journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JUIN 2018
débats d'idée - champs libre
Geoffroy Roux de Bézieux : Un patron dans les rails
par Michel S

Laurent Wauquiez, chef des Républicains et président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, s’efforce, en pure perte, d’adopter une stratégie qui frôle le précipice : comment apparaître économiquement plus libéral que M. Macron, et, comment, dans le même temps, singer la posture identitaire que Mme Le Pen incarne ? Comment, en somme, défendre l’Europe supranationale, côté jardin, et, distiller, côté cour, la vulgate xénophobe et poujadiste ? Un vrai poker pour Laurent Wauquiez, un poker menteur ! Du coup, on préférera, peut-être, la franchise d’un des candidats à la présidence du MEDEF, M. Geoffroy Roux de Bézieux. Toutefois, celle-ci n’offre rien de plus rassurant. Le franc-parler de ce manager a la forme d’une ambition non dissimulée : celle d’un monde dirigé comme les sociétés du CAC 40. « Le pouvoir politique n’a pas le monopole de l’intérêt général. Il est donc important que le Medef soit une voix claire et forte », déclare-t-il. À ne guère prendre à la légère, on s’en doute…


"Le Progrès" de Lyon (édition du 22/06) accorde un interview à l'un des candidats en lice pour la présidence du MEDEF, à savoir Geoffroy Roux de Bézieux, issu d'une ancienne famille de la haute bourgeoisie lyonnaise. Que regrette, avant toute chose, le diplômé de l'ESSEC et de Paris-Dauphine ? Le fait que la France soit toujours championne de la dépense sociale. Je le cite : "C'est un fait, nous avons une dépense publique très élevée, notamment au niveau des dépenses sociales." L'œil du patron, pourrait-on dire. Car, M. Roux de Bézieux n'est jamais gêné, en l'occurrence, par le budget militaire ou sécuritaire ou encore celui du secteur nucléaire. Évidemment, il corrige sa posture et demeure réaliste dans la phrase suivante : "Néanmoins, la solution n'est pas de réduire violemment les aides. Il faut recentrer notre politique sociale vers le retour à l'emploi en améliorant la formation tout au long de la carrière. Il n'est pas normal que les chefs d'entreprise restent confrontés à des problèmes de recrutement alors que le chômage est élevé." En effet. Tout cela paraît logique, sauf, qu'en l'occurrence, c'est souvent le patronat qui refuse de former, qui réclame le beurre et l'argent du beurre, qui veut tout avoir tout de suite, qui exige des employés taillables, malléables et corvéables à merci. D'où le dialogue de sourds entre employeurs et représentants des salariés. À tout dire, pourtant, la réflexion de M. Roux de Bézieux ne surprendra guère.



Ce qui désarçonne dangereusement chez le candidat "patron des patrons", c'est plutôt sa vision du rôle de l'État-nation, ou plutôt son aspiration secrète à ce qu'il disparaisse de la scène. Un fantasme ? Faudra-t-il qu'une nouvelle Mme Arendt surgisse pour écrire : "Le Totalitarisme patronal ou l'univers selon M. Roux de Bézieux" ? Écoutons-le, à nouveau : "Le gouvernement mène une action plutôt pro-entreprises, mais a tendance à dire que les partenaires sociaux sont une force du passé. Le pouvoir politique n'a pas le monopole de l'intérêt général." En bref, dégagez l'arbitre, rien à voir... laissez s'exprimer la loi de la jungle ! C'est l'État-patron. Adieu la République, adieu la Révolution de 1789 ! Que se passe-t-il donc chez notre M. Roux de Bézieux ? Une réminiscence de ses aïeux ? Ou une léthargie consommée chez les émigrés de Coblence ? Je n'ai pas les moyens de mener l'enquête dans les profondeurs du clan Roux de Bézieux. Toutefois, ce dont je suis sûr c'est que la famille, dont l'aïeul fut échevin de la capitale des Gaules, fut anoblie en 1771. M. Roux de Bézieux devrait atterrir : le tiers état a expurgé la monarchie depuis des lustres. À cette époque, le peuple chantait : " Ah ! ça ira, ça ira ! Les aristocrates à la lanterne !" Heureusement pour vous, M. Roux de Bézieux, il n'existe plus de Camille Desmoulins, vous aurez donc la vie sauve, mais un peu de tenue tout de même, vous risquiez de finir dans les rails !

S.M.


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