journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983

AOÛT 2019
polyculture
Jeremiah Johnson (1972) : La moelle du monde
par Michel S

Au fond, le miracle de Jeremiah Johnson tient au fait qu’à partir d’une volonté de simplicité, il finit par accumuler de la complexité. Peut-être est-ce, également, à partir d’un semblable constat qu’on pourrait définir la pureté d’une œuvre. En dernier lieu, on conservera en mémoire les propos du cinéaste : « Peu de choses expriment la vérité autant que le font les mensonges ». [8] La vérité est donc ailleurs que dans l’histoire du mountain man John Johnson, alias John Garrison (1824-1900). Celle qu’essayèrent de conter les romans de Vardis Fisher (Mountain Man) et de Raymond V. Thorp et R. Bunker (Crow Killer) dont s’inspire Jeremiah Johnson. Enfin, le cinéma de Sydney Pollack exprime continuellement cette résistance à la peur : entre départ et retour, objection et compromis, usage du système (le technicolor en Panavision) et critique du système. Jeremiah Johnson en formule le credo en tableaux délicatement inspirateurs.
AOÛT 2019
débats d'idée - champs libre
Qui a tué Steve Canico ? Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?
par Régis

Un drôle d’air me trotte dans la tête depuis quelques jours. Cette chanson de Bob Dylan adaptée par le grand Graeme Allwright.
« Qui a tué Davy Moore ? » parle de la défausse, de la lâcheté et du mensonge, face à ses responsabilités. Finalement tout ce qu’on rencontre dans l’attitude et les paroles des piliers du système macronien depuis la découverte du corps du malheureux Steve Canico,

Qui a tué Steve Canico ? La question est simple, et la réponse judiciaire devrait l’être.
En attendant je donne quelques explications juridiques qui, avec tout ce que l’on sait déjà permettent de désigner ceux qui sont responsables et que la Justice devrait normalement déclarer coupables.

D’avoir tué Steve Canico.
AOÛT 2019
travail de mémoire
Benito Mussolini : Le mauvais exemple de Predappio
par Michel S

Ce 29 juillet, date anniversaire du Duce, des centaines d’admirateurs se rendaient, comme chaque année, à Predappio* , commune où est né l’enfant Benito, fils du forgeron Alessandro Mussolini et de l’institutrice Rosa Maltoni. Un pèlerinage de néo-fascistes que commentait, pour l’émission "28 minutes" (Arte), la jeune journaliste Paola Puerari. Un drôle d’itinéraire touristique, en effet… Or, cette année, fait nouveau et désolant, il nous est précisé que le tombeau du dictateur pourrait, grâce au nouveau maire, devenir une attraction touristique. Ce magistrat répondant au nom de Roberto Canali vient d’être placé à la direction de la commune, suite aux élections générales de 2018, plaçant en tête la Ligue du Nord et son leader charismatique, Matteo Salvini. On nous dit également que les habitants de la petite ville de 6 000 habitants, située dans la province de Forli-Cesena (Émilie-Romagne), verraient cette initiative d’un bon œil. On ne le répètera jamais assez : Mussolini n’est pas la version plus « sociale » ou la version plus « ensoleillée » du Führer. Fascisme et nazisme sont frères jumeaux. Manganello et huile de ricin avaient beau être « répugnants » (merci Claude Askolovitch !), ils n’auraient jamais pu résumer, à eux seuls, le fascisme !!! Quant aux idéologues qui tentent de banaliser cette pensée, nous savons d’où ils proviennent. Nous les voyons désormais à l’œuvre dans toute l’Europe. Tous se détestent mutuellement, mais leur unique sujet de haine commune, c’est aussi l’Europe de la paix et de la fraternité. En clair : l’Europe des peuples.
Il n’est, par conséquent, aucunement question de fleurir la tombe du Duce. Il est plutôt question d’enterrer le fascisme définitivement. À bon entendeur, salut !
JUILLET 2019
travail de mémoire
SELMA (E.-U., A. DuVernay – 2014)
par Michel S

Quoi qu’il en soit, la victoire des manifestants – noirs et blancs cette fois-là – sera le prélude à la signature en août 1965 du « Voting Rights Act », étape décisive dans le combat pour l’égalité des citoyens américains, qui permit, plus d’une quarantaine d’années plus tard, l’élection de Barack Obama. Le film insère par ailleurs de bouleversantes images d’archives en noir et blanc, dans lesquelles nous reconnaissons de nombreuses personnalités du monde du spectacle. À voir absolument.
JUILLET 2019
polyculture
Divorzio all'italiana (1961, P. Germi) : Storie di un altro tempo
par Michel S

"Divorce à l'italienne" (1961) obtiendra un triomphe retentissant. L’environnement historico-social favorisa nettement une telle réussite. La société italienne était, depuis des décennies, labourée par des mouvements de masse et d’opinion en faveur du droit au divorce. La législation existante, foncièrement inégalitaire, pénalisait essentiellement les femmes que l’on traitait en « mineures » - voir le film des frères Taviani et V. Orsini : « Les Hors-la-loi du mariage/I fuorilegge del matrimonio » (1963). On aboutissait, de fait, et dans de nombreux cas, à des situations absurdes. En Sicile, dans un milieu extraordinairement hermétique et conspirateur, les choses prenaient un tour encore plus effroyable. Quoi qu’il en soit, « dans un contexte d’évolution des mœurs, le cinéma de Pietro Germi a certainement contribué à une prise de conscience des retards culturels de la société italienne. Par le biais de la satire […], il a probablement plus fait pour la transformation des mentalités que bien des discours politiques et des prises de position intellectuelles », écrit Jean Antoine Gili.[1]
JUILLET 2019
débats d'idée - champs libre
Nous avons plus que jamais besoin d'Humanité !
par Stéphane

La dernière une de la revue « society », un « quinzomadaire en liberté » forcément moderne et branché, affichait le visage poupon et déterminé d’une jeune adolescente de 16 ans. Et tenez-vous bien, elle allait « sauver la planète suite à son discours devant l’ONU qui a bouleversé le monde ».

J’épargnerai aux lecteurs du Grain de Sel de rentrer dans le contenu du reportage aussi affligeant que le titre mais qui relève bien les maux de notre société du spectacle où une ministre peut humilier sa fonction chez un pétomane. Debord l’écrivait il y a 50 ans : « Dans le spectacle, image de l’économie régnante, le but n’est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre que lui-même ».

JUIN 2019
débats d'idée - champs libre
فرنسا والجزائر: تحيا الحراك! FRANCE ET ALGERIE : VIVE LE HIRAK !
par Michel S et Djamel-Eddine

L’ « Humanité » du 21/23 juin consacre un article à l’état de l’économie algérienne. « L’Algérie prise au piège du pétrole et de l’économie libérale », tel en est le titre. Ainsi, s’explique, en grande partie, le mécontentement populaire. Du reste, le peuple algérien, dans toutes ses composantes, réclame un changement radical et profond, que ce soit au strict plan politique, ou au plan social et économique. Car, si l’Algérie est « prise au piège », c’est aussi parce que ceux qui la dirigent ont tout fait pour qu’il en soit ainsi. En bien des aspects, l’Algérie vit des situations que le peuple français saurait comprendre. Même si les comparaisons entre la France et l’Algérie sont forcément impossibles. Cependant, les tendances demeurent identiques : « Liquidons tout ce qui ressemble au socialisme, de près ou de loin », tel est le credo de ceux qui dirigent le monde. On constate, par ailleurs, les « trahisons » idéologiques des uns et des autres sur l’autel du néolibéralisme.
JUIN 2019
la pierre qui flotte
Maçonneurs à temps plein
par Judith

Dans ce recueil, vous trouverez des vies normales,
l’Algérie,
les yeux des gens,
celle qui ne parle pas à table,
des arbres et des oiseaux,
des fils et des mères,
des enfants perdus,
Céline Dion,
des aquariums 50 litres,
des faux sentiments et des refuges,
une scène dans le monde
et le regard d’une fille à la mer.


Ce recueil a été créé grâce à la bienveillance patiente du poète Patrick Laupin et à l’élan vital ardent d’une classe de 1ère année de CAP maçonnerie.

Judith Wiart, professeur de lettres-histoire-géographie-EMC, lycée professionnel Tony Garnier, Bron.

JUIN 2019
mémoires du travail
AMIANTO (2014, A. PRUNETTI) : WORKING CLASS HEROES
par Michel S

« Amianto » est le récit indispensable d’un fils sur son père, victime ouvrière d’un système économique dénué de principes humains. Or, ce qui dérange le plus c’est le récit ouvrier. Là, se dévoilent, dans l’exposé des faits concrets, le système et sa nature profonde. Alberto Prunetti reprend les mots d’un certain Tonti : « Ce qui effraie les capitalistes, c’est l’histoire des ouvriers, pas la politique des gauches. La première, ils l’ont expédiée parmi les démons de l’enfer, la seconde, ils l’ont accueillie dans leurs palais gouvernementaux. » Aussi, ont-ils espéré que cet ouvrage soit largement méconnu, voire ignoré. Ils se sont trompés. Au-delà de l’Italie, les travailleurs du monde entier s’y reconnaîtront, pour l’amiante et ses dégâts, bien sûr, mais pour des tas d’autres raisons valables et accusatrices.
JUIN 2019
polyculture
« Bellissima» (1951, L. Visconti – Anna Magnani) : L'elisir d'amore
par Michel S

Bellissima, juge Lino Micciché, est « une des premières et plus conscientes constatations de l’utopie néo-réaliste. » Faut-il pour autant s’y résigner ? Luchino Visconti réinterrogeant sans discontinuer les pouvoirs du cinéma, fera surgir, quant à lui, grandeur tragique et dignité là où certains ne voient qu’enfer et misère. Bien plus que peindre la pauvreté, l’artiste doit en sonder les réalités invisibles, de celles qui habitent l’âme de ceux qui en souffrent. Au-delà, tout authentique créateur est forcément du côté du prolétariat. Il ne se contente pas d’être « ce poète qui tire son inspiration de la contemplation consciencieuse et sympathique de la vie spontanée, de cette vie qui ne se révèle à lui que dans le peuple. » (R. Wagner) De cette vie, il prélèvera, tout autant, les ferments indispensables à la promesse d’une révolution créatrice.