journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
OCTOBRE 2018
débats d'idée - champs libre
Femmes dans l’espace public : femmes statufiées ?
par Michel S

« L’art que nous mettons dans nos rues en dit long sur nos valeurs ; mais justement, quelles seront ces valeurs ? », questionne notre romancière. Ces valeurs, nous les percevons, pour notre part, dans un monde de liberté, d’égalité et de fraternité où n’existeront plus de « grands hommes » et leurs statues, mais simplement des hommes et des femmes libres et égaux en droit. En attendant, bien sûr, que la division hommes/femmes disparaisse et que surgisse l’époque d’une seule et même notion : le genre humain.

En se promenant dans les rues de notre capitale, il suffit de regarder pour constater un décalage entre les êtres vivants – des hommes et des femmes – et les sculptures en bronze ou en marbre : uniquement, ou presque, des hommes. Où sont les statues de femmes à Paris ?, ainsi s’exprimait Lauren Elkin dans Le Monde du 18/07/2018.

La romancière américaine intervenait dans le cadre d’une série estivale consacrée à la fin du patriarcat (sic). Elle tempérait son bilan en rappelant, néanmoins, l’existence, entre autres, de quelques Jeanne d’Arc, d’un buste à la poitrine plantureuse de Dalida à Montmartre, d’une Edith Piaf dans le 20e, de Marie Curie (avec son époux) dans le 5e, de George Sand au jardin du Luxembourg, en robe,
alors qu’elle préférait le costume d’homme ».



Il existe, par conséquent, une ségrégation féminine dans la représentation sculptée ; le phénomène n’étant pas uniquement parisien, bien évidemment ! On peut alors s’interroger sur une forme artistique, la sculpture en particulier. Il est vrai qu’elle développe l’idée imposante de grandeur, de force et de relief. Les femmes en manqueraient-elles ? Nous aurions tort de ne chercher que de ce côté-là.

Car, ailleurs, les mêmes situations prévalent : la femme incarne, avant tout, ordre et beauté, luxe, calme et volupté (Baudelaire). On ne voit en elle que l’alliée substantielle des « immenses statues qui trônent », les fameux grands hommes, ceux qui entrent dans l’Histoire ! Ainsi, et, dans le cas où nous nous insurgerions contre le culte de la personnalité, verrions-nous, dans notre révolution justifiée, une pléthore de figures masculines à déboulonner ! Le refus du culte de la personnalité atteindrait donc essentiellement d’augustes mâles passés à la postérité !



On oubliera, au passage, que sans épouse, l’homme n’est à peu près rien, errant dans l’effrayant désordre de son incomplétude. Ainsi démuni, le missionné aboutira au caveau – ô drame ! - sans la moindre statue. Soyons justes : Dans le cas le plus favorable, on creusera un trou à la base de sa statue, puis on posera celle-ci sur un socle. Ainsi, le fantôme (ou le secret) féminin sera bien conservé, enfoui à l’intérieur du monument. De fait, les veuves éplorées des grands de ce monde viendront, en cortège, se recueillir auprès du buste immortel de leur défunt mari !


Une femme dirige Paris, pour la première fois. Il est donc temps que les femmes réclament leur juste représentation dans l’espace public, et que cela prenne une forme concrète. L’absence de statues de femmes est frappante, alors qu’on déborde de modèles à admirer, ainsi s’exprimait plus loin Mme Elkin. Et de citer, à titre d’exemples, Olympe de Gouges, Louise Michel, Marguerite Durand et… Simone Veil. J’aimerais, pour ma part, que l’on en sache plus sur ces dames et sur les écrits de Louise Michel, convaincu que de leurs statues manquantes nous n'en souffrons point – qu’elles soient taillées en pantalon pour George Sand ou en kilt écossais pour le général MacArthur -, tandis qu'en revanche la pensée et l’action de celles-ci combleraient nos lacunes. Et, viendraient, surtout, infirmer la thèse que la femme n’est grande que dans sa propension à forger la légende des grands hommes.


À vrai dire, les statues nous disent plus sur les artistes qui les ont façonnées que sur les personnages qu’elles sont censées représenter. Il ne faut point les décrier, mais il est temps parfois de les relativiser. Il nous importe, avant tout, d’honorer l’œuvre, l’âme et l’esprit des hommes et femmes de mérite. Dans cet ordre d’idées, la place de la femme dans la société aura sûrement à y gagner. L’art que nous mettons dans nos rues en dit long sur nos valeurs ; mais justement, quelles seront ces valeurs ?, questionne notre romancière. Ces valeurs, nous les percevons, pour notre part, dans un monde de liberté, d’égalité et de fraternité où n’existeront plus de grands hommes et leurs statues, mais simplement des hommes et des femmes libres et égaux en droit. En attendant, bien sûr, que la division hommes/femmes disparaisse et que surgisse l’époque d’une seule et même notion : le genre humain.

Le 18/07/2018.
Misha.


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