journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
AVRIL 2018
débats d'idée - champs libre
A Lyon, la « smart city » fait ses premières victimes
par Stéphane

Les lecteurs du « Grain de Sel » seront sans doute moins surpris que ceux de « la Tribune de Lyon » en lisant l’article de cet hebdomadaire, plutôt bon élève du « parti médiatique » au service de l’ordre établi local. Pourtant, celui-ci titille, gentiment – faut pas déranger quand même – la ville connectée qui se laisse avoir par une vulgaire panne de chauffage.

Certes, le contrôle de la norme écrite par la bourgeoisie au pouvoir permet quelques écarts à la « bien pensance » pour faire croire à leurs journalistes qu’ils sont libres et aux lecteurs qu’ils tiennent dans leur main, un journal d’informations critiques, mais ce genre de dérapages contrôlés confirment, à posteriori, les thèses défendues par « le Grain de Sel » et permet, l’espace d’un instant, aux lecteurs de rebrancher leur esprit critique volontairement atrophié par la publicité et la novlangue techno de nos barons locaux.

L’information tout d’abord : Le K - six bâtiments construits à Confluence annoncé à grand renfort de publireportage comme l’acmé de la ville moderne – a vu sa chaudière s’arrêter totalement, privant ses occupants de chaleur et d’eau chaude.
Le ringard service public a dû venir en aide aux naufragés de la « smart city » en ouvrant un non moins ringard gymnase public.



Arrêtons-nous d’abord sur la communication publicitaire de ce bâtiment, comme par exemple : « L'îlot « K » à Lyon, un millefeuille de mixité et de technologie. L'îlot K à Lyon est l'un des premiers bâtiments compatibles avec le réseau Smart Grid. Conçu sur les principes de mixité verticale et de durabilité, il a été primé en 2013 par la Fédération des promoteurs immobiliers dans la catégorie innovation ».
Je n’en écris pas plus, la suite du publireportage n’étant qu’un alignement de poncifs technocapitalistes qui sont à la réalité ce que la McDo est à la nourriture. De plus « le Grain de Sel » a suffisamment exprimé son avis sur ce sujet pour ne pas en rajouter une couche.

Si les pannes de chauffage n’ont rien de bien surprenant dans les appartements de l’ancien monde dans lequel nous vivons encore tous majoritairement, le « Grain de Sel », cette fois-ci souhaitait s’arrêter sur la réaction d’un habitant du K face à cette ville connectée et donc forcément moderne : « Et si la chaudière venait à marcher à nouveau, je ne le saurais pas, puisque la télécommande virtuelle qui nous permet de gérer le chauffage ne fonctionne plus. Et manuellement, on ne peut rien faire. »

Cette phrase, à elle seule, symbolise toute notre aliénation forcée à une société technicienne qui nous impose des prothèses numériques (la télécommande), nous rend abstrait le fonctionnement de notre lieu de vie (la virtualité de la télécommande) et nous interdit toute habileté humaine (manuellement on ne peut rien faire). Pire, elle nous empêche tout examen d’alternatives, et donc tout pouvoir citoyen.

Alors que la communication technopolitique augmentée par le verbiage numérique a réussi à faire passer toute spéculation immobilière pour un projet urbain et Bouygues ou Nexity pour des partenaires de notre urbanité, nous ne pouvons rester insensibles à ces escrocs en bande organisée qui volent notre bien commun, notre ville, et notre capacité de la coconstruire en fonction de nos besoins. Dans la Métropole dépendante de réseaux énergétiques monstrueux, au sens étymologique de conformation contre nature, le capitalisme régnant a fait perdre toutes ses dimensions politiques et sensorielles au terme d’habiter.

A Lyon, en 1744, des dizaines de milliers d’ouvriers s’étaient révoltés contre Vaucanson qui voulait rationnaliser les rapports de production et l’organisation du travail des tisserands en les dépossédant de leur savoir-faire. Ces précurseurs des luddites mériteraient que les citoyens actuels reprennent ce flambeau pour affirmer haut-et-fort ce refus de ces abstractions techniques qui nous aliènent. Ne croyons plus que davantage de progrès techniques répareront les dégâts de la modernité.

Et au « Grain de Sel », on aime aussi rappeler l’ineptie de la « smart city » avec cette photo prise cours Gambetta…un écran qui comptabilise le nombre de vélos passés sous ses lumières numériques.

Ne cherchez pas, cela ne sert à rien, à part faire nous faire croire à une quelconque modernité. On vous rétorquera que c’est un panneau solaire qui alimente en énergie cette babiole 2.0. En oubliant, une fois de plus, de rappeler que les métaux pour le construire proviennent d’un extractivisme mortifère qu’il faudra réitérer régulièrement devant la faible longévité de ce gadget.

Et pour revenir au titre de cet article de « la Tribune de Lyon », il aurait dû être « légèrement » modifié pour entrer dans les canons du journal des communistes de la Croix-Rousse : notre impuissance devant cette usine à gaz qui a provoqué cette panne n’est pas un dégât collatéral de la « smart city ».
Non, elle est intrinsèque à la ville connectée.

Et si nous ne retrouverons pas une quelconque autonomie dans une métropole capitaliste, n’imaginons pas non plus qu’une ville socialiste, par nature, puisse se sortir de cette imposture. George Orwell dans « le quai de Wigan », nous alertait déjà sur les « socialistes qui se pâment d’enthousiasme devant le progrès technique ».
Non, rappelons comme Orwell, que ne pas adorer ce nouveau Veau d’Or, ce n’est pas vouloir revenir « à l’état de nature, c'est-à-dire quelque nauséabonde caverne du paléolithique ».
Oui, c’est bien de ce technocosme qu’il faudra sortir pour reprendre possession de notre ville et toutes les facettes de notre urbanité.


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