journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
DÉCEMBRE 2017
regards sur la Croix-Rousse
Ma Croix-Rousse intime
par Judith

Tout ce qui apparemment raté,
loupé,
manqué,
imparfait,
bancal,
emporte instantanément ma tendresse et mon affection.
Les mauvais clichés, les images fantômes à lire en négatif, ne sont pas vains. Je les conserve précautionneusement.
Leur heure viendra.


Vogue
Car certains Croix-Roussiens, oui, semblent porter leurs enfants comme des accessoires de mode

*


Johnny Cash
Depuis quelques jours, ce qui est au mur, chez moi, se détache et tombe. Les posters, les tableaux, les photos et les cartes postales.

Mon appartement est certainement en état de mue.

Je suis curieuse de savoir quelle nouvelle peau il est en train de s'inventer. Mais, j'observe quand même avec inquiétude ma précieuse affiche de Johnny Cash. J'aimerais garder quelques traces de mon ancien intérieur...

A suivre.




La Soierie

Table d'à côté, deux femmes : « C'est vrai que les hommes ne verbalisent pas beaucoup. »


Karaoké
Je jure de ne jamais dire à personne que j'ai réussi à faire chanter du Sardou en karaoké à une bande de communistes croix-roussiens pas si saouls que cela.


C18
- Quel âge as-tu ?

- Combien de miroirs as-tu chez toi ?

- Tu aimes la pluie ?

Dans le bus C18, l'enfant de 8 ans questionne une jeune fille qui semble être sa baby-sitter. La maturité poétique de ses questions me surprend assez pour me sortir de ma lecture. Elle répond chaque fois avec grand sérieux.

Je suis un peu déçue quand je me rends compte, un peu plus tard, qu'ils jouent à ni oui ni non.



Parfois, à la maison, je fais du pain juste pour que cela sente bon le pain quand ceux que j'aime sont de retour dans la maison.


Super U
Moi, je pensais, jusqu'à aujourd'hui, que mes anciens élèves restaient à vie dans une espèce d'état immuable d'adolescence. Une nature d'élève permanente, en quelque sorte. En fait, non.
Ils travaillent, voyagent, vivent en Bulgarie, repartent pour le Cambodge et font leurs courses au Super U Croix-Rousse où ils ont 38 ans.


Johnny-ligne 2
Je n'ai que faire de Johnny, sa musique ne m'inspire pas la nostalgie d'une quelconque époque de ma vie, mais ce matin, dans le bus, quand l'une de ses chansons est passée à la radio (même pas une bonne), j'ai sensiblement perçu qu'un fil invisible reliait chacun des inconnus de la ligne 2 à l'écoute de cet air. Nos pensées matinales et éparses convergèrent quelques minutes vers une même appréhension du moment. Ce n'était pas un instant de rien.


Croix-Rousse-PARIS
Il était à Paris. Elle lui souhaitait, de Lyon-Croix-Rousse, une assez bonne soirée, car elle avait du mal à se faire à l'idée qu'il pouvait passer une excellente soirée loin d'elle (bien sûr, elle se sentait immédiatement coupable de cette pensée peu généreuse).





Croix-Rousse 50 ans

Hier, j'ai croisé ma très vieille petite voisine du 6e étage. Elle s'est mise a pleurer en évoquant son mari mort il y a quelques mois. Elle n'imagine pas passer le nouvel an sans lui. Cette seule pensée la plonge dans un désarroi inconsolable. Quand la porte de l'ascenseur s'est refermée sur elle, j'avais son petit visage tragique et hagard planté dans la rétine.

Elle a eu le temps de répondre à ma question : combien de temps avez-vous vécu ensemble ?
- 50 ans.

Je me suis de nouveau dit que la passion amoureuse circonscrite dans le temps était vraiment un truc à la portée du premier imbécile venu. Un truc de petits joueurs du dimanche.

50 ans ou rien.

Parce qu'il passait le plus sombre de son temps à ricaner méchamment sur le monde, sa bouche finit en une seule fente maline sans plus de lèvres pour embrasser les filles ou les garçons sans plus de dents pour mordre la pomme ou la peau.



"La météo marine sur France Inter, c’est un petit bulletin d’information écrit dans la langue énigmatique des marins, qui mine de rien, est entré dans l’imaginaire d’un grand nombre de personnes" (France Culture, A l'écoute de la météo marine).


Mer agitée.

Dans les années 1980, le soir à table en famille, nous écoutions le bulletin d'information de 20 h, puis la météo marine de France Inter.

Mon père s'amusait à transformer l'expression "mer agitée" en "mère agitée".

"Attention, ce soir la mère est agitée"

La répétition quotidienne du bon mot n'a, mystérieusement, jamais fini par nous lasser, ma sœur et moi. Nous en riions tous les soirs. Ma mère, selon son humeur du jour, s'en amusait ou grommelait.

Pendant 5 minutes, j'écoutais le flot poétique de cette météo à laquelle je ne comprenais rien mais dont les mots et le rythme sont encore prégnants dans mon esprit.

Devenant Se renforçant Mer du Nord Front froid Diminuant Golfe de Gascogne mollissant Se creusant Hectopascal Fort Islande s’améliorant Fraîchissant S’intensifiant Modéré agitée moyenne Mille marin Golfe du Lion Pas de changement significatif Quasi stationnaire Tyrrehénienne Revenant Devenant Se renforçant Front froid Diminuant, mollissant Se creusant Attendu Ligure prévu Prévision Se comblant Iles britanniques Suivant Fréquent ou fréquence Hectopascal Fort S’améliorant Fraîchissant Baléares S’intensifiant Isolé nœuds Latitude/Longitude Ile d'Hyères Localement Mètres Modéré agitée moyenne Se déplaçant Sans changement Quadrant Vallée de l'Ebre Rapidement Éparses Fort Averses devenant Shetland Front chaud S'affaiblissant s'affaissant Manche.

La météo marine a disparu des ondes de France inter depuis le 1er janvier 2017 pour raisons économiques.


Le jour où son fils de 17 ans lui demanda l'appartement pour organiser une soirée

FONDUE SAVOYARDE-HIP HOP

elle sut que le fossé générationnel était irréductiblement infranchissable


LES COMMUNISTES
Un jour, à Saint-Jouin-de-Bruneval, village normand proche du Havre dans lequel nous étions surnommés « LES COMMUNISTES», la maman d’une fillette de mon âge vint annoncer à ma mère que sa fille Katia avait lu avec moi et chez nous des « livres pornographiques », qu’elle en avait parlé à table et en paraissait très choquée. Ma mère, interloquée s’interrogea (se demandant, un instant, si mon père ne dissimulait pas des revues érotiques sous le matelas) et je dus me résigner à aller chercher les objets obscènes et licencieux : des bd de Lauzier, M. Veyron, Bretecher et quelques Hara-Kiri devant lesquels nous avions gloussé, durant quelques minutes, cachées derrière le canapé, deux jours auparavant. La maman de katia demanda expressément que ces livres soient hors d’atteinte et de vue quand la petite viendrait chez nous, menaçant ma mère de ne plus autoriser sa fille à se rendre dans notre famille si cette condition n’était pas respectée.
Ma mère répondit alors : « Votre fille ne viendra donc plus chez nous, car je me refuse à toute censure littéraire et artistique dans ma maison »
On ne revit plus Katia.
Le lendemain, dans le village, notre surnom clanique s’enrichit de l’épithète : dépravés.


Texte et photo Judith Wiart



* Le panda décapité du parc Popy



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