journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
NOVEMBRE 2018
débats d'idée - champs libre
Brésil : La nostalgie coupable de Jair Bolsonaro et l’ignorance de ses électeurs
par Michel S

Face aux inégalités sociales, à la violence et à la corruption, les peuples doivent être rassemblés et non divisés. L’extrême-droite, hier comme aujourd’hui, propage animosité et ferments de division. Les travailleurs n’ont rien à attendre de ce côté-là, sinon le pire. Ils doivent s’organiser eux-mêmes, avec courage et esprit de responsabilité.

Le nouveau président brésilien a souvent exprimé une forme de nostalgie à l’endroit de la dictature militaire qui régna entre 1964 et 1985. Nous sommes à peu près sûrs que la majorité de ses électeurs en ont oublié le bilan et les méfaits. Bolsonaro n’en a cure ; l’essentiel, pour lui, est de renforcer la suprématie des seigneurs de l’économie et de la finance ; qu’importe si une autre partie de son peuple – la plus grande – en supportera les graves conséquences. Comme tous les dirigeants d’extrême-droite, il exploite les frayeurs et les préjugés populaires. Dans le même temps, le mensonge, l’omission et la démagogie sont utilisés sans frein parce qu’une partie des Brésiliens eux-mêmes ignorent l’Histoire de leur pays, sans doute, parce qu’elle leur est, à peine, nullement ou fallacieusement enseignée.



Car, s’il y eut, en effet, des régimes diablement corrompus, ce furent ceux des dictateurs-généraux brésiliens : de Castelo Branco à Joao Figueiredo en passant par Artur da Costa e Silva, Emilio Medici et Ernesto Geisel. On peut l’affirmer sans risque d’erreurs : ces dirigeants-là avaient vendu leurs pays à de puissantes multinationales américaines. La moindre velléité d’indépendance à l’égard du grand frère yankee était payée au comptant : Joao Goulart, porté au pouvoir par un soulèvement populaire, fut destitué par un golpe, concocté par la société Hanna Mining Co., le géant du fer nord-américain. Nous étions fin mars 1964. Grâce à un clan de militaires ultra-réactionnaires, totalement acquis aux intérêts du capitalisme US, le Brésil, comme bien d’autres pays de la zone latino-américaine, deviendra ainsi l’une des plus belles vaches au lait du capitalisme US. L’ambassadeur américain en poste put se féliciter en déclarant (je le cite) : « Le triomphe de Castelo Branco pourrait être considéré, de même que le plan Marshall, le blocus de Berlin, la déroute de l’agression communiste en Corée et la solution de la crise des fusées à Cuba, comme une des périodes de changement dans l’histoire mondiale de la moitié du XXe siècle. » Les lecteurs d’Eduardo Galeano (« Les veines ouvertes de l’Amérique latine »), en particulier, le savent sûrement, et, depuis fort longtemps. Or, le panégyriste de ces régimes-là proclame, haut et fort, qu’il mettra fin à la corruption par amour pour son pays ! Corruption à laquelle, pourtant, aucune faction politique brésilienne n’aura échappé. Mais, bien entendu, c’est la gauche, selon lui, qui est l’unique coupable. En réalité, ce qu’un homme comme Bolsonaro n’a guère digéré, outre l’établissement d’un régime démocratique, c’est une politique qui, malgré l’échec de la réforme agraire, aura permis à certains « paysans sans terre » de vivre un peu plus dignement et aux couches les plus humbles d’accéder à une maigre couverture sociale


La démocratie brésilienne, en particulier depuis l’accession au pouvoir de Lula da Silva en 2002, a permis au pays de briguer un statut économique autrement plus honorable. Certes, nous ne sommes pas dans un pays totalement libéré de ses fléaux structurels : ici sévissent, encore et toujours, la misère, les déséquilibres régionaux et écologiques, la délinquance, le banditisme, la criminalité - devenue angoissante pour les citoyens - la ségrégation raciale et la corruption. Or, le Brésil a une histoire : il faut l’étudier et la comprendre. Les peuples d’ici et d’ailleurs ne doivent surtout pas confondre solutions radicales et mesures tout uniment autoritaires. L’absolutisme est la force des pouvoirs injustes. Le radicalisme se tient, essentiellement, dans des réformes à long terme, profondes et démocratiques, suscitant la participation des couches les plus larges et les plus intègres de la population brésilienne : paysans, ouvriers, employés, intellectuels. Le Brésil souffre, comme beaucoup d’autres pays d’Amérique latine, de maux endémiques qui ne peuvent être jugulés l’espace d’un seul mandat présidentiel. Or, Jair Bolsonaro l’ignore sciemment ; il choisit, en revanche, la voie de l’affrontement. Par son agressivité et son hostilité à l’égard d’autres catégories de la population brésilienne, il constitue, d’emblée, un facteur de violence et de déstabilisation sociale tandis que les assises démocratiques, encore fragiles, risquent fort d’être rompues. La leçon brésilienne vaut pour l’Europe et pour le monde entier. Face aux inégalités sociales, à la violence et à la corruption, les peuples doivent être rassemblés et non divisés. L’extrême-droite, hier comme aujourd’hui, propage animosité et ferments de division. Les travailleurs n’ont rien à attendre de ce côté-là, sinon le pire. Ils doivent s’organiser eux-mêmes, avec courage et esprit de responsabilité.

Le 31/10/2018.
Misha.




0 commentaire



Ajouter un commentaire
Votre commentaire sera validé apres vérification.

Les champs en gras seront visibles sur mon site
Prénom ou Pseudo (*) 
Email (*) 
Message  (*) 
Adresse IP : 54.82.79.137
 
(*) champs obligatoires