journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
NOVEMBRE 2018
polyculture
Cronache di poveri amanti (1947) : Un roman, un film édifiants... Le roman et son écrivain
par Michel S

Né à Florence, dans le quartier pauvre de la via de' Magazzini, le romancier Vasco Pratolini (1913-1991) conserva d’une jeunesse difficile – il dut abandonner prématurément ses études et exercer de petits métiers - une naturelle compréhension à l’égard des jeunes gens des milieux modestes. C’est au cours du ventennio fasciste qu’il lui fallut, par ailleurs, assurer sa survie, suite au décès de son grand-père, et, malgré cela, ne jamais perdre le contact avec les milieux littéraires de l’ancienne capitale du Royaume d’Italie.


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Pratolini raconte donc des événements très personnels auxquels il confère un caractère profondément italien et universel. Ainsi de ses premières œuvres : Via de' Magazzini (1942), Il quartiere (1951) et de Cronache di poveri amanti (1947). Ce roman fit l’objet d’une adaptation cinématographique réalisée par Carlo Lizzani en 1953. Au demeurant, le romancier, très lié au monde du cinéma, fut associé, comme scénariste, au néo-réalisme. Ensuite, ses œuvres firent l’objet de transpositions remarquées : Le ragazze di San Frediano et Cronaca familiare par Valerio Zurlini, respectivement en 1955 et 1962 ; Metello (1970) par Mauro Bolognini. L’opus de Pratolini pourrait sûrement prolonger le réalisme littéraire des années 30, qu’il élargirait, pour sa part, vers un terreau plus ouvrier et dans l’univers citadin de Florence. De là, un attachement exprimé continûment par l’écrivain à l’endroit des luttes et des idéaux révolutionnaires. Pratolini s’engage, par conséquent, dans la résistance au fascisme : de septembre 1943 à l’été 1944, il est responsable politique du Parti communiste italien (PCI) pour le secteur Flaminio-Ponte Milvo.



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Ce qui singularise Cronache di poveri amanti des autres récits de Pratolini c’est sa structure chorale : Êtes-vous introduit dans une salle où se trouvent réunies une soixantaine de personnes, il ne vous est possible de lier connaissance avec toutes. Mais, avec un peu de patience, vous ne tarderez pas à distinguer et à mettre un nom sur chaque visage , écrit Armand Pierhal dans l’introduction à la traduction française du roman due à Gennie Luccioni. En l’occurrence, la salle c’est ici une ruelle étroite de Florence, la via del Corno, qui enserre le Palazzo Vecchio. Ce quartier populaire, l’écrivain le connaît parfaitement : il y a vécu auprès de sa grand-mère. Ici, les gens savent à peu près tout d’eux-mêmes. Comment pourraient-ils s’éviter ? On joue, on travaille péniblement, on survit et on meurt ensemble, ainsi pourrait-on résumer la via del Corno. Toutefois, l’époque est exceptionnelle : les squadristi sont au pouvoir depuis trois ans, et le Duce consolide les fondements de l’État fasciste, au besoin par la violence et l’encadrement le plus sévère possible. Mais, il n’y a, à vrai dire, plus beaucoup d’opposants, hormis les militants du Parti communiste dont les dirigeants rejoignent bientôt la clandestinité. L’auteur est encore là en terrain connu, c’est même une grande partie de sa vie. Cronache di poveri amanti montre également comment des individus qui se sont jadis fréquentés peuvent, à présent, se déchirer et se détruire à mort. L’Italie est en guerre avec elle-même. Florence et l’Italie vivent forcément dans le paradoxe. Exemple : Pratolini écrit, autour de 1932, pour Il Bargello, fondé par le dignitaire fasciste florentin Alessandro Pavolini, Ministre de la Culture populaire, à partir de 1939. Ce Pavolini qui deviendra, durant la République de Saló, secrétaire du Parti fasciste républicain, fondateur des Brigate nere, et qui finira fusillé, comme Mussolini, le 28 avril 1945.

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Le contexte historique n’est pas qu’un décor ou un arrière-fond dans cette chronique. Toutefois, c’est de la jeunesse, telle qu’elle est en vérité, dont on parle, et que l’on décrit sans artifices. À cet âge-là, on est surtout amoureux, et, c’est même la première grande affaire de l’existence. Encore une étrangeté dirions-nous : dans un climat de guerre civile, des jeunes gens aiment. Ils aiment et prennent aussi des risques insensés… D’autres déchoient également. Cronache di poveri amanti frappe par son intonation empreinte de sincérité et d’humanité.

Le 01/11/2018.
Misha.

*Vasco Pratolini

** Marcello Mastroianni et le champion olympique italien, discobole, Alfredo Consolini.


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