journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983

FÉVRIER 2020
polyculture
J’essaie de tuer personne de Sammy Sapin
par Grégoire

Si vous croisez Sammy Sapin une nuit au fond d’un couloir, vous êtes dans la merde.
Vous vivez dans des abîmes de douleur. Vous vous faites dessus. Vous allez bientôt mourir. Vous n’êtes déjà plus capable de reconnaître vos enfants, de vous laver ou d’avaler sans aide une cuillerée d’ersatz de hachis spongieux.
Pire : Sapin n’aura aucun d’état d’âme à vous enfoncer des aiguilles dans la peau, une cuillère au fond de la gorge, à vous déshabiller, à vous farfouiller dans l’urètre avec une sonde.
Et pourtant Sapin n’est pas méchant.
Sapin est infirmier.

FÉVRIER 2020
polyculture
Le Clos Jouve : L'édition à rebrousse-poil
par Etienne

Pour monter une maison d’édition aujourd’hui, il faut une bonne dose d’héroïsme ou une tendance kamikaze. C’est sans doute un mélange des deux qui a poussé Philippe Bouvier et Frédérick Houdaer à fonder les toutes jeunes Editions Le Clos Jouve. L’un est « militant depuis 35 ans, agitateur culturel depuis 25 ans, syndicaliste principalement autour des questions de la santé au travail et de l’éducation populaire depuis 20 ans, cinéphile depuis toujours » ; l’autre, écrivain, éditeur, a dirigé deux collections déjà, donnant naissance à une trentaine de titres.

Entretien.
JANVIER 2020
débats d'idée - champs libre
فرنسا والجزائر: تحيا الحراك! FRANCE ET ALGERIE : VIVE LE HIRAK !
par Michel S et Djamel-Eddine

L’ « Humanité » du 21/23 juin consacre un article à l’état de l’économie algérienne. « L’Algérie prise au piège du pétrole et de l’économie libérale », tel en est le titre. Ainsi, s’explique, en grande partie, le mécontentement populaire. Du reste, le peuple algérien, dans toutes ses composantes, réclame un changement radical et profond, que ce soit au strict plan politique, ou au plan social et économique. Car, si l’Algérie est « prise au piège », c’est aussi parce que ceux qui la dirigent ont tout fait pour qu’il en soit ainsi. En bien des aspects, l’Algérie vit des situations que le peuple français saurait comprendre. Même si les comparaisons entre la France et l’Algérie sont forcément impossibles. Cependant, les tendances demeurent identiques : « Liquidons tout ce qui ressemble au socialisme, de près ou de loin », tel est le credo de ceux qui dirigent le monde. On constate, par ailleurs, les « trahisons » idéologiques des uns et des autres sur l’autel du néolibéralisme.
JANVIER 2020
débats d'idée - champs libre
Nous avons plus que jamais besoin d'Humanité !
par Stéphane

La dernière une de la revue « society », un « quinzomadaire en liberté » forcément moderne et branché, affichait le visage poupon et déterminé d’une jeune adolescente de 16 ans. Et tenez-vous bien, elle allait « sauver la planète suite à son discours devant l’ONU qui a bouleversé le monde ».

J’épargnerai aux lecteurs du Grain de Sel de rentrer dans le contenu du reportage aussi affligeant que le titre mais qui relève bien les maux de notre société du spectacle où une ministre peut humilier sa fonction chez un pétomane. Debord l’écrivait il y a 50 ans : « Dans le spectacle, image de l’économie régnante, le but n’est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre que lui-même ».

JANVIER 2020
débats d'idée - champs libre
Gilets jaunes : La justice est là pour rendre la justice. Pas pour rétablir l'ordre.
par Régis

Rubrique : une magistrature aux ordres ?

Depuis quelques jours, les informations qui remontent de toutes les juridictions françaises sont absolument consternantes. La justice a réagi au coup de sifflet du pouvoir Macronien et met en œuvre sans barguigner la stratégie de violence répressive de celui-ci.

Des incriminations délirantes, des procédures expéditives sans respect des formes, des réquisitions incroyablement féroces et des peines tout aussi invraisemblables. Je n’ai jamais vu une chose pareille dans ma pourtant longue carrière, et même en 1968 (je n’avais pas encore endossé la robe). Cette répression est sans précédent, et c’est une catastrophe de voir l’institution judiciaire, se vivant comme un outil de maintien de l’ordre, revenir à ses vieux démons.

Le maintien de l’ordre relève de la compétence de l’État et de son exécutif. Celle de la justice c’est justement de rendre la justice. Dans le respect scrupuleux et absolu de la loi. Hors de cela elle devient illégitime.
JANVIER 2020
débats d'idée - champs libre
Gilets Jaunes : le soulagement hargneux du bourgeois humaniste
par Jerôme

Ils ne sont pas très nombreux, mais tout de même, ils sont là ceux qui n’ont pas pu empêcher de laisser suinter leur mépris de classe pour les gilets jaunes, surtout depuis que le mouvement semble en décrue et du coup, leur fait moins peur. Ils haussent à nouveau le ton. On les trouve, hélas, surtout dans un certain milieu intellectuel privilégié qui a même pu se targuer d’être social-démocrate en oubliant le sens originel de ce mot. En retenant surtout les noms de Noske dans l’Allemagne de 1919 et de Jules Moch dans la France de 1946, ministres de l’Intérieur « socialistes » qui dégagèrent usines en grèves et carreaux de mines à la mitrailleuse lourde pour apprendre à vivre à l’ouvrier qui l’ouvrait un peu trop ou au mineur ancien résistant qui se sacrifiait sans contrepartie pour gagner la bataille du charbon.
JANVIER 2020
travail de mémoire
Lucien SPORTISSE (1905-1944), mon oncle
par Michel S,René,Maurice

Juif algérien, anticolonialiste, résistant et communiste, Lucien Sportisse incarnait tout ce que l'ultra-réaction abhorrait au plus haut point. Les circonstances de sa mort - aussi tragiques qu'elles aient été - symbolise néanmoins à elles seules l'aversion viscérale et permanente que nourrissent les idéologues de l'extrême-droite à l'égard des idées de liberté et de socialisme. Cela, ne l'oublions jamais. La plus belle considération que l'on puisse offrir à Lucien Sportisse et à des millions d'autres résistants, femmes et hommes morts dans la lutte contre l'hydre fasciste, c'est de poursuivre leur combat sans aucune faiblesse. Afin d'en finir avec le totalitarisme, le racisme et les guerres."
JANVIER 2020
polyculture
Connaissez-vous Antonio Pietrangeli ?
par Michel S

Le Festival et l'Institut Lumière ont rendu, ces mois-ci, un bel hommage au réalisateur italien Antonio Pietrangeli (1919-1968) en projetant, à de multiples reprises, deux films en copies restaurées : Il sole negli occhi/Du soleil dans les yeux (1953) et Io la conoscevo bene/Je la connaissais bien (1965). L'un, situé en début de parcours, et l'autre, conclusion prématurée d'une carrière infiniment discrète, offrent cependant une vision cohérente et révélatrice d'un cinéaste injustement sous-estimé en France.
JANVIER 2020
polyculture
Affreux, sales et méchants (1976, Ettore Scola) : les pauvres dérangent
par Michel S

En même temps, Scola propose un regard sensiblement autobiographique sur le monde du spectacle et de la communication. En vérité, nous sommes invités à scruter les deux visages d'une identique et sombre réalité : l'échec italien en lieu et place du faux-miracle économique annoncé par les élites au pouvoir. Le constat mélancolique, prononcé au cours de C'eravamo tanto amati/Nous nous sommes tant aimés, "Nous voulions changer le monde et c'est le monde qui nous a changés" pourrait s'énoncer dans "Brutti, sporchi e cattivi" de cette manière : "Nous étions pauvres et dignes, le monde nous a rendus misérables et méchants." Cependant, la malédiction colle à la peau des protagonistes d'Affreux, sales et méchants : pauvres ils sont, pauvres ils resteront. De quelque façon que ce soit - avec fierté ou sans fierté - les pauvres gêneront toujours. D'où mon titre : les pauvres dérangent.
JANVIER 2020
regards sur la Croix-Rousse
Gérard Barry,un poète à la Croix-Rousse
par Lucien et Philippe

Il n’est pas facile d’évoquer Gérard Barry sans ressentir un drôle de tremblement au bout des doigts. Sa disparition le 15 août 2009, à l’âge de 64 ans, a laissé désemparés ses nombreux amis. Six ans après, ils sont encore sous le choc d’une absence indicible.
Des amis de tous bords et de tous âges, accueillis à midi comme à minuit, bras et bar ouverts, par cet inspecteur de l’éducation nationale, au style si peu académique.