journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
AOÛT 2018
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
Seabubbles, abribus purificateur, taxis volants et Hyperloop ... C'est l'été, Lyon Capitale nous fait rêver !
par Stéphane

Lyon Capitale a donc choisi de nous faire rêver : Lyon prépare les transports de demain. Si, si !
Des poncifs du photovoltaïque forcément propre, à l’application qui nous simplifie forcément la vie, l’innovation technologique est devenue un marronnier de la presse bien-pensante. Leurs publireporters ânonnent sans ciller un bréviaire du système technocapitaliste sensé nous rassurer devant tous les malheurs qu’il produit lui-même. Le numéro de l’été de Lyon Capitale est absolument exemplaire…de ce cauchemar éveillé. Petit florilège.


 
Chouette, pour interroger les transports de demain, Lyon Capitale va nécessairement interroger la spéculation foncière, le libre accès aux transports, la coopération économique entre les territoires, le nœud ferroviaire lyonnais et un autre urbanisme, non plus basé sur une métropolisation mortifère mais sur des biorégions urbaines, avec un pacte ville-campagne équilibré, permettant la réduction des mobilités.
Car oui, à rebours de la bien-pensance, il faut ralentir et limiter de façon la plus harmonieuse possible les mobilités contemporaines toujours plus dépendantes du charbon, du pétrole et de réseaux numériques mondiaux qui émettent autant de GES que le trafic aérien international. A rebours de l’ordolibéralisme, il faut limiter les mobilités forcées et coûteuses d’une large partie de la population, qui ne voient dans les taxis volants et hyperloop que des caprices de riches ou des plaisirs urbains éloignés de leur problématique de mobilités quotidiennes.

Sur 12 pages, tout journaliste avec un peu de déontologie nous aurait rappelé combien l’inanité du développement urbain de Lyon, vendue aux banquiers et spéculateurs, ne permettra jamais d’imaginer des mobilités et des transports trouvant un juste équilibre entre justice sociale, préservation de l’environnement avec des logiques économiques devant être subordonnées à ces deux impératifs des politiques publiques de transports.
Hélas, sur 12 pages, les plumitifs ont réduit cette problématique majeure pour l’ensemble de l’aire urbaine lyonnaise à un catalogue d’innovations technologiques, forcément connectées et propres, parfaitement adaptées à la bourgeoisie lyonnaise et aux investisseurs qui ne voient dans Lyon qu’une source de profits qu’ils espèrent les plus rentables possibles.
L’exploit est d’ailleurs double : Les publireporters ont aussi réussi à accumuler toutes les bêtises du développement durable pour le plus grand bonheur des annonceurs et des adorateurs de la « startup nation » chère à notre baron local et son banquier de président.

Commençons tout d’abord par le catéchisme de la classe dominante - qui ne voit évidemment la question des transports qu’à travers son regard de dominant - en la personne de Christophe Sapet, le patron de Navya, un joujou connecté qui trimbale des clients sans chauffeur.
Avant de rapporter sa prose, il faut noter qu’aucun usager, syndicaliste, bénéficiaire du RSA ou banlieusard smicard n’a été interviewé. On se demande bien pourquoi.
Bref, revenons à ceux qui font l’histoire représentés par M. Sapet : « la moitié de mes ingénieurs n’ont pas de permis, ils ne veulent pas le passer, ils n’en voient pas l’intérêt ». Le mépris de classe dans toute son infamie. La femme de ménage camerounaise qui habite Vaulx-en-Velin et qui, tous les matins, nettoie les chiottes de ces ingénieurs appréciera sans aucun doute.


Heureusement, notre Président par intérim de la Métropole de Lyon, sauve l’honneur quelques lignes plus loin : « La mobilité, ce n’est pas que mieux respirer (ndt : si un peu quand même), c’est le désenclavement de certains quartiers. Je pense au Mas du Taureau à Vaulx-en-Velin. Est-ce qu’il faut du tram ou des bus à haut niveau de service ? La question est ouverte, mais il faut y amener de la mobilité ».
M. Kimelfeld, en 1998, il y a donc 20 ans, une pétition recueillait 3000 signatures au Mas du Taureau pour faire venir le tramway. La seule réponse du baron Rivalta (le Président du SYTRAL de l’époque) fut celle-là : « un bus en site propre pour les Vaudais, ça ne serait déjà pas mal ». Et ce site propre pour le C3 entre la Grappinière et Lyon, monsieur Kimelfeld, il aura fallu attendre 20 ans pour en voir quasiment la fin. Le tramway pour desservir le Grand Stade a été décidé 10 ans après et terminé 5 ans avant le site propre du C3. Le mépris de classe, c’est aussi cela !
En effet, le Plan de Déplacement Urbain répond d’abord et avant tout à une idéologie ultralibérale de la ville utilitariste qui place certains habitants, les plus fragiles, en situation de vulnérabilité économique et sociale. Cette tendance pose des questions d’équité, notamment en termes d’accès aux ressources urbaines, dont l’emploi.
Et cette équité sociale, territoriale et environnementale, n’est évidemment pas interrogée dans ce publireportage de Lyon Capitale tout acquis à la cause de l’innovation au service des premiers de cordée.

Passons donc sur ce mépris de classe, impensé classique de notre baronnie ; la préservation de son pouvoir dominant passant nécessairement par l’aliénation de l’individu et son exploitation.
Et regardons de plus près ce que nous prépare non pas Lyon (et donc ses habitants), comme le titre réducteur nous l’indique, mais ceux qui se sont accaparés notre ville. Prenons les exemples dans n’importe quel sens, car tout ceci n’a ni queue ni tête :


En exemple à un scénario où Lyon aura fait le seul choix possible de remettre sa destinée entre les mains de startup numériques, Lyon Capitale écrit ceci : « Pour diminuer la dépendance au nucléaire, les panneaux solaires (propres eux aussi) se sont faits plus nombreux sur les toits et les réseaux électriques fonctionnent en réseau (ndt : quand on ne comprend pas de quoi on parle, on finit par écrire n’importe quoi) ».
Au-delà du fait que le « journaliste » ne précise pas qui va payer la multiplication de ces panneaux solaires, comment peut-on continuer à asséner que les panneaux solaires sont propres et qu’ils sont une alternative à la dépendance au nucléaire ?
L’aveuglement devant la « technique qui résout tout » empêche de voir que ces panneaux sont majoritairement fabriqués en Chine dans des usines qui tournent avec de l’électricité issue de centrale…à charbon.
Les patrons de Lyon Capitale seraient fort sagaces d’éclairer (…) leur scribouillards en les envoyant à Leshan, le cœur asphyxié de la production mondiale de panneaux solaires. Ils seraient sans doute interdits de voir que 40 kilos de charbon sont nécessaires pour produire un panneau solaire de 1 m sur 1,5 m, dont la durée de vie est estimée à 20 ans.
La bourgeoisie externalise les coûts environnementaux et humains pour sa propre survie. Ce n’est pas elle qui versera une larme sur l’exploitation de l’Homme et de la terre dans des contrées lointaines tant que cela sert son confort et sa position dominante.
Il me semblait que le journalisme servait au moins à dénoncer cela…

Il est toujours cocasse de voir les pourfendeurs des « vieilles religions » s’agenouiller devant les nouvelles. Qu’elles s’appellent nouvelles technologies ou progrès, elles donnent de l’espérance au croyant. Les nouveaux Evangiles nous parlent du Saint « zéro émission carbone » qui va sauver la planète parce que c’est bon pour l’environnement. Et les prophètes de cette Bonne Nouvelle n’ont aucun mal à rasséréner les peuples à travers la publicité et des politiciens qui n’ont qu’un seul objectif celui de cacher des vérités incommodantes. La première pour éblouir les consommateurs, les seconds pour endormir les électeurs.
De BFMTV à Anne Hidalgo en passant par Le Point, Macron et Les Echos, tous les supplétifs du capitalisme le plus mortifère se sont prosternés devant ce miracle technologique qu’est le seabubble qui va rapporter de l’argent à la startup qui l’a inventé tout en sauvant notre planète. Amen.
A 140 000€ pièce, la version 4/5 places va faire rêver le bourgeois et ceux qui se repaissent de l’uberisation de la société. En effet, n’imaginez pas que c’est un service public du transport fluvial qui est interrogé dans cette débauche de technologies miraculeuses, mais bien les VTC et autres systèmes basés sur l’autoentrepreneuriat et l’exploitation de l’homme par l’homme.
Et Lyon respirera mieux, puisque c’est écrit !

L’entrevue de l’inventeur du Seabubble dans Lyon Capital(e) est un formidable condensé du technocapitalisme qui nous broie. Elle commence par la même antienne (au sens liturgique du terme) en targuant d’aller au bout de la démarche écologique qui est « de ne pas utiliser le nucléaire ou le charbon, mais le solaire, le vent et le courant ».
Je ne radoterai pas sur cette stupidité (voir partie de ce texte sur les panneaux solaires) hélas devenue Sainte Parole à force d’être psalmodiée dans tous les outils de propagande de la classe au pouvoir et répéter ad nauseam par des politiciens sous le charme de ce Veau d’Or 2.0.

Je rajouterai toutefois un élément à cette tambouille apocalyptique.

Sur le site de cette startup forcément moderne, l’accroche va sans doute rappeler quelque chose au lecteur : « Make our cities flow again »…
Passé cette étape déjà vomitive, le site web nous donne moult détails techniques sur cette machine tant désirable, avec le très classique : Battery power : 21,5 kW/h (Lithium-ion NMC) - Autonomy : 2h00.
Ce verbiage technique est tellement tombé dans le langage courant, qu’il est devenu inutile de le traduire, mais hélas aussi de l’expliquer.
Alors au « Grain de Sel » on résume : 2 tonnes d’eau pour fabriquer une batterie (d’une autonomie ici de 2 heures) et voilà qu’au Chili, gros producteur de lithium, le détournement de l’eau pour le récupérer assèche progressivement les vallées du désert d’Atacama, fragilisant un peu plus chaque jour l’agriculture vivrière.
Et lorsque l’usage du lithium pour les véhicules électriques (qui remplaceront les thermiques avec un aveuglement total sur leur impact écologique) atteindra celui, exponentiel, des smartphones, la tension sur le lithium, l’eau et les terres rares va devenir insoutenable. Avant ces inévitables crises des métaux, la startup qui a créé le Seabubble aura déjà été revendue avec des profits substantiels pour leurs inventeurs. Là est évidemment l’essentiel.
L’extractivisme est un fléau d’autant plus indolore pour notre quotidien qu’il se passe loin de chez nous. Nous vivons dans un monde fini…Mais il est vrai que les photos sur papier glacé de cet extractivisme mortifère sont moins sexy qu’un engin moderne volant en effleurant les flots.


Mais le technocapitalisme, ce n’est pas uniquement nous vendre du bonheur connecté et durable. C’est aussi taper sur l’ancien monde. Le patron de cette startup s’y emploie avec la même vigueur critiquant les méchantes règles et nos modèles rétrogrades qui empêchent l’épanouissement de la « startup nation » prenant en exemple ce si moderne pays qu’est Dubaï.
Et forcément pour que cela marche, notre guide moderne nous rappelle le seul modèle économique viable : une application, un client et un tâcheron payé à coup de lance-pierre sans protection sociale. Miam !
Cette entrevue ne pouvait alors que se terminer ainsi : « le développement des Seabubbles à Lyon est d’une logique implacable ». Fermez le ban. Et notre gueule aussi ?

De ce numéro estival de Lyon Capitale, je pourrais aussi rapporter l’article sur la technologie qui va supprimer les bouchons, les abribus qui vont purifier l'air ou le test du forcément génial Vélo’v du publiciste Decaux qui se fiche comme une guigne du vélo. Mais l’homélie commence à être un peu longue.
Toutefois, La messe ne serait pas complète sans le chant d’envoi. Car grâce aux fruits reçus à l’eucharistie, et ce dossier de Lyon Capitale y ressemble sacrément, nous devons être missionnaires de la Bonne Nouvelle ! Tressaillez donc de joie, la quatrième révolution industrielle est là, avec des startuper qui portent bien évidemment l’écologie sociale en pendentif !

Au « Grain de Sel », notre Révolution, on souhaite l’ancrer dans les réalités de ce monde. Notre référence serait donc plutôt Marx qui écrivait il y a 150 ans que « la production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production social qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur. ».
Puiser dans les réflexions du métabolisme chez Marx est hors de l’imaginaire des puissances de l’Argent et de leurs outils de propagande.

Au « Grain de Sel », nous ne cesserons donc de répéter que l’électricité n’est pas une énergie (elle ne fait que la transporter) et qu’elle délocalise la pollution. Ces nouveaux colifichets modernes « zéro émission » restent totalement dépendants de la chaleur fossile.
Entre le retour des tâcherons uberisés et le charbon qui pourrait remonter sur la première place dans la demande mondiale d’énergie, le nouveau monde de Macron et ses idolâtres locaux nous fait dangereusement revenir au 19ème siècle.
Seuls un sursaut citoyen et un renversement de la pensée (la métanoïa chère aux Grecs) pourront faire stopper cette fuite en avant qui nous mène droit dans le mur.


0 commentaire



Ajouter un commentaire
Votre commentaire sera validé apres vérification.

Les champs en gras seront visibles sur mon site
Prénom ou Pseudo (*) 
Email (*) 
Message  (*) 
Adresse IP : 54.196.5.6
 
(*) champs obligatoires