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AVRIL 2018
débats d'idée - champs libre
Discours aux évêques de France : Non, Macron, tu ne peux servir Dieu et Mammon.
par Stéphane

Les proches et les lecteurs du « Grain de Sel » connaissent le trépied, parfois instable, sur lequel votre serviteur tente de se construire, malgré son âge avancé : Chrétien tendance Basile de Césarée, laïc sans qualificatif derrière, marxiste qui a le défaut de lire toute la phrase du Capital quand notre cher Karl nous parle de la religion comme l’opium du peuple, et en plus une tendance à l’objection de croissance qui me fait penser que le socialisme sans le progrès pourrait avoir quelques avantages. Le publireportage pour son immense gloire de Macron aux Bernardins ne pouvait que me faire réagir.

Le buzz d’abord, avec la seule phrase que le parti des médias a retenu : « Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer ».

Merci patron, mais on n’a pas attendu ta déclaration pour tenter de réparer le lien entre l’Eglise et…ta politique aux antipodes du message du Christ. Entre la chasse aux étrangers, la casse du logement social, le mépris pour les plus faibles d’entre nous et les cadeaux faits aux plus riches sur le dos des classes populaires, il faut avouer que les promesses de nos baptêmes ont retrouvé de la vigueur ! Merci Macron !

Bizarrement d’ailleurs, ses gratte-papier n’ont pas fait référence à Basile de Césarée. Allez, la prochaine fois un petit copié/collé de l’homélie de ce Saint Homme, nommée à propos « contre les riches » :

« L’or sera une corde qui étrangle les gens, jusqu’à quand ?
Il sera un hameçon qui tue, jusqu’à quand ? »
Il entraînera au péché, jusqu’à quand ?
Les richesses seront une source de guerre, jusqu’à quand ?
Jusqu’à quand est-ce qu’on fabriquera des armes, et qu’on aiguisera des épées pour elles ? »

Jusqu’à quand Basile ? Au moins jusqu’en 2022, si personne ne se réveille face à ce falsificateur.


Il est quand même succulent que la bouillie pseudo-intellectuelle en direction des chrétiens de celui qui exhortait que « les jeunes aient envie de devenir milliardaires » tombe dans les mêmes temps médiatiques qu’une autre exhortation en direction des jeunes. Celle du Pape François dans son « Gaudete et exsultate ».
Allez une petite phrase pour démontrer que non, définitivement, on ne peut pas servir Dieu et l’Argent : « En général, le riche se sent en sécurité avec ses richesses, et il croit que lorsqu’elles sont menacées, tout le sens de sa vie sur terre s’effondre. Jésus lui-même nous l’a dit dans la parabole du riche insensé, en parlant de cet homme confiant qui, comme un insensé, ne pensait pas qu’il pourrait mourir le jour même. Les richesses ne te garantissent rien. Qui plus est, quand le cœur se sent riche, il est tellement satisfait de lui-même qu’il n’y a plus de place pour la Parole de Dieu, pour aimer les frères ni pour jouir des choses les plus importantes de la vie. Il se prive ainsi de plus grands biens ».

Penser que Macron a parlé en conscience est un aveuglement devant celui qui symbolise totalement « les eaux froides du calcul égoïstes ».
Sait-il seulement, ce bonimenteur, que deux grandes figures du christianisme nous ont quittés ces derniers mois et qu’il devrait plus sincèrement lire leurs réflexions au lieu de solliciter des scribouillards élevés au même sein du capitalisme mortifère.

Denis Vasse tout d’abord. Jésuite et psychanalyste, expliquait dans « l’homme et l’argent », que « le pouvoir donné à l’argent se substitue en l’Homme au pouvoir de Dieu. Subtilement, inconsciemment, l’Homme se met au service de l’idole qu’il a fabriquée. Il s’enferme dans un fantasme de toute puissance. Alors la parole de vérité ne peut plus germer en lui.



Maurice Bellet, ce prêtre, théologien et philosophe, ensuite. Dans son livre « translation », le sous-titre est un appel à l’alternative, à la Révolution : « Croyants (ou non), passons ailleurs pour tout sauver ».
Et ce sous-titre se retrouve expliqué ainsi à la fin du livre : «…Et donc il y a une suite. En particulier, une sorte de diffusion dans tous les domaines où l’humain de l’humain est en jeu, cette puissance transformante qui ne se résigne jamais au triomphe de l’en-bas. Ce sera dans le soin, dans l’éducation, dans l’action publique, dans la pensée. Pas du tout comme une sorte d’emprise de la religion dans ces domaines dits profanes, ni non plus comme un discours édifiant sur toutes choses, mais qui n’entame rien. Il y aura dans ce souffle capable de mouvoir et transformer la pâte humaine, une humilité radicale ».


Que l’on se rassure donc, chez Macron, il n’y a ni volonté de transcendance ni volonté consciente de lier politique et spiritualité. Ce serait lui porter trop de profondeur. Ce vulgaire politicien de l’ancien monde joue plus classiquement la division.
Que l’on se rassure donc, ce discours prétentieux n’avait ni l’ambition de rester gravé dans l’histoire ni de porter un corpus idéologique remettant fondamentalement en cause la laïcité. Cela aurait au moins eu le mérite de penser que Macron avait des principes, aussi nauséeux soient-ils.
Non, son verbiage produit par des communicants maîtrisant parfaitement le copié/collé du dictionnaire de la Bible n’avait comme seul objet le marketing politique en direction d’une imaginaire communauté catholique. Il fera aussi un autre plan de comm avec Jean-Pierre Pernaut. Bernardins et TF1, même refrain.

Dans quelques semaines, soyons certains que lorsqu’il sera invité par une loge maçonnique, il portera au pinacle les valeurs de la laïcité comme bouclier contre les dérives des religions. Le discours et les références seront tout aussi fines, car il a aussi des gratte-papiers qui maîtrisent les penseurs de la laïcité de Voltaire à Pena-Ruiz. La théorie du « en même temps » ad nauseam.


D’ailleurs, a-t-on encore un écho, quelque part, de son show inepte ? Macron lui-même n’en reparlera plus. Il a déjà oublié ce qu’il avait dit, ce qu’on lui avait écrit. Les chrétiens devraient plutôt être en colère : On connaît le regard que porte le Christ sur les Hypocrites.
Dans son discours - qu’il serait injurieux pour le curé de comparer à une homélie – notre startuper à l’indécence la plus infâme : « Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. Et il ne me semble ni sain ni bon que le politique se soit ingénié avec autant de détermination soit à les instrumentaliser soit à les ignorer ».
Emmanuel, que tu portes mal ton prénom… Alors oui au lieu de nous instrumentaliser, ignore nous.

Macron n’est pas là pour porter des valeurs en bandoulière, mais pour servir ceux qui l’on réellement élu. Non pas ceux qui ont craqué devant l’épouvantail Le Pen fabriqué par le parti des médias aux ordres ou ceux qui pensent sincèrement que la start up nation va nous sortir de cet ancien monde fait d’infâmes services publics et d’inutiles fonctionnaires. Non, c’est la phynance qui est au pouvoir, Macron est son zélé serviteur, et elle n’a pas de religion ou elle les a toutes en fonction de son propre intérêt.

Macron n’est ni laïcard ni grenouille de bénitier. C’est un capitaliste. Point. Les valeurs, qu’elles soient chrétiennes, libérales ou socialistes sont de trop lourds carcans pour un idolâtre du Dieu Marché. Il ne les utilise que si elles peuvent le servir.
Voilà ce que nous a confirmé le discours chez les Bernardins. Rien de plus. Rien de moins.
 


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