journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JANVIER 2018
débats d'idée - champs libre
Bruno Bonnell : Une Appli 2.0 de la pensée dominante
par Stéphane

Comme il le dit fort bien, il aura donc fallu 6 mois au technocapitaliste Bonnell, le député de Villeurbanne, « pour apprendre le métier » de petit télégraphiste du macronisme triomphant. 6 mois après : Mission réussie ! Son interview dans le "Progrès" du 20 janvier est exemplaire !

 
En même temps (sic), le père Bonnell s’est donné du mal : pour tenter de tutoyer la pensée complexe de son idole, il a fait vœu de silence, préférant la contemplation à l’action.
Il y a d’ailleurs mis tellement de zèle qu’il fut honoré du titre de député le moins assidu aux séances d’une assemblée censée représenter le peuple.
Il ne voulait pas parler « à tort et à travers », rétorque-t-il à toute remarque forcément gauchiste qui viendrait critiquer cette légèreté dans la mission que les Villeurbannais lui ont assignée.

Ce député, qui a sans doute confondu Anguille et sa douceur fiscale avec Aiguillon demandant l’égalité fiscale un certain 4 août 1789, est un parfait représentant de l’apolitisme qui règne dans les rangs d’un groupe parfaitement suradapté au totalitarisme capitaliste.

N’avoir comme seule mission durant six mois que d’appuyer de façon pavlovienne sur un bouton adoubant tout éternuement de paltoquets ministériels n’aide pas à la compréhension de notre monde.
En même temps (re sic), ce n’est pas ce que notre startuper de président lui demande.

Le résultat fut donc à la hauteur de cette insupportable attente et le titre du Progrès du 20 janvier résume tant la vacuité que l’inanité d’un macronisme dont les acteurs semblent tout droit sortis des Cacaniens du chef d’œuvre inachevé de Musil, « l’Homme sans qualités ».

« Au nom du social, on fait passer Villeurbanne à côté du progrès ». Musil se moquait des Cacaniens pleins de certitudes inébranlables cachant leur existence insuffisamment fondée. « L’homme sans qualités » chez Musil était apolitique, simple caisse de résonance d’un Etat où les paroles et les actes de chacun disparaissent sous la technocratie dominante.

Cette saillie de Bonnel, au-delà de sa bêtise crasse, en est une parfaite illustration : L’Etat, qui sert les intérêts de sa classe, ne lui demande pas de représenter le peuple, juste de justifier, jusqu’à la violence verbale (Collomb se chargeant de la violence physique), le soutien coûte que coûte à la phynance mondialisée.

« Au nom du social, on fait passer Villeurbanne à côté du progrès ». L’absence totale de conscience politique de Bonnel nous saute au visage et la violence banale de ses mots inquiète. Elle nous inquiète non pas par rapport à celui qui les a dits, en a-t-il juste compris le sens profond ? Non, cette violence banale des mots illustre trop clairement la sortie du politique chez certains nouveaux députés.

Dans « l’Homme sans qualités », la politique devenait simple intendance des affaires en cours. Impersonnelle et statistique, elle se désintéressait totalement des préoccupations majeures du peuple. Le petit télégraphiste de la startup nation ne pouvait qu’ânonner bêtement un catéchisme où les migrants, le logement social ne pouvaient être que des freins au Saint Progrès 2.0.

« Au nom du social, on fait passer Villeurbanne à côté du progrès ». Rappelons-nous Macron interpelé sur le progrès social devant la statue de Clémenceau : « Le progrès social, c'est celui qu'on peut se payer soi…Comme dirait le Général, on va pas sauter comme des cabris sur une chaise en disant 'progrès social, progrès social' si on ne sait pas se le payer ». Tout commentaire serait superflu.

Le député Bonnell, en bon perroquet ravi de sa cage d’acier, répète à l’envi l’Evangile de l’ordolibéralisme.

Que l’on se rassure, si demain les migrants et le logement social devenaient modernes aux yeux de la phynance, le perroquet Bonnell pourrait tout aussi facilement éructer que le progrès de l’humanité ne se réduit pas au  numérique et à la courbe du PIB.

Voilà la médiocrité dans laquelle nous sommes tombés. Le pire est que les paroles de Bonnell ne sont même pas des positions politiques et idéologiques. Juste des postures, de la publicité. Elles méritent à peine le mépris.

M. Bonnell, le « Progrès ne vaut que s’il est partagé par tous », n’est pas uniquement une pub de la SNCF. Aristote et ses réflexions sur l’altruisme vous ferait sans doute le plus grand bien. Et à Villeurbanne, comme dans de nombreuses villes, ce mot a encore un sens qui se concrétise en actes.

On sait hélas que vous n’êtes pas ici pour en donner à votre action de député.



1 commentaire

De lll - Envoyé le 27/01/2018 00:09:10
Pas de commentaire sur le fond - désolé, je ne suis pas lyonnais, ni coco. Mais sur la forme, comme c'est réjouissant un texte bien écrit, et sans même les fautes les plus courantes (style "sensé être" au lieu de censé, ou "à l'envie" pour a l'envi. Sur ce point - au moins - compliments à vous.


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