journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
DÉCEMBRE 2018
débats d'idée - champs libre
« Gilets jaunes » : La surdité d’un Président
par Michel S

Démarré sur la base minimale du refus de la taxe carbone, le mouvement « gilets jaunes », malgré ses désordres et ses incohérences, a désormais élargi sa vision. Loin de s’être refermé sur lui-même, il est entré en contact avec d’autres courants de l’expression citoyenne voire syndicale. Les annonces du gouvernement Philippe arrivent donc trop tard. Ce ne sont pas des reculs superficiels ou simplement un moratoire qui mettront un terme à un désaveu justifié et ancré. Le mécontentement populaire exprimé là ne saurait être réductible à la démission d’un homme, M. Macron en l’occurrence. De ce point de vue, les calculs politiciens ou les déclarations présentes de certains hommes politiques seront forcément observés avec suspicion et vigilance. [...] Enfin, nous voudrions rappeler, une fois encore, notre rejet de toute violence. Le refus, la contestation voire la désobéissance n’ont aucunement besoin d’actes de violence. Ceux-ci expriment une forme de désespoir ou de détresse. Refuser ou contester c’est exiger de neuves solutions et des perspectives plus audacieuses et plus justes. C’est forcément le contraire du désespoir. De là s’obtiennent la détermination, la fermeté, l’union dans le combat et la solidarité. En dernier lieu, si le problème social est bien réel, il ne doit pas être opposé à la nécessaire transition écologique. Les vrais responsables du marasme écologique sont les mêmes qui jettent les citoyens dans la pauvreté, le chômage et le déclassement social.

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Emmanuel Macron, actuel Président en exercice, n’a guère eu le temps de goûter à l’état de grâce. On l’en avait pourtant prévenu. Au-delà, il paraît n’avoir tenu compte ni des conditions de son élection, ni de l’effritement des repères idéologiques traditionnels dans un paysage politique français désagrégé. Le phénomène n’est d’ailleurs pas uniquement hexagonal. M. Macron a justement bénéficié du slogan « ni droite, ni gauche », cette forme de traduction exaspérée à l’endroit d’une politique qui ne change jamais, c’est-à-dire qui bénéficie aux privilégiés et pénalise ceux qui travaillent. Or, loin de s’inscrire en faux contre cette iniquité, M. Macron n’a fait qu’accélérer, avec une violence inouïe, la fracture entre ceux qui dirigent et ceux qui travaillent (ou ont travaillé). Au-delà des « expressions », que certains auront crues maladroites, il y a la réalité de ses orientations politiques. Le gouvernement Macron-Philippe n’a pas cessé, depuis son intronisation, de frapper les familles aux revenus « moyens » et modestes. De la même façon, il ignore ou fait mine d’ignorer l’accumulation de fortunes colossales ou l’étalage sans frein de la richesse des dirigeants des grandes sociétés transnationales, au mépris des règles les plus élémentaires de civisme et d’honnêteté. Le cas récent de Carlos Ghosn est un exemple parmi d’autres, et que l’on pourrait explorer à l’envie. Second aspect de la crise de confiance qui afflige le « premier de cordée » : il a souverainement oublié qu’il avait été élu « par défaut » ! Il maintient, contre vents et marées, une politique qui ne fait pas l’unanimité… et, avec la superbe de celui qui croit avoir triomphé idéologiquement ! À ce niveau d’enfermement, on pourrait s’imaginer avoir affaire à un cas d’autisme généralisé. En réalité, M. Macron et tous ceux qui coopèrent à ses côtés sont pieds et poings liés à l’économie et la finance des temps présents. Je veux parler de celle qui asservit et exploite durement les peuples du monde entier. Depuis le premier septennat de feu-M. François Mitterrand nous assistons à l’agonie progressive de toute politique nationale ; il en est ainsi dans bien d’autres pays également. Cependant, il existe des exemples intéressants et atypiques. Or, M. Macron n’en a cure : « la France n’a pas d’amis », affirme-t-il, « uniquement des intérêts ».

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Troisième aspect de l’aveuglement de l’hôte de l’Élysée : il sous-estime profondément l’Histoire et la psychologie françaises. Ainsi, M. Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre de M. Hollande, déclare : « Quand on regarde le temps long de l’histoire de notre pays, on note qu’il s’est toujours réformé dans des convulsions. C’est que Michel Winock appelle « la fièvre hexagonale », c’est-à-dire l’incapacité à dégager par le dialogue des compromis puissants qui permettent de transformer la société sans violence et sans injustices. L’actuel pouvoir semble considérer que si on négocie, on s’affaiblit. Et que tenir avec autoritarisme, c’est triompher des résistances au changement. Tout cela n’a rien de moderne. Ce qui est moderne, c’est la recherche d’un compromis sur le modèle de société que l’on veut pour nos enfants et la capacité de l’atteindre collectivement. » Répétons-nous, néanmoins : le temps où il était possible d’obtenir des compromis de la sorte nous semble révolu. Michel Winock ne pouvait guère prévoir, en son temps, le déclin des identités nationales. Voilà pourquoi il n’est guère possible de jauger les événements actuels à l’aune des événements d’autrefois, ceux du printemps 1968 en particulier. C’est également ce drame-là qui réveille les chauvinismes récurrents en Europe et dans le monde. La nostalgie du monde d’hier s’exprime par le retour à des formes de patriotisme ringard, alors que la nation s’est effondrée, parce que le capitalisme l’a tué. Là, où les travailleurs du monde devraient s’en féliciter, ils semblent, au contraire, s’en lamenter. Il faudra, par conséquent, au fil des combats et des luttes – « gilets jaunes » ou autres mouvements sociaux –, réfléchir sur cette incoercible transformation du monde.

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Quoi qu’il en soit, le sentiment de rejet est global, réel et profond. Démarré sur la base minimale du refus de la taxe carbone, le mouvement « gilets jaunes », malgré ses désordres et ses incohérences, a désormais élargi sa vision. Loin de s’être refermé sur lui-même, il est entré en contact avec d’autres courants de l’expression citoyenne voire syndicale. Les annonces du gouvernement Philippe arrivent donc trop tard. Ce ne sont pas des reculs superficiels ou simplement un moratoire qui mettront un terme à un désaveu justifié et ancré. Le mécontentement populaire exprimé là ne saurait être réductible à la démission d’un homme, M. Macron en l’occurrence. De ce point de vue, les calculs politiciens ou les déclarations présentes de certains hommes politiques seront forcément observés avec suspicion et vigilance.

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Enfin, nous voudrions rappeler, une fois encore, notre rejet de toute violence. Le refus, la contestation voire la désobéissance n’ont aucunement besoin d’actes de violence. Ceux-ci expriment une forme de désespoir ou de détresse. Refuser ou contester c’est exiger de neuves solutions et des perspectives plus audacieuses et plus justes. C’est forcément le contraire du désespoir. De là s’obtiennent la détermination, la fermeté, l’union dans le combat et la solidarité. Aussi, ne nous leurrons pas, on ne saurait attribuer aux seuls « casseurs » patentés les dégâts constatés ici ou là : parmi les 70 prévenus qui ont été jugés à Paris, ce lundi 3 décembre, la plupart sont des jeunes issus des régions, et ils exercent des activités professionnelles courantes. Le désarroi social est donc manifeste. Il ne doit pas être opposé aux nécessaires transitions écologiques. Interviewée par « Le Progrès » de Lyon (5/12/2018), Mme Anne Hidalgo, Maire de Paris, qui condamne, par ailleurs, les violences commises dans la capitale, dit, à juste raison : « (…) Mais l’écologie doit être sociale ou elle n’est pas. Ce gouvernement ne peut pas réussir sans une politique sociale et sans les maires comme points d’appui. J’espère qu’il se saisira de cette crise pour repenser le modèle fiscal, territorial, social et écologique. Que ce soit dans le logement, l’alimentation, le transport. On ne peut pas réserver ce qui est sain et ce qui est innovant aux plus riches. Les premières victimes du changement climatique, ce sont les citoyens les moins favorisés. […] Aujourd’hui, on assiste au retour des populismes et même du fascisme partout en Europe. Et le gouvernement français ne répond à cela que par des objectifs budgétaires. Il faut oser dire à la Commission européenne que le déficit à 3% n’est pas un horizon. » En effet. C’est pourquoi, nous croyons, pour notre part, non à un repliement « national », mais à la promotion d’actions convergentes en Europe d’abord, et dans le monde ensuite, qui contrecarrent des politiques essentiellement malthusiennes, érigées en fonction des intérêts d’une élite restreinte, intéressée à la sauvegarde d’un système capitaliste moribond. Nous pensons que cette question ne pourra pas ne pas être abordée avec les « Gilets jaunes », quelles que soient leurs inclinations politiques du moment. Il n’existe, de notre part, aucune fermeture et aucun fatalisme non plus. En sachant que les adversaires se trouvent toujours du même côté. Il suffit de les voir se réveiller subitement, à la suite des événements du week-end. M. Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, plutôt inquiet, prévient : « Je le dis tout de suite : évitons de déshabiller Paul pour habiller Jacques ! (…) Il ne faudrait pas baisser les impôts des ménages en augmentant ceux qui pèsent sur les entreprises, sinon il y aura des destructions d’emplois », et alors que de nouveaux cadeaux viennent d’être consentis aux entreprises lors de la séance de l’Assemblée nationale du lundi courant – 20 milliards d’euros de crédit pour la compétitivité et l’emploi (Cice) et de CITS (crédit d’impôt sur la taxe sur les salaires) pour l’année 2018. Conclusion : M. Macron est habillé pour l’hiver !

Le 5/12/2018.
Misha.

* Affiche Dugudus
** Affiche Dugudus
*** Affiche Dugudus
**** Affiche Dugudus


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