journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
NOVEMBRE 2018
débats d'idée - champs libre
Marches pour le climat et gilets jaunes : oui le communisme du 21ème siècle peut être l’avant-garde
par Stéphane

Le texte de base sur lequel les communistes préparent leur congrès a remis sous les projecteurs le terme d’avant-garde éclairée.
Il a tout d’abord été navrant d’assister à une multiplication de clichés venant des contempteurs de ce texte. Si les objecteurs de croissance ne veulent pas revenir à la lampe à huile, ceux qui soutiennent cette mise à jour de ce terme n’ont pas nécessairement l’inconscient stalinien qui les martyrise. L’actualité récente nous démontre, une fois de plus, que loin de tout dogmatisme, la réappropriation du vocabulaire révolutionnaire est primordial tant pour contrecarrer celui de la classe dominante que pour affirmer bien haut notre identité communiste ancrée dans les réalités et les luttes contemporaines.


Les liquidateurs du Parti ou ceux qui pensent que notre modernité, voire notre salut, passe par un rapprochement inéluctable avec la FI nous ont faits un procès où l’avant-garde éclairée se transformait en une direction centrale jacobine et hors-sol.
Tout d’abord nos racines marxistes nous interdisent d’ériger les communistes, et plus particulièrement leur classe dirigeante, au-dessus des peuples : Faire la Révolution à leur place relèverait presque du blasphème pour tout lecteur un tant soit peu attentif du Manifeste du Parti Communiste.
Le parti communiste se doit d’être le médiateur théorique et pratique entre le but final du mouvement des classes exploitées et chaque moment du processus historique de la lutte des classes.
Le parti communiste doit redevenir l’instrument de la prise de conscience politique, de la conscience de classe et sa visée révolutionnaire.
Le parti communiste, surtout, doit éclairer une voie entre les tendances autoritaires des uns et les tendances réformistes des autres. Ni Lassalle, ni Berstein mais Marx. Ni les gilets jaunes ni les marcheurs pour le climat, mais le communisme.

Ainsi ces deux buzz récents - et j’emploie ce terme à dessein car ni l’un ni l’autre n’a de visée politique et révolutionnaire - démontrent la nécessité pour notre Parti de réinterroger cette avant-garde éclairée, en étant bien évidemment ancrés dans les réalités du 21ème siècle.

Sans tomber dans une stupide caricature, les gilets jaunes sont des beaufs ruraux et périurbains et les marcheurs des bobos urbains, nous pouvons toutefois avancer, sans trop se tromper, que la classe dominante ne doit pas vraiment trembler devant ces mouvements plus folkloriques que politiques à ses yeux.
Bien au contraire, leur remise en cause des partis politiques constitués et des syndicats sont une aubaine pour les capitalistes et leurs idolâtres. Et si en plus les prolos « pris en otage » pouvaient se mettre sur la gueule avec les prolos qui bloquent…Le Siècle, le Jockey, l'Interallié, le Travellers, le Polo… en frémissent d’aise par avance.


Mieux encore, les populations que la bourgeoisie craint le plus n’ont réagi (pour l'instant, mais le mépris n'a qu'un temps) ni à l’un ni l’autre de ces mouvements, à savoir les étudiants/lycéens et les jeunes des quartiers populaires. Il faudrait peut-être d’ailleurs se demander pourquoi.
Sans tomber là non plus dans certaines caricatures de « la France périphérique », la présence majoritaire des urbains intégrés à la mondialisation dans les rangs de la marche pour le climat et celle des exclus relégués aux marges des métropoles capitalistes parmi les gilets jaunes sont des réalités sociales et sociétales que nous ne devons pas obérer.

Et pendant ce temps-là, Total continue à ne pas payer ses impôts, les villes sont vendues aux spéculateurs immobiliers et l’Etat massacre la SNCF. Car pendant ce temps-là, les supplétifs locaux du capitalisme vendent aux habitants des « plans climat co-construits » aussi faux que leur engagement pour l’intérêt général.

Le risque est alors grand de mépriser ces buzz qui ont, malgré tout, un sens.
Je sens les liquidateurs froncer les sourcils, mais relire « Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes » pourrait nous…éclairer. Et sans tomber dans le débat sans fin entre le centralisme du mouvement socialiste de Lénine et la vision plus spontanée de Rosa Luxembourg, je suis de ceux qui sont convaincus que « croire que la révolution sociale soit concevable sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes politiquement inconscientes contre le joug, c'est répudier la révolution sociale. C'est s'imaginer qu'une armée prendra position en un lieu donné et dira "Nous sommes pour le socialisme", et qu'une autre, en un autre lieu, dira "Nous sommes pour l'impérialisme", et que ce sera alors la révolution sociale ! Quiconque attend une révolution sociale “pure” ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. »

Le parti communiste, en tant que médiateur théorique et pratique, a ainsi un rôle majeur que lui seul peut porter en s’inscrivant dans ces revendications légitimes (le matraquage fiscal et la préservation de l’environnement) et en interrogeant, à l’intérieur de ces mouvements, le système capitaliste qui se repaît de leurs luttes car ils ne s’attaquent pas à la racine de nos maux : le système lui-même.


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