journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
FÉVRIER 2019
débats d'idée - champs libre
Nous avons plus que jamais besoin d'Humanité !
par Stéphane

La dernière une de la revue « society », un « quinzomadaire en liberté » forcément moderne et branché, affichait le visage poupon et déterminé d’une jeune adolescente de 16 ans. Et tenez-vous bien, elle allait « sauver la planète suite à son discours devant l’ONU qui a bouleversé le monde ».

J’épargnerai aux lecteurs du Grain de Sel de rentrer dans le contenu du reportage aussi affligeant que le titre mais qui relève bien les maux de notre société du spectacle où une ministre peut humilier sa fonction chez un pétomane. Debord l’écrivait il y a 50 ans : « Dans le spectacle, image de l’économie régnante, le but n’est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre que lui-même ».


Cette une est dans la lignée de la dernière plaisanterie parfaitement relayée par la presse dominante : « l’affaire du siècle » où des pseudo-stars, parfaits symboles du capitalisme de la séduction, profitent de la naïveté de certains pour verdir leur image en menaçant d’attaquer en justice, pour défaut d’action contre la crise climatique, un système dont ils se repaissent.

La presse dominante, celle du marché, passe ainsi son temps à nous imposer l’image d’un monde que les puissances de l’argent qui la domine souhaitent que nous nous le représentions.

Et pendant que le show bizz attaquait l’Etat pour non-assistance à planète en danger, des chercheurs de l’université de Westminster démontraient que près de 80% des 500 plus grosses entreprises européennes tentaient d’affaiblir les pourtant très maigres tentatives d’avancées de l’Europe contre le réchauffement climatique.

Et pendant qu’une ado sauvait le monde des catastrophes climatiques, le CEFIC, le lobby de l’industrie chimique, luttait avec tous ses moyens pour permettre l’exploitation du gaz de schiste, car elle a besoin d’une énergie peu chère pour renforcer ses profits, tout en dépensant des millions en publicité verte.

John Keynes le rappelait non sans humour, « nous serions capables d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne nous versent pas de dividendes ».

Cette mise en spectacle reformatée d’un moment de réalité est la principale production de nos sociétés aliénées par le totalitarisme capitaliste. Cette mise en spectacle continue permet de transformer la réalité vécue pour l’adapter à celle perçue par la classe dominante : « Regardez cette jolie jeune fille qui se mobilise pour la planète, comme c’est touchant ! », « Admirez ces stars qui sortent de leur confort et se battent pour des idéaux ! ». La presse dominante sort l’artillerie lourde et le bourgeois opine de la tête, rassuré par le fait que sa domination n’est pas prête d’être remise en cause.

A l’échelle de notre Métropole de Lyon, c’est la Zone à Faible Emission qui a fait le bonheur de la presse aux ordres et de la baronnie au pouvoir. Si le Lyonnais respirera un (tout) petit peu mieux, personne n’a pu nous dire où iraient les camions qui n’auront bientôt plus le droit de transiter par la ville centre. Ah, les fameuses externalités négatives ! Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour attirer les classes créatives.

Si un élu écolo et antinucléaire nous assène de façon péremptoire l’impérative nécessité d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, il ne nous dit pas comment c’est possible sans la production électro-nucléaire.

Si les adorateurs lyonnais du progrès à la sauce capitaliste se pâment devant toutes les applications qui permettront de maîtriser nos dépenses énergétiques, tous oublient de rappeler dans leur panégyrique numérique que l’ensemble des NTIC consomment 4% de l’électricité mondiale et rejettent deux fois plus de GES que le secteur aérien civil. Tous oublient de rappeler les guerres économiques pour les terres rares et que leur exploitation exponentielle va très rapidement faire renchérir leur coût.

La société du spectacle, là encore, a transformé la réalité d’une information pour l’adapter à ce que veut voir et faire voir la classe dominante. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir « MET’ » de janvier, le magazine de la Métropole de Lyon. La une me fait penser à celle de « Society » : la classe créative en première page, tenant poireau et potimarron, avec un titre forcément affublé d’un hashtag pour faire moderne : CLIMAT #ONSYMETTOUS ! Fermez le ban.

N’oublions jamais pour les marxistes que nous sommes que les fondements de la ville, et plus encore ceux des Métropoles, réside en une concentration du surproduit provenant souvent hors de ses propres murs et contrôlé par un petit nombre d’individus. La Métropole est donc consubstantielle au capitalisme et ne peut, par définition, que croître indéfiniment en exploitant la terre et les Hommes.

Comme disait l’Autre : « la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d’échange, ressemble au sorcier qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a évoquées ». Notre Métropole de Lyon en est le parfait exemple, avec ou sans ZFE.

Et donc ? Non, l’Humanité, le journal de Jean Jaurès, des communistes et de tous ceux qui luttent contre la disneylandisation de notre société, ne peut pas disparaître.


Stéphane Bienvenue


1 commentaire

De Jean François Meyer - Envoyé le 04/02/2019 13:08:20
Le spectacle continue en fait, voir cette jeune canadienne, Severn Suzuki, à Rio en 1992. Sommet de la terre. Il y a 27 ans.
Merci pour votre article.

https://www.youtube.com/watch?v=5JvVf1piHXg


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