroger d’autres modèles.


Dans le Mag2Lyon de février 2019, Kimelfeld pérorait en une : « Je veux une Métropole solidaire ». Sans revenir sur ce très macronien « je », qui ne voudrait pas d’une Métropole solidaire ? Quand les mots deviennent des slogans creux, il est temps de leur redonner du sens.
Dans Le Progrès du 14 avril, Collomb répondait en une par : « Ma Métropole… », précisant que « ce qui m’intéresse, c’est de poursuivre ce que nous avons réalisé depuis 15 ans ». Tout commentaire serait superflu.
A ces deux là, il y a aujourd’hui une urgence absolue à leur rappeler qu’ils sont « seulement » les administrateurs de nos biens. Et comme ils ne le comprendront jamais…

Faire de la Métropole de Lyon un territoire de lutte des classes est donc une impérative nécessité tant dans l’optique, à court terme des prochaines élections, que dans une visée, à plus long terme, de réappropriation de nos lieux de vie et de reprise d’un pouvoir depuis trop longtemps capté par la classe dominante. Marx écrivait dans le Capital que « les Révolutions sont la locomotive de l’histoire mondiale ». Benjamin rétorquait, durant les heures sombres des années 30, que « les Révolutions soient l’acte par lequel l’humanité qui voyage dans le train tire les freins d’urgence ».
Sans doute que pour la Métropole de Lyon, « le frein d’urgence est la Révolution ».

Stéphane Bienvenue


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