journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JANVIER 2018
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
La fin des aéroports ? Non, nous ne verrons pas cela un autre jour !
par Stéphane

Les échanges sur la fin de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont dû faire exploser les émissions de GES sur les réseaux virtuels français, presque autant que les avions qui auraient dû atterrir en masse pour amener joie, bonheur et prospérité sur un territoire frustré de ne pas avoir une plateforme aéroportuaire à la hauteur de l’égo de certains de ses élus.

Les échanges sur la fin de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont dû faire exploser les émissions de GES* sur les réseaux virtuels français, presque autant que les avions qui auraient dû atterrir en masse pour amener joie, bonheur et prospérité sur un territoire frustré de ne pas avoir une plateforme aéroportuaire à la hauteur de l’égo de certains de ses élus.

Déni de démocratie ? Je serais curieux de voir la tête des habitants de St Sulpice, qui ont voté oui à plus de 80%, si on leur annonçait la bonne nouvelle que finalement l’aéroport s’implantera chez eux. Démocratie ? Cela s’appelle juste NIMBY**,
Intérêt général bafoué ? Cceux qui auront le courage de lire ce texte me diront combien de fois ils prennent l’avion par an…
Bref, l’oligarchie était vent debout contre cette catastrophe qui allait gravement freiner l’attractivité, la compétitivité et tout le blabla ultralibéral, du Grand Ouest.

Pour tout projet d’aéroport, la définition de l’intérêt général est à regarder très finement sous différents angles et à différentes échelles.
Car une évidence doit s’imposer à nous : tout développement aéroportuaire n’impacte pas uniquement le lieu de son implantation mais bien notre planète entière. Voilà sans doute ce que notre imaginaire n’arrive pas à assimiler : NDDL ce n’est pas que le devenir du Grand Ouest. Les émissions de GES qui vont mécaniquement augmenter concernent la planète mais aussi les générations futures. Non, ânonner avec les capitalistes, même repeints en vert, qu’il existe des aéroports qui ne participent pas à l’augmentation des GES relève du boniment. Peut-être le concept d’aéroport sans avion…

Il est ainsi toujours cocasse de voir les thuriféraires de NDDL devant apporter prospérité et attractivité à leurs territoires devenir contempteurs pour un projet aux mêmes visées dans un pays loin de leurs yeux et de leurs intérêts à courtes vues.

Il est toujours curieux de voir ces visionnaires s’inquiéter de la construction de près de 500 nouveaux aéroports dans le monde dans les prochaines décennies au nom de la lutte contre le réchauffement climatique et de ne pas comprendre pourquoi une telle opposition à LEUR aéroport, lui forcément écologique.

Il est enfin tout aussi mystérieux de regretter l’absence du transport aérien dans les accords de Paris (2% des émissions mondiales de GES quand même !) et de ne pas comprendre que non, définitivement, une plateforme aéroportuaire ne peut plus être une vision d’avenir ni pour un territoire, ni pour notre planète suffisamment meurtrie par son exploitation sauvage.

Ainsi, c’est plutôt le ni-ni qui serait une position prospective en phase avec les enjeux du XXIème siècle : ni NDDL ni extension de l’existant.

Oui, nous devons sortir des vieilles rengaines du XXème siècle sur la compétition économique et l’attractivité des territoires qui ne peuvent être assurées qu’avec un aéroport. A ce sujet, comment est-il possible qu’avec toutes ces infrastructures - qui devaient désenclaver, créer de l’emploi, rendre attractif, compétitif…– nous pleurions la désertification de certains territoires et des millions de chômeurs et précaires. Les ultra-libéraux diraient sans doute que nous n’avons pas assez construit d’aéroports.

Et pour titiller un peu encore nos miraculeuses plateformes aéroportuaires, l’INSEE*** nous rappelle que l’Indre et Châteauroux continuent de perdre des habitants et de l’attractivité. « La Nouvelle République » associant même le terme d’hémorragie à ces sombres statistiques.

Pourtant, l’aéroport de Châteauroux, le bien nommé Marcel-Dassault, mise depuis des années sur le développement des vols de passagers. Les oligarques locaux se sont mêmes autocongratulés pour les vœux 2018 en annonçant que six nouvelles destinations allaient être mises en service cette année avec le même verbiage de la pensée dominante de la classe dominante.
Comparaison n’est certes pas raison, mais le minimum pour les anticapitalistes que nous sommes est de ne pas répéter bêtement ce catéchisme ultralibéral qui n’a plus de sens devant les immenses défis sociaux et environnementaux que nous devons relever.

Ainsi, si nous pouvions remettre des « Intercités » quotidiens entre Nantes et Lyon. Si l’ambition de l’attractivité était de développer le cabotage ferroviaire le long de « vélodyssée » pour accompagner le tourisme doux le long de l’Atlantique. Si la fierté régionale était de rapprocher Montluçon de la Rochelle par le train en faisant un stop à Niort pour reprendre sa bicyclette et traverser ce merveilleux « marais poitevin ». Voilà des ambitions adaptées à notre siècle.

Car si aménager nos territoires, en le basant sur des principes de solidarité et de métabolisme (pour citer Marx), est primordial, les ménager est absolument essentiel. La vision politique serait donc de tourner le dos à ce fantasme du tourisme international, de l’homme d’affaires qui passe d’un avion à l’autre.

La vision politique serait de ne pas se réjouir de l’annonce de l’association du transport aérien international qui frémit de bonheur devant un trafic aérien qui pourrait doubler d’ici 25 ans. C’est simplement l’une des plus mauvaises nouvelles de ce début d’année.

L’homme politique responsable serait celui qui n’inaugurerait plus des terminaux d’aéroports mais des gares de proximité et des voies vertes, convaincu que cela participera aussi, et de façon plus harmonieuse, à l’attractivité de son territoire.

Et cet impératif changement de paradigme, c’est l’Etat et son rôle d’aménageur qui doit le porter puisqu’il est censé être le garant de l’intérêt général, et non pas d’intérêts privés, d’une vision prospective pour son territoire. Nous devons donc interroger ce que doit être un projet de territoire du XXIème siècle, ce que Magnaghi et les territorialistes appellent un territoire bien commun, une biorégion. Ce territoire bien commun suppose par définition de sortir des logiques hiérarchiques imposées par la compétition, de sortir de ces vieilles lunes du siècle dernier. L’aéroport en étant l’une des plus nocives illustrations.

Ce n’est évidemment pas ce gouvernement, véritable serviteur de SA classe bourgeoise, qui le mettra en œuvre. L'Etat est au service du capitalisme et de sa production et permet, jusqu'à utiliser la répression, de protéger les structures économiques de toute contestation des salariés et travailleurs. "C'est le pouvoir national du capital sur le travail" comme l’écrivait si justement Marx.

Ainsi, gardons raison face à l’arrêt de NDDL. Ce n’est une victoire ni pour l’environnement ni pour les masses. Vinci et le gouvernement à sa botte ont négocié le bout de gras. Hulot pourra faire le fier à la télé. Quelques enflammés résistants auront leur heure de gloire convaincus que grâce à leur combat homérique, le capitalisme et ses petits télégraphistes auront vacillé.
Demain la classe dominante reprendra sa course folle en avant pour préserver sa domination, la perpétuer par l’accumulation des richesses sur le dos des peuples et de leur environnement.

Et nous rappellerons alors, une fois de plus, que «toute révolution est forcément politique ; on ne peut atteindre l'économique qu'au travers de l'Etat, c'est à dire du politique ». Marx. Encore.

* Les gaz à effet de serre (GES) sont des composants gazeux qui absorbent le rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre et contribuent à l'effet de serre. L'augmentation de leur concentration dans l'atmosphère terrestre est l'un des facteurs à l'origine du réchauffement climatique.

** NIMBY ou Nimby est l'acronyme de l'expression « Not In My BackYard », qui signifie « pas dans mon arrière-cour ». Le terme est utilisé généralement pour décrire soit l'opposition de résidents à un projet local d'intérêt général dont ils considèrent qu'ils subiront des nuisances, soit les résidents eux-mêmes.

*** L'Institut national de la statistique et des études économiques collecte, produit, analyse et diffuse des informations sur l'économie et la société françaises.


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