journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
SEPTEMBRE 2018
débats d'idée - champs libre
Le découragement des élus communaux
par Michel S

Suppression de la taxe d'habitation, baisse des contrats aidés et des dotations publiques et, dans le même temps, charge de travail accrue : face à un tel état des lieux, de nombreux élus communaux jettent le manche après la cognée. Le gouvernement Macron gère, en réalité, la France non comme une nation riche de son peuple, de son histoire et de sa culture mais telle une division administrative de l'Europe libérale et technocratique.

Je reprends ici ce qu’écrit L’Opinion du 10 août courant : Charge de travail, restrictions budgétaires... accablés par les conditions de leur fonction, certains maires de France prennent la tangente. D’après Le Figaro, qui a examiné le répertoire national des élus, 1 021 maires ont démissionné depuis 2014, date des dernières élections municipales. Un chiffre en forte hausse, qui aurait presque doublé (+ 90 %). La situation se serait renforcée depuis l’élection présidentielle de 2017.


Bien sûr, cette vague de démission est à relativiser. La France compte en effet un très grand nombre de communes, bien que leur nombre baisse très légèrement. 35 416 communes étaient ainsi comptabilisées au 1er janvier 2017. Pour autant, cette situation illustre le malaise des maires de France, notamment des plus petites communes. Depuis 2014, sur les 1 021 élus ayant démissionné, 887 étaient les édiles d’une commune de moins de 2 000 habitants.


De son côté, Le Progrès , édition Est lyonnais, dresse un état des lieux semblable dans son édition du même jour sous le titre Les maires ont le moral en berne. Le chapeau de l’article est édifiant : Difficultés financières des communes, problèmes juridiques et tensions avec le plus haut niveau de l’État : les élus municipaux vivent un profond malaise, qui conduit certains à la rupture. Le journal cite, parmi d’autres, l’exemple du maire de Sevran, M. Stéphane Gatignon qui vient de jeter l’éponge, après 17 ans de loyaux services. Le premier vice-président de l’Association des maires de France, M. Laignel, n’y va, pour sa part, par quatre chemins. Au cours des 18 derniers mois, nous observons, affirme-t-il, une accélération d’un phénomène d’usure. Les maires ont l’impression de subir une volonté d’affaiblir la commune. Ils ressentent un profond mépris de la part de la haute administration et du président de la République. Plus loin, je définis, pour ma part, une constante de la politique de M. Macron : le désir empressé d’enterrer la personnalité de notre pays, c’est-à-dire de notre peuple dans toutes ses composantes. Au contraire du Général De Gaulle, Emmanuel Macron ignore ce que peuple signifie. Là, ou le créateur de la Ve république voyait des hommes et des femmes, M. Macron se contente de voir des individus. Son attitude est celle du technocrate au cœur sec qui gère un territoire administratif dans le cadre d’une Europe sans âme. Que signifierait l’Europe si ses villes moyennes ou petites, ses villages et ses lieux-dits perdraient leurs particularités et leurs spécificités, ce quelque chose qui les habitent et qui séduit tant les autres citoyens venus d’ailleurs ? Au contraire du Général De Gaulle, M. Macron est sûr de lui : il fait ce qu’il croit être bon, il ne changera pas. Il accroîtra la présidentialisation de son pouvoir (et la coupure avec son peuple), là où le Général, instruit par le conflit des mois de mai et juin 1968, et donc soucieux de desserrer la carcan du centralisme bureaucratique  (J. Godfrain) mettait en jeu sa suprématie : De la réponse que fera le pays à ce que je lui demande va dépendre évidemment soit la continuation de mon mandat, soit aussitôt mon départ, déclarait-il au moment où il proposait un référendum sur la régionalisation (Entretien avec M. Droit, 10 avril 1969). Désavoué par une bourgeoisie française foncièrement antidémocratique, logiquement battu électoralement, De Gaulle fit ce qu’il dit : il alla s’enterrer à Colombey-les-Deux-Églises. De Gaulle, qui, en 1940, comparait les Français à des veaux, ne crut pas si bien dire : il apprit, hélas, et, à ses dépens, que l’on ne s’adresse pas directement à un peuple non instruit. Toute disposition ou loi nouvelle se prépare et, en l’occurrence, avec le travail parlementaire, émanation des différents courants de la vie politique. M. Macron est encore jeune : on ne lui souhaite pas un tel destin, mais on souhaite qu’il y réfléchisse ! Sur le fond du débat, France Gall et Michel Berger avaient, quant à eux, raison : Dans les villes de l’an deux mille/La vie sera bien plus facile/On aura tous un numéro/Dans le dos/Et une étoile sur la peau/Dans les villes de l’an deux mille/Il n’y aura plus d’étrangers/ On sera tous des étrangers, chantèrent-ils autrefois. En tant qu’artistes, ils pressentaient dans la structure froide et dépersonnalisée des mégapoles qu’ils survolaient, et, à travers les temps présents et futurs, la fin des cultures particulières et de toute authentique humanité. Revenons plus concrètement à notre sujet : L’Opinion explique, à son tour, les raisons d’une situation.


Suppression de la taxe d’habitation, baisse des contrats aidés et des dotations publiques... les communes ont subi des restrictions budgétaires dont pâtissent évidemment les lieux disposant de peu de capital. La charge de la fonction est également particulièrement lourde. Les maires représentent la principale figure publique à la campagne et peuvent être appelés par leurs concitoyens pour régler le moindre problème.
Pour assurer leur fonction, les édiles ne sont pas forcément bien payés. Un maire d’une commune de 500 à 999 habitants (ce qui représentait 74,7 % des communes au 1er janvier 2006) étant payé 1 316,02 euros au maximum. D’où l’intérêt pour les édiles, de créer une commune nouvelle en fusionnant des communes limitrophes. Ce qui est possiblement une des stratégies étatiques pour réduire le nombre de communes en France afin de rationaliser la présence territoriale publique.


Or, quelques mois auparavant, L’Humanité (21/11/2017) sous la plume de Julia Hamlaoui, rendait compte des trois jours de congrès de l’AMF (Association des maires de France). On y lit ceci :
Les sujets qui fâchent ne manquent pas entre les maires et l’exécutif. Économie de 13 milliards d’euros, suppression de la taxe d’habitation et des emplois aidés… De quoi susciter la venue à leur congrès d’une quinzaine de ministres, dont le premier d’entre eux, aujourd’hui, et d’Emmanuel Macron lui-même jeudi, pour tenter d’apaiser les tensions. Mais les élus locaux ont prévenu : ils sont décidés à se faire entendre et les initiatives devraient se multiplier durant ces trois jours, après les actions « villes mortes » des dernières semaines. Saisir le Conseil constitutionnel et refuser de participer à la Conférence des territoires pourraient constituer les deux cordes à l’arc protestataire de l’Association des maires de France (AMF), a averti son vice-président, André Laignel, hier sur France 2.


Nous refusons de nous faire hara-kiri et de faire payer à nos concitoyens les choix budgétaires du gouvernement, plaident également les élus communistes dans un appel aux maires de France qu’ils distribuent dès aujourd’hui au Parc des expositions de Paris, où se tient le congrès. Ils s’y engagent non seulement à déposer une question prioritaire de constitutionnalité sur le projet présidentiel à l’endroit des collectivités, mais aussi à ne pas signer les contrats avec l’État sur lesquels Emmanuel Macron entend faire reposer les économies à réaliser. Face au plan machiavélique pour transformer les élus locaux en fonctionnaire de l’austérité libérale (…) il faut arrêter de recevoir gentiment le président de la République et le chef du gouvernement, qui chaque fois viennent avec un peu de pommade et annoncent le lendemain de nouvelles suppressions brutales, a assuré ce week-end Patrice Bessac, le maire de Montreuil et président de l’Association nationale des élus communistes et républicains, qui demande à être reçu par l’Élysée.


Que certaines gazettes se fassent donc l’écho du découragement des élus communaux, nous n’allons pas nous en plaindre. Mais, nous estimons, quant à nous, qu’il n’y a rien de bien neuf sous le ciel macronien. Du reste, le tapis n’avait-il pas été déroulé par les prédécesseurs ?

S.M.


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