journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JANVIER 2019
travail de mémoire
Rosa Luxembourg (1871-1919) : Femme, révolutionnaire et communiste
par Michel S

Un siècle, un siècle déjà, un siècle à peine pourtant… Rosa Luxembourg était, en compagnie de son camarade Karl Liebknecht, sauvagement assassinée par les forces paramilitaires, un 15 janvier 1919 à Berlin.Tandis que Karl était conduit au Tiergarten et abattu d’un coup de fusil, Rosa fut, de son côté, gravement insultée, giflée, battue à mort, traînée à terre, défigurée d’un coup de crosse, achevée d’une balle dans la tête par un officier. Son corps fut ensuite projeté dans le « Landwehrkanal ». Pourquoi tant de haine ? Rosa était femme, juive polonaise et communiste.

Les partisans du militarisme, de la guerre impérialiste et de l’exploitation capitaliste la considéraient comme une ennemie irréductible. Ils l’ont massacrée. Mais, ils ne sont pas parvenus à salir son nom, ni à gommer son héritage idéologique. Au-delà d’une commémoration méritée, lire et étudier Rosa Luxembourg est une idée neuve. Ce n’est donc pas avec morosité que tous ceux qui souhaitent un avenir meilleur rendront hommage à la fondatrice du Parti communiste d’Allemagne, mais avec la certitude que les travailleurs du monde entier trouveront enfin le chemin de la vérité et de la révolution.


Tandis qu’en France, de nombreux citoyens expriment avec persévérance, et, à travers notamment le mouvement Gilets jaunes, leur hostilité à l’endroit de toutes les variantes de la politique de classe pratiquée depuis des dizaines d’années et qui, en Emmanuel Macron et les siens, atteint son expression la plus achevée et la plus arrogante – nonobstant le débat national concédé sous la pression populaire -, les paroles de Rosa Luxembourg sonnent avec une acuité remarquable. Qu’écrivait donc la militante spartakiste ? « Le développement de la démocratie rend-il superflu ou impossible une révolution prolétarienne, dans le sens de la prise du pouvoir d’État, de la conquête du pouvoir politique ? », affirmait-elle. Elle répondait aux sociaux-démocrates et aux réformistes que si la lutte pour élargir et renforcer l’expression démocratique était indispensable, il fallait néanmoins ne s’instruire d’aucune illusion : celle-ci serait constamment utilisée par la bourgeoisie pour sauvegarder sa domination de classe. Enfin, elle démontrait l’impérieuse nécessité de constituer une réelle alternative à la société capitaliste en construisant un Parti de militants révolutionnaires ayant pour objectif de former des générations nouvelles à un nouvel esprit, celui du socialisme. La colère, la rébellion et la lutte sont un début. Ce début ne doit pas cesser.


Toutefois, son objectif final n’est pas simplement d’appuyer l’opposition parlementaire de gauche dans sa volonté de briser les objectifs réactionnaires de la majorité au pouvoir, ou de faire prévaloir un éventail de reformes plus favorables aux salariés modestes, aux artisans, aux hommes de culture et aux intellectuels progressistes, il est, surtout, et avant tout, de démolir le système capitaliste et de bâtir une société libérée de l’exploitation de l’homme par l’homme, le socialisme. C’est la société injuste qu’il faut détruire et non les symboles de sa force et de son pouvoir qui deviendront, un jour, les nôtres, nous hommes et femmes sans héritage, sans puissance et sans fortune. Rosa Luxembourg argumentait ainsi : « Ce qui caractérise la société bourgeoise, c’est le fait que le salariat n’est pas un rapport juridique, mais un rapport purement économique. Le prolétariat n’est contraint par aucune loi à se soumettre au joug du capital, mais par la misère, le manque de moyens de production. […] Aucune loi au monde ne peut lui accorder ces moyens de production dans le cadre de la société bourgeoise, parce que ce n’est pas la loi, mais le développement économique qui lui a arraché ces moyens de production. […] En un mot, tous les rapports fondamentaux de la domination de la classe capitaliste ne sauraient être transformés par des réformes légales sur la base de la société bourgeoise, parce qu’ils n’ont pas été introduits par des lois, ni n’ont reçu la forme de telles lois. […] Mais ce n’est pas tout. C’est encore l’une des particularités du régime capitaliste que, dans son sein, tous les éléments de la société future prennent d’abord, dans leur développement, une forme n’approchant pas du socialisme, mais s’en éloignant, au contraire. »


En revanche, la production et la consommation, tout revêt désormais, et, de manière croissante et indifférenciée, un caractère social et universel. L’artisanat indépendant, la création particulière, les régions et les nations, ces identités-là sont effroyablement broyées. Le développement incoercible du capitalisme le rend de plus en plus totalitaire, meurtrier et négatif. Les gouvernements de la bourgeoisie, quelles que soient leurs volontés et, au-delà de leur démagogie récurrente, ne peuvent faire autre chose qu’acquiescer à cet ordre-là. Rosa Luxembourg nous dit effectivement : « Sous quelle forme s’exprime ce caractère social ? Sous la forme de la grande entreprise, de la société par actions, du cartel, au sein desquels les antagonismes capitalistes, l’exploitation, l’oppression de la force de travail sont augmentés à l’extrême. » C’est exactement ce que nous vivons. Et, c’est pourquoi, le capitalisme ne peut s’accommoder des frontières nationales qu’il a pourtant, et, grâce à ses représentants politiques, créées de façon arbitraire. Aujourd’hui, il proclame sa hantise des nationalismes… alors qu’il s’en est servi pour instruire « ses guerres » et qu’il s’en sert, à présent, pour aveugler les travailleurs, ceux qu’il exploite férocement.


Étudier Rosa Luxembourg c’est découvrir l’hypocrisie et la laideur du capitalisme, certes, mais c’est aussi, et, dans le sillage de Marx et Engels, imaginer un monde meilleur qui ne soit pas qu’une chimère, mais un horizon possible et raisonnable. Afin d’éclairer le présent, celui de nos combats, de nos manifestations et de nos grèves, je conclurai sur ces dernières phrases de Rosa : « Dans les rapports politiques, le développement de la démocratie, dans la mesure où elle trouve un terrain favorable, mène à la participation de toutes les couches populaires à la vie politique, par conséquent, en quelque sorte, à « l’État populaire ». Mais cela sous la forme du parlementarisme bourgeois, où les antagonismes des classes, la domination de classe, loin d’être supprimés, sont, au contraire, étalés au grand jour. C’est parce que tout le développement capitaliste se meut à travers les contradictions, qu’il faut, pour extraire le noyau de la société capitaliste de son enveloppe capitaliste, que le prolétariat s’empare du pouvoir politique et supprime complètement le système capitaliste. » (In : Réforme sociale ou révolution, 1899).


Cependant, il ne pourra accomplir ce pas décisif sans un authentique parti politique révolutionnaire, ouvert, clairvoyant et d’une fermeté inébranlable, dont l’objectif est de former, à son tour, de nouveaux hommes gagnés à un idéal progressiste et humaniste. Rien ne doit être sous-estimé, rien ne doit être surestimé. Le mouvement de masse est indispensable ; l’expression parlementaire également. Mais sans travail idéologique, tout cela risquerait de conduire à de nouvelles désillusions. Ce travail idéologique – éveiller les consciences – ne peut être éludé. C’est la raison pour laquelle Rosa Luxembourg et tant d’autres avait créé, chacun dans leur propre pays, un Parti communiste. Si ces partis étaient indubitablement nationaux, ils œuvraient, a contrario, pour une révolution internationale. En ce sens, si les travailleurs ont légitimement le droit d’aimer leur pays, ils n’ont aucunement raison de détester ou de craindre les autres peuples. Car, c’est ensemble qu’ils bâtiront un monde et une ère radieuse. Rosa Luxembourg n’est pas un souvenir ; elle vit en nous comme l’espoir qui vit en chacun de nous.

Le 14/01/2019.
MiSha


Rosa, la vie : lettres de Rosa Luxemburg

« Une seule chose me fait souffrir : devoir profiter seule de tant de beauté. Je voudrais crier par-dessus le mur : je vous en prie, faites attention à ce jour somptueux ! N'oubliez pas, même si vous êtes occupés, même si vous traversez la cour à la hâte, absorbés par vos tâches urgentes, n'oubliez pas de lever un instant la tête et de jeter un oeil à ces immenses nuages argentés, au paisible océan bleu dans lequel ils nagent. Faites attention à cet air plein de la respiration passionnée des dernières fleurs de tilleul, à l'éclat et la splendeur de cette journée, parce que ce jour ne reviendra jamais, jamais ! Il vous est donné comme une rose ouverte posée à vos pieds, qui attend que vous la preniez, et la pressiez contre vos lèvres. »

Rosa Luxemburg fut une des figures lumineuses du mouvement socialiste au début du siècle, une des seules à s'être opposée à la guerre de 14-18. Pour cela, elle passa presque toute la guerre dans les prisons d'Allemagne. Pendant ces années, elle écrivit quantités de lettres à ses amis il y est peu question de politique, ce sont surtout des incitations à vivre, à rester bon « malgré tout et le reste », à rester humain. C'était une amie comme on rêverait d'avoir, tendre, solaire, vaillante, ouverte, et si gaie malgré le cachot à se demander qui, d'elle ou des autres, était le plus emprisonné. Moi, je n'ai jamais rien lu qui rende aussi heureux. Anouk Grinberg


1 commentaire

De Mongin - Envoyé le 18/01/2019 04:51:15
Magnifique! Que de bons passages d'écrits d'une telle relevance actuelle pour l'émancipation et la libération des hommes, seule alternative au chaos qui s'aggrave. Le communisme est une si belle destinée pour remettre de l'ordre dans le monde et nous sauver de l'effondrement.


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