journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
SEPTEMBRE 2018
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
La conscience politique comme arme contre le totalitarisme du capitalisme
par Stéphane

Alors que la marche pour le climat était à l’écologie ce que les effusions collectives de joie avec « notre » titre de champion du monde étaient à la cohésion sociale, notre quotidien nous rappelle qu’il est plus que jamais nécessaire de ne pas se laisser happer par les idées dominantes de la classe dominante. Les médias à sa botte nous racontent de beaux contes, notre système capitaliste nous impose une réalité bien différente.

Cette sympathique marche pour le climat a naturellement été louée par la classe au pouvoir qui l’a trouvée FOR-MI-DA-BLE. Pourquoi ? Elle est absolument sans danger pour la préservation de leur domination qui n’existe que par la prédation et l’exploitation de l’Homme et de la nature. A force de minimiser les rapports de domination et la lutte des classes, la bourgeoisie au pouvoir – mais aussi des camarades qui ne se satisferaient d’un capitalisme amadoué et d’un réformisme bêlant – a réussi à culpabiliser les peuples et leur rappeler, ad nauseam, que leurs petits gestes quotidiens pour sauver la planète sont primordiaux.
Ces marches devenues folkloriques ne suffisent pas pour combattre ce fléau du capitalisme qui nous tue. Ni les alliances politiques douteuses d’ailleurs.

Rappelons-nous que le lendemain de ce si FOR-MI-DA-BLE mouvement populaire, Macron a clairement démontré son ignorance crasse et son mépris en annonçant la fermeture des centrales thermiques en France. Mais de centrales thermiques, il s’agissait en fait des centrales au fioul dont l’annonce de leur fermeture en 2018 avait été prise par….François Hollande.
Voir - le lendemain de cette marche qui est UN SIGNAL POUR AGIR - ce même Macron valider une 2x2 voies de 24kms pour contourner Strasbourg, prouve sa complète aversion pour tout ce qui pourrait entraver le business as usual de ceux qui l’ont mis au pouvoir.
Sans parler évidemment de la Montagne d’Or en Guyane et, bien évidemment, de l’arrivée de Rugy au ministère de l’écologie dont la seule justification était de laisser la place au perchoir de l’Assemblée Nationale à son perroquet Ferrand. La soupe politique et les profits des vautours de son espèce passeront toujours avant l’écologie pour notre banquier startuper.

Cet épisode insignifiant des marches pour le climat a au moins eu le mérite de rappeler, par le vide, l’impérative nécessité de la conscience politique comme souci permanent de l’intérêt général, des institutions publiques, du bien commun et de réaffirmer que la conscience de classe est une composante fondamentale de cette conscience politique.
En effet combien de ces marcheurs, aussi sympathiques soient-ils, étaient fondamentalement conscients que s'ils étaient là, c'était à cause, et avant tout, du capitalisme et de l'économie financiarisée ?

Oui l’apocalypse - au sens étymologique du voile levé - provoquée par la prédation capitalistique est là. Partout. Oui, nous le savons, mais avons-nous bien la conscience politique qui devrait accompagner ce savoir ? Cela revient à interroger notre capacité collective à être suffisamment critiques et retors face aux idées de la classe dominante et la pensée simpliste.

Cette interrogation sur la construction de la conscience politique m’amène à l'illustrer à travers un rapide détour vers la rentrée scolaire et le manuel de géographie de 5ème de mon fils.
Chez Nathan, on sollicite la capacité de réflexion des élèves sur un document engagé contre la production d’électricité nucléaire. Et comme outil pédagogique, nos citoyens en devenir se basent sur une campagne de communication du « National Géographic » et une illustration où des extra-terrestres se moquent de notre planète asphyxiée par des usines à perte de vue et leurs cheminées crachant une fumée que l’on imagine aisément dangereuse pour l’humanité.

La première tartuferie est déjà là sous nos yeux : Sur le même plan, l’outil pédagogique mélange allègrement la vapeur d’eau des tours de refroidissement des centrales nucléaires et celle des centrales thermiques qui dégagent soufre, microparticules, cendres, métaux lourds tels que mercure, arsenic, sélénium, plomb, et…de l’uranium et du thorium hautement radioactifs.

La seconde tartuferie est donc ce titre qui exprime l’engagement contre la production de l’électricité nucléaire tout en illustrant le propos avec des centrales à charbon.

L’avantage d’avoir un bout de conscience politique est d’interroger les sources de chaque information, et comme les experts du National Géographic ne me semblent pas être des lapins de 6 semaines, il a juste suffi de quelques clics sur un moteur de recherche qui ne paie pas d’impôt pour dévoiler la supercherie : de document engagé contre la production d’électricité nucléaire, il n’en est rien.
A travers une très caustique campagne de communication datée de 2010, la cause était plus généralement celle de la lutte contre la pollution atmosphérique.
Si elle n’enlève pas le fait que les vapeurs d’eau issues des tours de refroidissement des centrales nucléaires mis au premier plan de cette sensibilisation ne polluent pas l’atmosphère, le détournement de cette campagne est à l’image de notre époque : un simplisme dangereux et orienté qui touche ici tant à la science qu’à notre système éducatif sensé participer à la formation de citoyens.

Il est bien évidemment nécessaire d’éviter de tomber dans un autre simplisme tout aussi dangereux qui serait d’affirmer que des auteurs de ce manuel seraient enclins à se conformer aux axiomes d’une vision implicite du nucléaire à laquelle ils adhèreraient mécaniquement.

Non, le problème est ailleurs : entre le marteau de la pensée simpliste nous assénant depuis des décennies qu’il faut sortir du nucléaire (sans nous dire vraiment comment, à part à travers des formules magiques de l’association négawatt) et l’enclume des supplétifs du capitalisme qui martèlent sans cesse que aujourd’hui, plus personne ne met d’argent dans l’atome sans soutien de l’Etat, la loi du marché dit que le nucléaire est mort et la France est en train de devenir une exception en Europe et dans le monde, les pensées complexes et alternatives ont peu de chance de se retrouver dans les manuels scolaires de nos bambins.

Pour qu'un homme puisse grandir, ce dont il a besoin c'est du libre accès aux lieux, aux méthodes, aux documents. Il a besoin de voir, d’entendre, de manipuler tout ce qui l'entoure dans un milieu qui ne soit pas dépourvu de sens car l’Homme est avant tout un animal politique. Et derrière cette fake news, sans doute involontaire et finalement juste représentative, de l’éditeur Nathan, c’est bien notre capacité collective à préserver ce libre accès, cette capacité de critiquer, d’interroger et donc de refuser des vérités assénées par un capitalisme global devenu totalitarisme.
La casse de l'éducation populaire et du tissu associatif sont des agressions directes du système capitaliste global contre la capacité d'émancipation citoyenne. Se mobiliser pour les renforcer est essentiel.

Sinon les mobilisations citoyennes, dont ces marches pour le climat en furent une bien désolante représentation, sont vouées à amuser du haut de leur balcon, les marquis poudrés d’une République qui l’est de moins en moins.


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