journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
MARS 2015
les dialogues du grain de sel
Compagnie Excès Terra
par Stéphane et Philippe

Dialogue avec Judith Wiart et Olivier Perriraz

Excès Terra Cie est un collectif créé en 2005 et localisé rue des Fantasques sur les pentes de la Croix-Rousse. Il mêle plusieurs artistes et techniciens unis pour un projet artistique commun. Les valeurs de l’éducation populaires sont au cœur de notre démarche et le théâtre est notre outil permettant la critique constructive de la société et le questionnement sur ce qui agite le monde d’aujourd’hui. A travers des œuvres contemporaines et classiques, notre volonté est d’aller à la rencontre de tous les publics, et particulièrement ceux les plus éloignés des équipements et événements culturels, et de partager avec eux notre regard sur nos sociétés.


Quelle est l’histoire de la compagnie « Excès Terra » ?

Excès Terra Cie est un collectif  créé en 2005 et localisé rue des Fantasques sur les pentes de la Croix-Rousse. Il mêle plusieurs artistes et techniciens unis pour un projet artistique commun. Les valeurs de l’éducation populaires sont au cœur de notre démarche et le théâtre est notre outil permettant la critique constructive de la société et le questionnement sur ce qui agite le monde d’aujourd’hui. A travers des œuvres contemporaines et classiques, notre volonté est d’aller à la rencontre de tous les publics, et particulièrement ceux les plus éloignés des équipements et événements culturels, et de partager avec eux notre regard sur nos sociétés.

Que ce soit dans la rue, dans les écoles ou les bibliothèques, nos spectacles peuvent être vus par le plus grand nombre et permettent une proximité plus conviviale.
Nous développons aussi un travail avec les équipes pédagogiques et les élèves ou dans le cadre d’ateliers. Ce travail produit des rencontres et des créations artistiques dans lesquelles s’exprime une jeunesse qui va à la rencontre de son propre talent.


Pouvez-vous nous présenter votre spectacle « Victor Hugo, l’âme du peuple » ?

Ce spectacle, présenté au théâtre des Marronniers en novembre 2013, est une mise en scène de certains textes politiques, poétiques et philosophiques de Victor Hugo. De ses discours politiques à l'Assemblée Nationale à son regard philosophique dans « William Shakespeare » en passant par son regard aigu et sombre sur notre société dans « les Misérables » ou « Choses vues », la compagnie « Excès Terra » a voulu montrer la profondeur et la force du discours de Hugo tout en le mettant en scène dans un contexte contemporain.
Ce spectacle met en scène trois comé¬diens et un musicien qui jouent avec les textes du poète avec l’objectif majeur que tous les publics puissent y trouver la résonance qu’ils souhaitent avec la société dans laquelle nous vivons. Notre précédent spectacle, « la fête de Moussa », participait aussi de cette même volonté de mélanger des sonorités et des cultures différentes pour interroger des valeurs universelles comme la solidarité.
Afin de tester la réactivité du public au plus près de son lieu de vie, nous avons aussi réalisé une version de théâtre de rue de « Victor Hugo, l’âme du peuple ». Grâce à Jean Bojko et son TeATR’ePROUVeTe, nous avons sillonné les petites routes du département de la Nièvre, entre hameaux et villages à la rencontre des publics et de leur diversité.

Pourquoi Victor Hugo ? Certaines de ses positions contre le coup d’Etat de 1851, la colonisation ou la fermeture des Ateliers Nationaux ne semblent pas en faire naturellement un symbole de « l’âme du peuple » ?

Au-delà de ses combats contre la peine de mort, la misère et l’in¬justice sociale, sa volonté farouche pour défendre l’école publique et laïque, la liberté, l’accès à tous aux savoirs et cultures en font une figure tutélaire de notre République.
Qui, en France, n’a pas vu ou lu « les Misérables » ou « Notre-Dame de Paris » ? Il ne faut pas non plus oublier que Victor Hugo fut le premier à introduire l'argot et la langue populaire dans le français écrit. « L’âme du peuple », c’est aussi cela.
Et pour répondre à votre question, je rappelle la belle phrase de Rosa Luxembourg que nous tentons de mettre en scène dans toutes nos créations : « La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement ».


A la tribune de l’Assemblée Nationale, Victor Hugo psalmodiait sa pensée philosophique : « les petits doivent être sacrés aux grands, et c’est du droit de tous les faibles que se compose le devoir de tous les forts ». Cet amour de la sagesse, malgré sa complexité, le théâtre et l’éducation populaires sont-ils le moyen idéal pour le transmettre ?

Nous le pensons fondamentalement et les remarques des élèves de terminale d’un quartier populaire, après avoir vu la pièce au théâtre des Marronniers, sont assez éloquentes : « C’est un spectacle pour réfléchir et ouvrir notre intelligence, on s'évade intellectuellement et ça me plait » (Sofiane), « j'ai trouvé ce spectacle très riche en vocabulaire, parfois des choses m'ont échappées mais j'ai retenu que le peuple devait se réveiller » (Medhi), « cela demandait une grande attention du public, une grande ouverture d'esprit. Ca ouvre la réflexion et c'était complexe mais compréhensible et intéressant » (Julien).

Nous sommes convaincus qu’en dépassant les barrières de la culture et de langue, les Hommes se rencontrent. Mais ce dépassement demande un effort individuel et collectif et nous souhaitons éviter la facilité du simplisme pour se faire comprendre de chacun. Ce travail d'éducation populaire est aujourd'hui plus que jamais nécessaire auprès des plus jeunes mais s'avère de plus en plus difficile.
Hugo disait que « la liberté commence où l'ignorance finit ». C’est ce message philosophique, complexe, que nous devons faire passer à nos jeunes. 

Je trouve d’ailleurs les propos du philosophe Lucien Sève très proches de notre état d’esprit : « Si par philosopher on entend s’adonner à la philo médiatisée, je réponds que ça sert à se mystifier soi-même et à mystifier les autres. Si au contraire on a en vue la haute culture logique de la pensée et de l’action, je redis avec Diderot : Hâtons-nous de rendre le savoir philosophique populaire. »


Dans « Torquemada », Victor Hugo fait rencontrer François de Paule - qui incarne la tolérance et l’humilité - et Torquemada - qui incarne le fanatisme et la puissance - et les fait échanger sur leurs conceptions radicalement opposées du monde. La façon dont vous portez les valeurs de l’éducation populaire se base t’elle sur l’impérative nécessité de construire ensemble une communauté de citoyens ?

Le théâtre doit  nous donner à réfléchir par la confrontation des idées. Nous ne devons pas être dans un consensus mou et l’objectif de faire plaisir à tout le monde dans nos représentations car la construction de la citoyenneté est un combat. Victor Hugo dans son discours à l’Assemblée Nationale du 15 janvier 1850 combat ardemment ceux qu’ils nomment « les hommes du parti clérical ». Face à leur intolérance, il répond par les valeurs de notre République, seules à même de lutter contre les replis et les haines de ce qui est différent. 

Ce combat reste terriblement d’actualité et c’est ce message que nous avons voulu faire passer à travers « Victor Hugo, l’âme du peuple » avec cette volonté de toucher les publics les plus éloignés. Nous revendiquons d’ailleurs le terme de « quartiers sensibles » pour nommer ces territoires que certains disent perdus pour la République : leurs habitants sont emplis de sensibilité et nous sommes heureux de la titiller avec nos représentations ! 

C’est aussi pour cela que nous avons fait notre la belle phrase Jean Bojko : « L’artiste est un artisan de la vie en commun».

En faveur d’une instruction publique et laïque, Victor Hugo asséna une réplique à l’assemblée nationale : « Partout où il y a un esprit, partout où il y a un champ, qu’il y ait un livre ! ». Pouvons-nous  illustrer l’engagement de la compagnie Excès Terra par cette réplique ?

Sans aucun doute ! Bousculer et sensibiliser tous les publics, particulièrement les jeunes, sont le cœur de l’éducation populaire et de notre engagement artistique. Par sensibiliser, nous entendons ce qui fait impression sur tous les sens, et la culture est  sans doute le levier le plus puissant pour alerter nos sens, pour donner du sens. Dans « la légende des siècles », Victor Hugo s’élève contre l’indifférence lorsque toute « une nation se change en solitude ».  Comme Hugo, plus modestement, notre engagement se base sur cette volonté de lutter contre l’enfermement et l’individualisme indifférents aux communs et véritables fléaux de notre République.

Comment a été perçue cette « confrontation théâtrale » par ces publics pas toujours habitués à cet environnement artistique ?

Nous vous invitons à lire sur notre blog, les impressions et interventions des élèves de la classe après la représentation de « Victor Hugo, l'âme du peuple » au théâtre des Marronniers à Lyon.
Judith Wiart a accompagné ses élèves dans cette expérience culturelle et sa connaissance des adolescents et de l’éducation populaire est précieuse. Nous sommes bien dans cette lignée des frères Prévert qui allaient dans les usines pour échanger avec les ouvriers sur la situation sociale et politique du pays et du théâtre populaire de Jean Vilar pour permettre à d’autres personnes que la classe bourgeoise de bénéficier de ces enrichissements culturels. 

Faire du théâtre pour les gens qui ne peuvent pas se le payer ou qui n’ont pas la culture pour y accéder est l’essence non négociable de notre engagement qui ne peut fonctionner qu’avec le soutien de  l’État.
Même si tout n’est pas toujours simple, du fait de chocs culturels et de rencontres complexes, les réactions sont toujours passionnantes et une reconnaissance mutuelle se crée à partir de ce partage d’émotions et de réflexions. Ces difficultés nous permettent aussi de ne pas être aveugles devant nos crises sociales et sociétales qui mettent en danger notre pacte républicain.

Justement, quelle est pour vous la situation de la culture en France ?

Avec une politique austéritaire et une baisse de 11 milliards sur 3 ans des dotations versées par l’Etat aux collectivités locales, la culture est la première cible des économies imposées. La ministre de la Culture entend «le risque de fragilisation de la création» mais tente de rassurer en affirmant que «le maintien du budget de la culture pour les trois ans à venir permettra d’y faire face ». Au-delà du doute sur le maintien du budget, elle propose un pacte d’engagement sur 3 ans aux collectivités parfaitement cynique puisque cette promesse contredit la baisse drastique des dotations.

En plus de l’inefficacité et de la dangerosité de cette politique, des maires de droites et d’extrême-droite nouvellement élus profitent de cette purge dans les budgets de la culture pour imposer leurs regards parfois rétrogrades sur la programmation, pour ne plus subventionner des associations pas en phase avec leurs orientations politiques ou pour passer d’une logique de citoyenneté et de réflexions par la culture au divertissement commercial et à la consommation culturelle. La notion de populaire est dévoyée, celle d’éducation oubliée et la capacité de critique est devenue subversive dans l’esprit de ces nouveaux populistes.

A Roussillon par exemple, la nouvelle équipe UMP a retiré sa participation à l’EPCC « Travail et Culture » jugé « marxiste et léniniste » après 30 ans de mobilisations culturelles et associatives au plus près des habitants. La ville voisine de Péage-en-Roussillon suit la même logique si bien qu’il ne reste que deux villes pour soutenir cet EPCC, convaincues par ce véritable service public de proximité. En 2013, 14 000 élèves ont pu rencontrer plus d'une cinquantaine d'artistes et participer à des projets artistiques. Tout ceci est gravement remis en cause.

Cet exemple, parmi tant d’autres, montre la gravité de la situation, mais nous devons continuer à lutter pour le spectacle vivant, l’éducation populaire et la culture accessible à tous partout.

Donc de nouveaux projets dans les cartons pour prouver la pertinence de votre action ? 

Plus que jamais ! Cette volonté de se confronter, de mettre au débat la complexité de notre monde par le vecteur artistique nous impose d’intervenir dans tous les territoires. Nous souhaitons développer l’épicerie culturelle lyonnaise itinérante qui, avec l’aide d’une camionnette, propose, sur les places de villages, dans les territoires ruraux mais aussi dans les grandes agglomérations une offre culturelle gratuite, soutenue par les collectivités locales. Ce concept est également l’occasion de faire découvrir du spectacle vivant, mais aussi des conférenciers dans les domaines les plus divers et sur des sujets trop souvent ignorés des grands médias. La réussite d’un tel projet repose sur la gratuité et la surprise de ce qui est proposé.

Un autre projet nous tient aussi à cœur : réunir dans un même projet, cinq compagnies de spectacle vivant  - Excès Terra Cie, Anou Skan, Artoupan, le Désordre et Soulier Rouge – et proposer ensemble des rencontres avec les élèves et leurs enseignants du second degré sur deux années scolaires de cinq établissements scolaires très différents. La compagnie invitée dans l’établissement proposera un cycle d’éducation artistique qui débouchera sur une création d’un spectacle dans lequel les élèves sont mis en scène. Durant le mois de juin, nous proposons les cinq représentations croisées dans les cinq établissements, sous la forme de tournées, des artistes en herbe que sont devenus les élèves, pour que chaque communauté scolaire se rencontre. 

Il sera indispensable d’impliquer une structure culturelle locale, comme un théâtre, un centre culturel ou une maison des jeunes et comme nous souhaitons que ces spectacles restent gratuits, nous solliciterons rapidement les collectivités locales et les lycées pour un partenariat afin de lancer ce passionnant projet dès septembre 2015.

- Blog : http://www.exces-terra-cie.com
- Page Facebook : https://www.facebook.com/exces.terracie?fref=ts



Ce spectacle, présenté au théâtre des Marronniers en novembre 2013, est une mise en scène de certains textes politiques, poétiques et philosophiques de Victor Hugo. De ses discours politiques à l'Assemblée Nationale à son regard philosophique dans « William Shakespeare » en passant par son regard aigu et sombre sur notre société dans « les Misérables » ou « Choses vues », la compagnie « Excès Terra » a voulu montrer la profondeur et la force du discours de Hugo tout en le mettant en scène dans un contexte contemporain. 

Ce spectacle met en scène trois comédiens et un musicien qui jouent avec les textes du poète avec l’objectif majeur que tous les publics puissent y trouver la résonance qu’ils souhaitent avec la société dans laquelle nous vivons. Notre précédent spectacle, « la fête de Moussa », participait aussi de cette même volonté de mélanger des sonorités et des cultures différentes pour interroger des valeurs universelles comme la solidarité.

Afin de tester la réactivité du public au plus près de son lieu de vie, nous avons aussi réalisé une version de théâtre de rue de « Victor Hugo, l’âme du peuple ». Grâce à Jean Bojko et son TeATR’ePROUVeTe, nous avons sillonné les petites routes du département de la Nièvre, entre hameaux et villages à la rencontre des publics et de leur diversité.

Photo : Olivier


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